Une place au centre pour les Libéraux?


6 mai 2011 à 0h00

Les élections du 2 mai (2)

Le Parti libéral du Canada a-t-il encore un avenir? Peut-il espérer se relever de sa défaite historique du 2 mai (34 sièges, moins de 20% du vote) avec un nouveau chef? Doit-il envisager une fusion avec le NPD (et les Verts?) pour cesser de diviser la «gauche» canadienne, ou carrément un sabordage sachant que certains militants et électeurs passeront plutôt au Parti conservateur

On s’était posé des questions semblables en 1993 quand le Parti progressiste-conservateur majoritaire de Kim Campbell, qui succédait à un Brian Mulroney honni suite aux crises constitutionnelles et à l’introduction de la TPS, n’avait fait élire que deux députés. Jean Chrétien a pu gouverner sans partage, pendant trois mandats, grâce à la division de la «droite» entre Réformistes/Alliancistes et Progressistes-Conservateurs au Canada anglais, et ce en dépit de la domination du Bloc sur la scène québécoise. (Chrétien a aussi failli «perdre le Canada» quand le gouvernement séparatiste du Québec a obtenu 49% de oui à son référendum.)

Éventuellement, les Progressistes-Conservateurs de Peter MacKay et les Alliancistes de Stephen Harper ont créé le Parti conservateur que l’on connaît aujourd’hui: opposition officielle en 2004, gouvernement minoritaire en 2006 et 2008, décrochant enfin une majorité en 2011 grâce aux succès néo-démocrates qui ont fait reculer les Libéraux au Canada anglais, surtout en Ontario.

En annonçant qu’il quittait ses fonctions, Michael Ignatieff a clairement indiqué sa préférence pour le maintien d’un Parti libéral au «centre» de l’échiquier politique, qui profiterait un jour de la dérive des Conservateurs vers la «droite» ou de celle des Néo-Démocrates vers la «gauche».

Se jeter dans les bras (ou la gueule) de Jack Layton est certainement prématuré. Les prochaines élections n’auront lieu que dans quatre ans. Mais surtout, maintenant qu’ils forment l’opposition officielle, les Canadiens s’intéresseront davantage au programme du NPD et aux propos de ses représentants. Ils vont en entendre des vertes et des pas mûres, et pourraient retourner dans le giron libéral.

Ignatieff aurait pu ajouter que les Libéraux ont été particulièrement désavantagés cette fois-ci par le système électoral, et peuvent encore compter sur le soutien de partis et de gouvernements provinciaux comme celui de Dalton McGuinty en Ontario, où ils ont d’ailleurs recueilli le même pourcentage de votes que le NPD (25%) même si la répartition de ces suffrages leur a donné deux fois moins de sièges qu’au parti de Jack Layton (11 à 22).

Il doit bien rester aussi un capital de sympathie envers le grand parti de Pierre-Elliott Trudeau qui nous a donné la Loi sur les langues officielles et qui est associé à d’indéniables progrès de la société canadienne pendant les tumultueuses années 70. Le Parti libéral n’a cependant pas su trouver sa place dans un réalignement gauche-droite de la scène politique canadienne, où les discours patriotiques sont délaissés au profit de l’analyse économique. À la poésie ringarde d’Ignatieff et de Duceppe, les citoyens ont préféré la prose moderne de Harper et de Layton.

On a poussé des oh! et des ah! le soir du 2 mai en voyant le tsunami orange au Québec. Y a pas de quoi s’énerver avec ça. Au mieux les Québécois ont voulu essayer quelque chose de nouveau pour voir; au pire c’est une nouvelle manifestation de leur peu de considération pour la chose fédérale.

Le développement le plus important est la percée des Conservateurs en Ontario: 44% des suffrages et 73 élus, dont plusieurs dans le Grand Toronto. Contrairement à ce que semblait croire Jack Layton au grand soir du 2 mai, c’est Steven Harper qui, plus que jamais, est au pouvoir

La participation au scrutin est aussi un peu plus forte en Ontario (62%), malmenée par la récession (on vote en plus grand nombre quand ça va mal, pas quand ça va bien). Le message conservateur en faveur de la stabilité a mieux passé que les promesses de l’opposition fondées sur une croissance hypothétique et hypothéquée d’avance par une taxation punitive.

Déjà en 2008, les Conservateurs avaient obtenu 39% des suffrages en Ontario, contre 33% pour les Libéraux. On avait alors blâmé l’accent de Stéphane Dion. Cette fois, avec un chef anglophone représentant une circonscription torontoise, on a blâmé les «publicités négatives» des Conservateurs présentant Ignatieff comme un expatrié qui «n’est pas revenu pour vous». Mais on va devoir se questionner plus sérieusement.

Ignatieff a mené une campagne déconnectée, non pas des besoins des «familles» (le mot passe-partout surexploité par tous les partis, dans toutes les provinces, à tous les niveaux de gouvernement), mais bien de la façon dont les citoyens examinent l’offre politique qui leur est présentée. D’abord il a voulu «changer la façon dont on fait la politique». Les citoyens ont attendu (pas longtemps) des explications qui ne sont jamais venues, puisqu’il ne s’agissait que d’une figure de style. Il n’y a pas 36 façons de faire de la politique.

Il fallait chercher les nouvelles et les annonces dans le site web du Parti libéral, et même lors des événements du parti pendant la campagne (donc dans les médias le soir et le lendemain). Ceux qui cherchaient (il fallait être motivé) trouvaient un documentaire-portrait de Michael Ignatieff, des clips du chef parlant de l’importance des femmes dans la vie politique ou d’autres considérations philosophiques, et de longues «lettres aux Canadiens» sur le système de soins de santé ou d’autres gros dossiers.

Enfin, l’insistance des Libéraux sur le non-respect, par les Conservateurs, du Parlement ou de la démocratie, volait trop haut pour la majorité des Canadiens, intéressés par la qualité de leur vie à eux, pas celle des politiciens.

(À SUIVRE)

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