Rouge sang, comme le crayon Prismacolor no 325

Silence et tumulte de la narration

Lyne Richard, Prismacolor no 325
Lyne Richard, Prismacolor no 325, nouvelles, Montréal, Lévesque éditeur, coll. Réverbération, 2021, 168 pages, 21,95 $.
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La couleur rouge évoque quelque chose de chaud et de vivant, mais aussi la mort. Dans la gamme de crayons Prismacolor, le no 325 est rouge sang. Le tout nouveau recueil de nouvelles de Lyne Richard, chez Lévesque éditeur, s’intitule justement Prismacolor no 325.

Les textes de Richard nous entraîne dans les rues du quartier Saint-Sauveur de Québec, à la rencontre de personnages simples et vrais qui traversent des moments difficiles.

La couleur rouge accompagne ce défilé tantôt déchirant, tantôt attendrissant, mais toujours empreint d’humanité.

Vies de femmes

Dans la nouvelle intitulée «De la mélancolie dans l’œil», l’autrice se penche sur le sort d’une femme qui a «depuis longtemps démissionné de la tendresse, démunie devant la férocité de la vie».

Ailleurs, c’est l’histoire d’une mère qui, une fois le cordon ombilical sectionné, a laissé tomber l’amour en même temps dans le bac stérilisé.

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Dans une nouvelle, on se demande comment un personnage si doux et gentil peut écrire des histoires remplies d’horreurs? Ailleurs, un vieux couple commence à défaire ses caresses «comme si c’était un vieux tricot», puis on passe de deux corps usés qui n’ont plus envie l’un de l’autre… à un ménage à trois.

27 courts textes

Énergie et fatigue, gaieté et tristesse, rêve et mélancolie, tout a sa place dans ces 27 courts textes pleins d’humanité.

Tantôt, l’autrice choisit d’effacer toutes les couleurs de sa mémoire et de ne garder que le rouge, pour jouir à vif dans toutes ses plaies. Tantôt, elle a l’art de nous envelopper à la fois par le silence et le tumulte d’une narration bien orchestrée.

Des personnages et des lieux décrits dans diverses nouvelles reviennent pour étoffer un des derniers textes du recueil. On retrouve ainsi Mathias et sa petite librairie gratuite, puis la voisine qui aimait Dalida, de même que les pots remplis de pinceaux d’une peintre imaginaire.

Réflexions sur le livre ou la lecture

Le plus intéressant dans cet ouvrage, à mon avis, ce sont les réflexions sur le livre ou la lecture, Ici et là, Lyne Richard glisse des remarques du genre «Les livres me donnaient des matins neufs comme du bon pain.»

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Ou encore: «Les livres nous étreignent mieux que les hommes. Ils ont cette capacité à entrer en nous sous forme de clarté.»

Un personnage peut tenir une livre entre ses doigts pendant une heure… Puis fermer les yeux et retenir son souffle «parce qu’il y a trop de bonheur entre les mots».

Les livres ont des odeurs, des humeurs plus graves que la mémoire. «Elles attendent, fidèles, indélébiles comme une brûlure.»

Au bord du rouge

Lyne Richard a un style coloré – toute la boîte de Prismacolor y passe. Elle sait bien camper ses personnages en deux temps trois mouvements. J’ai beaucoup aimé son jeu de mot lorsqu’elle a écrit que l’envie de mourir peut être «happée par l’absent aigu».

Poète, nouvelliste et romancière, Lyne Richard est née et vit à Québec. Elle a déjà publié trois recueils aux Éditions David, à Ottawa. L’illustration en page couverture est aussi son oeuvre; l’acrylique s’intitule Au bord du rouge.

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