Questionnements et mensonges chez Nicolas Auclair-Tremblay

Nicolas Auclair-Tremblay, Auguste Géant
Nicolas Auclair-Tremblay, Auguste Géant, roman, Montréal, Éditions Tête première, 2026, 240 pages, 31,95 $.
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Publié 21/03/2026 par Paul-François Sylvestre

Le premier roman de Nicolas Auclair-Tremblay est un questionnement sur l’identité et la quête de sens. Avec Auguste Géant, il crée une fiction adulte racontant une famille brisée par un système de valeurs androcentriques.

L’homme au centre de tout ici est d’abord Dionel Géant, un PDG qui a réussi dans le monde des affaires. Dès le premier chapitre, nous apprenons que son fils Auguste lui succède.

C’est le cheminement de ce dernier que le romancier décortique pour nous montrer comment le protagoniste se réfugie dans son ego qui ne lui apporte aucun réconfort.

Style saccadé

Le roman se distingue par la structure de ses 138 chapitres qui ont entre trois lignes et quatre pages. Plusieurs chapitres s’étendent sur un seul paragraphe renfermant une seule phrase, le plus souvent avec une multitude de virgules, parfois avec une série de points-virgules.

Le plus court chapitre est intitulé La première fois; il inclut seulement trois lignes: «C’était très bon. Ce que nous avons fait cette soirée-là ne regarde que Martine et moi.»

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Le style de Nicolas Auclair-Tremblay est souvent saccadé, comme en fait foi ce court extrait: «Ses yeux lourds. Son visage desséché. Son pas lent. Sa voix cassante. Ses idées de bien commun.»

Ou encore cette phrase sans sujet-verbe-complément qui décrit en peu de mots l’itinéraire pris pour aller au travail: « La rue, le boulevard, l’autoroute, le boulevard, la rue, le stationnement, l’ascenseur, le bureau.»

Dionel forme Auguste à son image. Il veut que son héritier soit un duplicata de lui. Or, le père travaille avec des rencontres, des dîners et des poignées de mai, tandis que le fils a recours à un coup de fil, à un courriel et à un texto. Quand sa cravate est mieux nouée que celle de son père, Auguste se dit qu’il a un talent supérieur.

L’art du mensonge

Lorsque le jeune Auguste essuie la furie de Dionel, ce n’est pas parce qu’il a bu ou qu’il a menti. C’est plutôt parce qu’il a mal menti. Le père exige alors que le fils lui mente tous les jours pendant des mois pour réussir à bien le faire.

La leçon apprise est la suivante: «L’art du mensonge est une habileté et, comme toute habileté, il s’enseigne et se cultive.» Reste à savoir combien de mensonges on a besoin pour créer un fait…

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Ce que j’ai trouvé intéressant dans ce roman, c’est la façon dont Auguste brûle les ponts avec tous ceux qui l’entourent afin de prendre sa place de pièce maîtresse dans le monde des affaires: famille, amis, amantes, collègues et membres du conseil d’administration.

Que leurs vêtements sobres chuchotent la belle retraite et les bonnes manières ou que leurs habits colorés crient la route et l’aventure, Auguste ne réussit pas à trouver une oreille attentive.

L’Europe pour les nuls

Je termine sur une note légère en signalant un passage qui m’a bien fait sourire. Un ami d’Auguste explique qu’il n’a rien vu de l’Europe, «ces glorieuses villes comme Tokyo, Sydney, Chicago, Grand Canyon, Taj Mahal, tu sais bien, l’Europe à son meilleur».

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

  • l-express.ca

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