Renoir au XXe siècle

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Publié 20/07/2010 par Gabriel Racle

En 1997, le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa organisait une grande exposition sous le titre «Les portraits de Renoir: Impressions d’une époque». Dix ans plus tard, en 2007, le même musée offrait au public «Les paysages de Renoir», à la suite de l’exposition identique tenue à Londres. Ces deux expositions canadiennes ont connu un vif succès, la renommée de Renoir dépassant les frontières de sons pays.

Un peintre inclassable

Mais on ne saurait réduire Renoir (1841-1919) aux étiquettes de portraitiste ou de paysagiste, car l’ensemble de sa peinture est beaucoup plus complexe. On a beaucoup parlé de sa période impressionniste (1864-1883) dont relève par exemple une de ses toiles majeures achevée en 1881, Le déjeuner des canotiers, de sa période ingresque ou «sèche» (1883-1890).

«Vers 1883, il s’est fait comme une cassure dans mon œuvre. J’étais allé jusqu’au bout de l’impressionnisme et j’arrivais à cette constatation que je ne savais ni peindre ni dessiner. En un mot, j’étais dans une impasse» (Renoir cité par A. Vollard, dans Renoir, Paris, éditions G. Crès et Cie, 1920).

Le dessin devient plus précis, les flous, les approximations ou les imprécisions qui exprimaient le mouvement, «le tumulte de la vie rendu avec grâce» de la période précédente, cèdent le pas à des formes plus classiques. Le portrait de Madame Charpentier et ses enfants marque cette rupture et vaut à Renoir un grand succès.

«Loin des représentations inspirées de scènes en plein air, de jeux de lumière naturelle dont il était friand, Renoir propose avec ce portrait une œuvre presque classique, où les références à Rubens et aux postures traditionnelles de la peinture religieuse se bousculent», explique Guillaume Benoit, «Le dernier des classiques?», Evene.fr, novembre 2009.

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Les dernières années

«Pas plus qu’il n’a été révolutionnaire, Renoir n’a jamais été un conservateur figé de la peinture. Comme tous les grands artistes, il a suivi son propre chemin, fait d’inventions et de références, ancré dans la modernité et ouvert sur le passé.» Mais, alors que pour d’autres peintres, Monet, Cézanne, on a consacré des études et des expositions à leurs «dernières années», rien de tel n’existait pour Renoir.

Le fait que ses derniers tableaux aient été mal reçus au début du XXe siècle et peu valorisés depuis peut expliquer cet «oubli». Pourtant, le grand poète français Guillaume Apollinaire (1880-1918) fait l’éloge de celui qu’il considère comme «le plus grand peintre vivant»: «Renoir grandit continuellement. Les derniers tableaux sont toujours les plus beaux. Ce sont aussi les plus jeunes».

Cet oubli est réparé par une exposition organisée à Paris et la publication d’un livre unique pour découvrir les 30 dernières années de Renoir, par ses textes et ses illustrations: Renoir au XXe siècle, Paris, rnm éditions, 444 p., 365 illustrations, 12 articles, index. Un ouvrage fondamental pour découvrir et saisir l’évolution de Renoir et l’intérêt actuel pour ses dernières œuvres.

L’amour du grand art

«C’est avec l’abandon de l’impressionnisme que va vraiment commencer la «modernité» de Renoir… elle apparaît comme l’œuvre d’un artiste en plein questionnement, guidé par son plaisir, par son désir pour ces formes sensuelles et suaves qu’il rend avec toujours autant d’amour. Mais aussi travaillé par son besoin de rendre hommage au «grand art» des Titien, Véronèse, Raphaël…» (G. Benoit)

C’est cet aspect souvent méconnu de la peinture de Renoir que l’on découvre au fil des pages, en prenant connaissance des textes, en examinant les reproductions, certaines de Picasso, Matisse, Bonnard, pour comparaison, et découvrir à la fois la ligne directrice de Renoir et la source d’inspiration qu’il fut pour d’autres artistes.

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«Délaissant ses premières amours, Renoir se concentre sur les nus, sur les portraits, comme un hommage au classicisme et, sans rien perdre de son goût pour les corps féminins charnus, pour les couleurs éclatantes et la sensualité des matières, va offrir une représentation bien plus appuyée de ses sujets.

Les touches impressionnistes laissent place aux lignes définies, les corps bien pleins ne se fondent plus dans les arrière-plans et s’imposent comme de véritables sujets. Le pinceau est moins fiévreux, la méthode plus cohérente, les visages transformés par cette vision de la réalité.» (G. Benoit)

Concilier les contraires

Dans ce catalogue officiel, John Houde explique Renoir: «La carrière de Renoir tout entière peut s’interpréter comme un effort, ou plutôt une suite d’efforts pour concilier des contraires apparents: la ligne et la couleur, les contours nets et modulations de tons subtiles, la surface lisse et la touche visible, l’idéalisation et le rendu fidèle, les thèmes hérités du passé et les scènes de la vie contemporaine.» (p. 28)

En découvrant les reproductions de cet ouvrage, les nus féminins plantureux aux lignes nettes, qui obsédaient Renoir, les portraits, les paysages méditerranéens, les sculptures, le lecteur appréciera cette analyse et enrichira agréablement sa connaissance de cet illustre peintre.

Auteur

  • Gabriel Racle

    Trente années de collaboration avec L'Express. Spécialisé en communication, psychocommunication, suggestologie, suggestopédie, rythmes biologiques, littérature française et domaine artistique. Auteur de très nombreux articles et d'une vingtaine de livres dont le dernier, «Des héros et leurs épopées», date de décembre 2015.

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