Retrouver ses repères culinaires après l’immigration

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Qui dit nouveau pays dit nouvelle alimentation. Plusieurs immigrants au Canada doivent s'adapter à un nouveau marché alimentaire. Photo: Kelly Tabuteau
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Publié 18/03/2023 par Camille Langlade

S’installer dans un nouveau pays signifie souvent qu’il faut composer avec la perte de repères, qui se fait notamment sentir dans l’alimentation. Or, l’intégration des immigrants et immigrantes passe aussi par la nourriture. Un enjeu à la fois culturel et sanitaire.

Qui dit nouveau pays dit nouvelle alimentation. À leur arrivée au Canada, les immigrants doivent s’adapter au marché local et parfois changer leurs habitudes alimentaires.

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Jean-Marie Nzoro Munoko.

À Toronto, il n’est pas difficile d’acheter des denrées venant du monde entier, témoigne Jean-Marie Nzoro Munoko, gestionnaire des Services aux nouveaux arrivants au Centre francophone du Grand Toronto (CFGT).

«On trouve des épiceries exotiques où on peut acheter du plantain… des magasins de Camerounais, de Congolais, de Burundais.»

Les rayons de certains grands magasins aussi proposent des produits des quatre coins du monde.

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À la ville et à la campagne

À l’extérieur des grandes villes, le choix n’est cependant pas le même.

Marc-Alexandre Lagacy, animateur culturel au programme de Communauté francophone accueillante (CFA) de Clare, en Nouvelle-Écosse, l’a bien remarqué.

«Ici, c’est une petite région rurale. Halifax est à environ trois heures de drive. C’est quand même assez difficile pour les nouveaux arrivants de trouver des produits qu’ils pourraient avoir dans les grands centres. C’est probablement le plus gros défi dans la région.»

Néanmoins, l’animateur évoque rarement le sujet avec les principaux intéressés. «Je n’ai jamais vraiment eu de conversation avec de nouveaux arrivants qui trouvaient ça difficile», remarque-t-il. «Il y a certainement une période d’adaptation, mais je crois que les personnes se rassemblent entre elles et font des repas.»

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Marc-Alexandre Lagacy. Photo: courtoisie

La CFA essaie aussi d’organiser des repas traditionnels chaque mois, selon les pays d’origine des nouveaux résidents. Des excursions vers Halifax sont également organisées, notamment par l’Université Sainte-Anne.

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«Les épiceries dans la région sont quand même assez ouvertes à acheter de la nourriture ou des produits de différents pays. Si elles ont assez de demandes, elles vont quand même faire un effort», assure Marc-Alexandre Lagacy.

«Dans les milieux ruraux, on voit quand même une belle évolution», confirme Marianne Lefebvre, nutritionniste, conférencière et consultante spécialisée en nutrition internationale.

Elle assure que «d’une part, les grandes surfaces font de plus en plus de place dans leurs étals pour les produits ethniques, et d’autre part il y a de plus en plus de gens qui vont opter pour la transformation, la commercialisation de certains produits de leurs pays d’origine. On a de plus en plus de producteurs agroalimentaires issus de la diversité.»

Adaptation et inflation

Se procurer des produits d’ailleurs reste donc possible, mais à quel prix?

«La vie est devenue trop chère, donc la marge de manœuvre est très étroite, constate Jean-Marie Nzoro Munoko. Il y a beaucoup d’inquiétudes. Alors, nous on essaie d’aller trouver des ressources qui sont beaucoup moins chères.»

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Le CFGT a établi des listes de magasins et de banques alimentaires qui s’adressent aux nouveaux arrivants. Il propose également des bons alimentaires aux familles les plus démunies. «On communique sur la façon d’essayer d’acheter à meilleur prix», ajoute le gestionnaire. Le CFGT indique les dates des soldes par exemple.

