Redonner vie à l’histoire

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Après avoir publié les historiettes de son jeune âge, puis de sa première jeunesse et ensuite de sa vie bohème, Jean-Claude Germain conclut avec Sur le chemin de la Roche percée, Dernières historiettes de la bohème.

On le suit d’abord au fil de ce qui lui a tenu lieu d’«éducation intellectuelle» sous les rapports de la littérature, du théâtre et de la peinture.

Dans un second temps, on embarque dans sa Volks, avec quelques amis peintres ou poètes, pour mettre le cap vers Percé, à l’heure Jack Kerouac arpente l’Amérique d’est en ouest. Germain et ses compagnons ne sont pas en reste et préfigurent les hippies d’un Québec naissant.

Ces chroniques commencent par: «Je me suis senti écrivain avec ma première machine à écrire, une Remington portable. […] Mon père ne pouvait pas se douter qu’en m’offrant un typewriter de reporter déniché dans un pawnshop de la rue Craig, il m’avait fait cadeau de ma première valise de voyageur des lettres.»

Les citations d’écrivains et d’artistes abondent, souvent en entremêlant les époques, passant de Catulle à Rimbaud et Erza Pound: «Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. / Et je l’ai trouvée amère. / Et je l’ai injuriée.» Ou encore, cette citation d’Oscar Wilde: «Pour la classe qui se tue à boire, le travail est une malédiction.»

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Univers artistique

Jean-Claude Germain a baigné dans un univers artistique vaste et multidisciplinaire. Il évoque ses souvenirs d’artistes visuels (Riopelle entre autres) et griffonne des remarques sur des créations musicales.

«La frénésie du Sacre du printemps de Stravinsky résonnait dans nos oreilles depuis sa création, en 1913. Elle a dû attendre la chorégraphie chorale de Maurice Béjart pour trouver l’animalité primitive de l’ensemble des corps qui la traduisent.»

J’ai même trouvé, dans ma lecture, un petit écho à mon cours d’English Romanticism (en Rhétorique). Germain mentionne une amie qui aimait bien le poète William Blake dont elle citait des vers par cœur: «Tigre, tigre, brillant comme le feu / Dans les forêts de la nuit / Quelle main immortelle, quel œil / A pu forger ta terrible harmonie.» Je me suis immédiatement rappelé ces vers dans leur forme originale: «Tyger, tyger, burning bright / In the forests of the night / What immortal hand or eye / Frameth thy fearful symmetry?»

Classiques

Le style de Germain est tantôt désinvolte tantôt poétique. Il écrit, par exemple, que Jack Kerouac, auteur de On the Road, ne savait pas conduire une auto. Puis il ajoute: «Mais qui peut contester que Jack Kerouac sait chauffer une machine à écrire comme personne d’autre?»

Ailleurs, nous lisons cette savoureuse image: «Nous arrivions à l’étape où la photographie affrontait cette page blanche qu’était la chambre noire.»

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Il faut avoir fait son cours classique et avoir été enfant de chœur pour saisir la portée de certaines expressions comme «les plus délurés des classes de Belles-Lettres et de Rhétorique» ou «Pie IX et son thuriféraire Mgr Laflèche».

Les années 1960 ont été celles des partys bien arrosés. Les vingt-six onces, les quarante onces, le vin au galon et les bacs de bière abondaient, «sans oublier le cognac, le cointreau et la crème de menthe pour les filles».

Avec tout ce liquide, pas étonnant que Germain précise que «la conduite des partys était assujettie au flux des marées. […] Il suffisait parfois de laisser tomber le seul nom d’un artiste à mauvais escient pour mettre le feu aux poudres.»

J’ai mentionné le cours classique. On y enseignait le grec et le latin (latin seulement pour moi). L’auteur rappelle que pour se payer la tête d’un député, un parlementaire s’était adressé à lui en espagnol, en latin et en grec. Mal lui en prit, le député a bondi de son siège et lui a répondu en esquimau, en cri, en algonquin et en français. «À chacun ses classiques, les siens étaient vivants et d’ici!»

La Gaspésie

Le titre de ces chroniques réfère, bien entendu, à la Gaspésie et à son Rocher percé.

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Germain écrit que, selon le poète Isaac Watts, nous sommes des exilés à perpétuité devant la nature sauvage. Puis il ajoute que cela s’accompagne d’une sorte de «révérence atavique devant ce qui nous exclut et nous dépasse, qu’on nomme aussi le sens du sacré. Avec le ciel, la mer, la Roche percée et l’île, j’étais mieux servi que dans toutes les églises que j’avais fréquentées.»

Sur le chemin de la Roche percée est un récit où Jean-Claude Germain excelle dans l’art de redonner vie à l’histoire, la grande comme la petite. Il nous révèle les folles nuits et les endroits cultes d’un Montréal révolu peuplé d’une galerie de sympathiques excentriques.

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