Qu’est-ce qu’on fait avec Maxime Bernier?

Parlant de «balkanisation»...

conservateur

Maxime Bernier


28 août 2018 à 14h00

Maxime Bernier a quitté le Parti conservateur du Canada, qui aurait «abandonné ses principes», la veille de son congrès national de la fin de semaine dernière. Il compte fonder son propre mouvement et présenter des candidats aux élections du 21 octobre 2019 (oui déjà!).

Député de Beauce depuis 12 ans, ministre dans le gouvernement Harper et battu de peu par Andrew Scheer dans la course à la direction l’an dernier, «Mad Max» était déjà un électron libre dans le paysage politique canadien, champion de la liberté individuelle, du libre marché et d’un État minimaliste.

Gestion de l’offre

Son opposition à la gestion de l’offre protectionniste dans le secteur agricole (sur la table des renégociations canado-américaines du libre-échange) passait mal dans un parti bien implanté dans les communautés rurales, mais au moins il y est permis d’en discuter.

Ses récents tweets sur le «multiculturalisme extrême» des Libéraux n’avaient rien de bien controversés non plus, rejoignant ce que pense sans doute une majorité de Canadiens.

Mais ça ne faisait pas partie du narratif que le chef essayait de mettre de l’avant pour maximiser ses chances auprès des immigrants: une clientèle traditionnellement libérale, mais pas hors d’atteinte pour les Conservateurs, comme l’a démontré Doug Ford en Ontario.

Selon Maxime Bernier, Andrew Scheer serait en quelque sorte le Patrick Brown du parti fédéral, gouvernant en fonction des sondages plutôt qu’en fonction de sa philosophie, autrement dit un politicien comme les autres, réaliste, pragmatique, qui veut ratisser le plus large possible (sa responsabilité envers ses députés et ses candidats).

Andrew Scheer
Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer.

Ford

Ça ferait-il de Bernier le Doug Ford de la scène fédérale? Le vrai Doug Ford, comme la plupart des ténors actuels et passés du parti, a pourtant appelé à l’unité des Conservateurs autour d’Andrew Scheer, dont les idées ne sont quand même pas si éloignées (90% pareilles, a-t-il dit) de celles de Bernier.

Au Québec, on dit qu’il fait aux Conservateurs fédéraux le coup que Jean-Martin Aussant a fait au Parti québécois (avec la bénédiction de Jacques Parizeau!).

Chef pour un temps du petit parti Option nationale (fusionné l’an dernier à Québec solidaire), Aussant est retourné au PQ. Mais le parti souverainiste est aujourd’hui très affaibli, lointain troisième dans les sondages en vue des élections du 1er octobre, justement des suites de ces convulsions.

Macron

On voit mal comment le départ de Bernier et la création de son parti peuvent accomplir autre chose que diviser le vote conservateur et garantir la réélection de Justin Trudeau – si, comme Emmanuel Macron en France, il réussissait en un an à monter une organisation efficace.

Ce défi de la «droite» canadienne est bien connu. Elle gagne quand elle est unie (Mulroney, Harper), elle perd quand elle est divisée (Campbell, Charest, Clark vs Manning, Day).

C’est moins clair à «gauche». Généralement le vote libéral baisse quand le vote néo-démocrate monte, mais les Libéraux (Trudeau père, Chrétien, Trudeau fils) réussissent souvent à tasser Conservateurs et Néo-Démocrates dans les marges.

Balkanisation

Maxime Bernier, qui est d’abord un conservateur «économique», pas un conservateur «social», encore moins «religieux», malgré ce qu’on a dit de sa sortie contre le multiculturalisme à tout crin, a recueilli l’appui de la moitié des membres du Parti en 2017 (29% au premier tour). Il n’est pas réaliste de croire que son pouvoir de séduction soit encore plus fort à l’extérieur du Parti conservateur.

Le député désormais indépendant se dit encouragé par un sondage qui lui accorde déjà 13% des intentions de vote des Canadiens, dont la moitié viendrait des Conservateurs et l’autre moitié des sympathisants des autres partis. La nouvelle option qu’il proposera intéressera aussi «ceux qui ne votent plus parce qu’ils sont désillusionnés», promet-il. On a bien hâte de tester ça!

Malheureusement, Maxime Bernier réussira probablement surtout à «balkaniser» la scène politique canadienne, de la même façon que, selon sa propre analyse, le multiculturalisme à la Justin Trudeau balkaniserait la société canadienne.

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