Jean-Marie Nzoro Munoko réfléchit par ailleurs à mettre à jour un guide, «un inventaire de magasins exotiques et de toutes les nationalités qui se trouvent à Toronto, avec l’adresse du magasin, le numéro de téléphone et qu’est-ce qu’ils vendent. Je pense que c’est une ressource qui va aider la communauté.»

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Le siège social du Centre francophone du Grand Toronto occupe tout le 3e étage du 555 Richmond Ouest.

Manger sain ou économique

Il reste que, pour alléger le porte-monnaie, certains consommateurs vont se tourner vers les produits les plus abordables, pas forcément les plus sains.

Comme le souligne Marianne Lefebvre, au Canada, les denrées ultratransformées, très riches en sucre, en sel et en gras, sont souvent les moins coûteuses. «Deux litres de boisson gazeuse sont parfois moins chers que deux litres de lait.»

«Souvent, les gens vont opter pour des aliments de moins bonne qualité plutôt que des denrées non transformées qu’ils avaient l’habitude de consommer plus quotidiennement dans leur pays, parce que c’est le plus accessible», poursuit la nutritionniste.

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Mais ce type de régime peut mener à des problèmes de santé, comme le diabète, des maladies cardiovasculaires ou des maladies chroniques, détaille la spécialiste. «La consommation d’aliments ultratransformés est aussi directement en lien avec un déclin de la santé mentale.»

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Marianne Lefebvre est nutritionniste, conférencière et consultante spécialisée en nutrition internationale. Photo: Claudia Dumontier.

L’effet de l’immigrant en bonne santé

«L’effet de l’immigrant en santé, c’est le fait que l’immigrant moyen arrive au Canada avec un excellent état de santé», explique Marianne Lefebvre.

Néanmoins, «cet avantage en matière de santé diminue avec le temps», observe Statistique Canada dans ses rapports sur la santé.

Les causes? «Les raisons de la dégradation de l’état de santé varient énormément d’une culture à l’autre, du statut d’immigration. […] Les gens sont beaucoup plus sédentaires ici, notamment à cause du climat plus froid», analyse Marianne Lefebvre.

«Les enjeux vont beaucoup varier selon le type d’immigration», ajoute Marianne Lefebvre. Ils ne seront pas les mêmes pour un réfugié ou une personne issue de «l’immigration économique», souligne-t-elle.

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De même, les préoccupations d’immigrants venant de pays occidentalisés seront différentes de ceux originaires d’un pays en développement, selon la spécialiste.

Conjuguer les cultures

Mais immigration ne veut pas forcément dire acculturation.

«Quand on quitte un pays, on laisse derrière nous tellement de choses de notre culture. Mais la culture alimentaire, c’est quelque chose qu’on peut traîner avec nous et qu’on peut aussi partager», est d’avis Marianne Lefebvre.

«Les personnes sont vraiment très attachées à leur culture, donc elles essaient de conserver leur héritage. Même sur le plan alimentaire», renchérit Jean-Marie Nzoro Munoko.

Mais alors, comment trouver une diète équilibrée sans renier ses origines? Pour la nutritionniste, une partie de la solution réside dans le mélange des cultures. Autrement dit, garder ses coutumes tout en y intégrant des composantes de la culture locale canadienne.

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«Prendre le meilleur des deux mondes, essayer que notre double culture se reflète également dans l’alimentation», résume-t-elle.

Produits de substitution

«Souvent, les gens vont me dire “moi je mange exactement de la même façon que dans mon pays d’origine et je prends du poids”. Ça, je l’entends énormément, se désole-t-elle. Étant donné que l’environnement des gens a changé, il doit y avoir un changement également au niveau des habitudes alimentaires.»

Marianne Lefebvre conseille aussi de consommer des produits de substitution. «Au lieu de remplacer la banane plantain par du riz instantané ou par des pâtes alimentaires, je vais leur suggérer des céréales locales, comme l’orge.»

Ainsi, rien ne se perd, tout s’adapte.

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