Racisme à l’endroit des Autochtones: «à l’école, on m’appelait ‘la sauvage’»

Une femme et un homme abattus par la police au Nouveau-Brunswick

Trinity Francis est venue manifester contre la discrimination envers les Autochtones en compagnie de sa maman, Shawna Vienneau, sur le bord de la route 11, près de Néguac au Nouveau-Brunswick. Photo: Simon Delattre, Acadie Nouvelle
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Les disparitions de Rodney Levi et de Chantel Moore, tombés sous les balles de policiers, ont profondément secoué les membres des communautés autochtones du Nouveau-Brunswick. Plusieurs souhaitent que ces deux tragédies soient le commencement d’un dialogue sur le racisme dont ils se disent victimes.

Rodney Levi, membre de la Première Nation de Metepenagiag, a été mortellement blessé par balle par un agent de la GRC le 12 juin lors d’une intervention policière. Sa mort survenait après le décès de Chantel Moore, abattue par un agent de la Force policière d’Edmundston le 4 juin.

Brutalités policières

Le dimanche soir 14 juin, une vingtaine de manifestants de la Première Nation Esgenoôpetitj — anciennement connue sous le nom de Burnt Church — se sont postés sur le bord de la route 11, près de Néguac, pour faire connaître leur colère et leur incompréhension.

L’initiatrice du rassemblement, Shelby Dedam, avait invité quiconque à participer. «Nous voulions nous rassembler pour soutenir la famille et être entendus. Il y a eu trop de brutalités policières de la part d’agents de la GRC envers notre peuple, nous ne voulons plus être traités comme nous l’avons été par le passé», mentionne la jeune femme.

Si les nombreux klaxons en signe de soutien ont réchauffé le cœur de Denver Dedam, certaines réactions lui sont restées en travers de la gorge. «Un automobiliste nous a tendu un pouce vers le bas, un autre a crié “fucking native trash”… Je n’arrive pas à comprendre ça, nous avons tous le même sang qui coule dans nos veines!»

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Vieilles querelles

Plusieurs ici gardent en mémoire les épisodes de violence de 1999 opposant les pêcheurs de homards micmacs de la Première Nation de Burnt Church à des pêcheurs non autochtones de la région.

«Indigenous lives matter», peut-on lire sur la pancarte de la petite Trinity Francis, originaire de la réserve.

Sa maman, Shawna Vienneau, estime que le racisme est encore bien vivant dans la province. Autochtone et francophone, elle confie avoir été victime de stigmatisation au cours de sa scolarité dans la communauté voisine.

«À l’école, il y avait du monde qui m’appelait “la sauvage”», raconte-t-elle. «J’aimerais que ça change, je ne veux pas que mes enfants vivent ça eux aussi.»

Dalton et Natasha Francis affirment qu’un fossé s’est creusé entre les communautés autochtones et les forces de l’ordre. Photo: Simon Delattre, Acadie Nouvelle

Méfiance et incompréhension

Les affaires Chantel Moore et Rodney Levi viennent endommager encore davantage les relations entre les peuples autochtones et les forces de l’ordre, estime Shawna Vienneau.

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«J’ai grandi avec Rodney. Comment dois-je expliquer à mes enfants que le père de leurs amis a été tué par la police? On n’a jamais eu beaucoup de confiance envers la police. En ce moment, on n’en a encore moins.»

Un peu plus loin, Dalton Francis observe la jeunesse exprimer sa consternation, une aile d’aigle à la main. L’aîné est conseiller en dépendances pour le centre de réadaptation autochtone Rising Sun, dans la Première Nation d’Eel Ground et pour l’établissement correctionnel de Renous.

Selon lui, la Gendarmerie Royale du Canada devrait mieux préparer ses agents à répondre à des situations de crise impliquant des membres de communautés autochtones.

«Les policiers ne nous comprennent pas. Ils ne comprennent pas nos enseignements traditionnels. Ils ne comprennent pas notre façon d’agir», lance-t-il.

Des manifestants de la Première Nation Esgenoôpetitj se sont postés sur le bord de la route 11, près de Néguac, pour faire connaitre leur colère et leur incompréhension. Photo: Simon Delattre, Acadie Nouvelle

Appel au calme

Dalton Francis, mieux connu sous le surnom «Doc», lance également un appel au calme. «Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai ressenti de la colère en moi. Mais en tant qu’aîné de ma communauté, je dois apprendre à contrôler cette émotion, comprendre et pardonner.»

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«Nous ne sommes pas ici pour blesser qui que ce soit. Nous sommes ici pour rappeler que la vie est précieuse. Qui que tu sois, d’où que tu viennes, nous sommes tous des frères et sœurs.»

Pour une enquête publique

Qu’est-ce que le gouvernement du premier ministre conservateur Blaine Higgs a à perdre en lançant une enquête publique sur le racisme systémique dans la police et dans le système judiciaire?, demande Pascal Raiche-Nogue, éditorialiste au quotidien Acadie Nouvelle. «Les Autochtones nous disent qu’il y a du racisme systémique. Écoutons-les!»

L’éditorialiste Pascal Raiche-Nogue

«Financée adéquatement, réellement indépendante et dotée d’un mandat assez large, une enquête pourrait permettre d’identifier des problèmes et d’apporter des solutions.»

«On parle souvent de réconciliation avec les peuples autochtones. C’est bien beau de participer à des pow-wow, mais ça ne suffit pas. Le gouvernement provincial a une occasion en or de passer de la parole aux actes, de se poser des questions difficiles et d’agir concrètement.»

«Qu’est-ce qu’il a à perdre? Et qu’est-ce que nous avons à perdre, collectivement? Pas grand-chose, à part un brin de notre naïveté.»

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