Quel bilan pour les communautés francophones accueillantes?

Communautés francophones accueilantes
La CFA de Labrador City–Wabush organise des ateliers de cuisine multiculturels. Photo: AFL
Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 26/07/2024 par Camille Langlade

Lancée en 2020, l’initiative des communautés francophones accueillantes (CFA), qui vise à favoriser l’intégration des nouveaux arrivants d’expression française au pays, a été renouvelée. Si elle semble avoir porté ses fruits dans certaines régions, elle doit aussi s’adapter à des réalités locales parfois très différentes.

«Depuis les trois dernières années, on a reçu 585 résidents permanents francophones», se réjouit la coordonnatrice de la CFA de Hamilton, Nabila Sissaoui.

Selon elle, 90% des besoins de la communauté ont été comblés, notamment sur le plan économique. «On avait besoin d’encourager l’entrepreneuriat de la région et faire de la communauté de Hamilton un moteur économique.»

Communautés francophones accueilantes
Nabila Sissaoui. Photo: courtoisie

Grâce à la CFA, Hamilton a réussi à mettre sur pied le premier incubateur francophone en Ontario et à accompagner 34 responsables de projet.

La communauté avait aussi comme priorité d’améliorer l’offre de services en français. Elle a ainsi pu installer des présentoirs interactifs dans plusieurs endroits publics. Elle a aussi mis une trousse à la disposition des nouveaux arrivants.

Publicité

«On a développé un parcours d’intégration, un visuel, une page qui explique l’ensemble des services qui sont disponibles et quel est le chemin idéal pour un nouvel arrivant», détaille Nabila Sissaoui.

La stratégie semble faire ses preuves. «On reçoit de plus en plus de demandes des gens de l’extérieur qui souhaitent venir s’établir à Hamilton», assure la coordinatrice.

Communautés francophones accueilantes
La CFA de Hamilton met à la disposition des nouveaux arrivants une trousse pour faciliter leur parcours d’intégration. Photo: CFA Hamilton

Dix nouvelles communautés

Les communautés francophones accueillantes font partie d’un projet pilote lancé en 2020 par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) qui regroupe 14 communautés d’un bout à l’autre du pays.

L’initiative a été renouvelée et le gouvernement fédéral devrait sélectionner jusqu’à 10 communautés additionnelles.

IRCC évalue actuellement la liste des communautés recommandées par les Réseaux en immigration francophone et l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, a précisé le ministère dans un courriel.

Publicité
Communautés francophones accueilantes
À Hamilton, la CFA a accompagné 14 projets communautaires. Photo: CFA Hamilton

Répondre à des besoins spécifiques

En Colombie-Britannique, la CFA de Prince George accompagne aussi les personnes immigrantes dès leur arrivée: installation, recherche d’emploi, vie sociale.

«On crée des activités hebdomadaires, des cours de cuisine, de peinture, de yoga. On invite tous les membres de la communauté pour que nos bénéficiaires puissent faire connaissance et ainsi se créer des liens», indique la responsable des communications pour la CFA, Diamondra Rakotoarijaona.

Pour elle, ces initiatives humanisent le processus d’immigration, qui peut s’avérer difficile.

La communauté propose en outre des circuits de conversation en anglais, pour faciliter l’intégration sur le marché de l’emploi. Car la possibilité de travailler dans la langue de Molière à Prince George reste ténue.

«Ce qu’on aimerait vraiment faire, c’est sensibiliser au plus les employeurs sur la richesse qu’apporterait la main-d’œuvre francophone», ajoute Diamondra Rakotoarijaona.

Publicité

«On travaille énormément avec nos partenaires anglophones locaux. Le référencement se passe vraiment très bien, que ce soit eux envers nous ou nous envers eux, parce qu’on n’a pas toutes les ressources non plus.»

Communautés francophones accueilantes
La CFA de Prince George, en Colombie-Britannique, organise différentes activités pour ses bénéficiaires. Photo: courtoisie

Au-delà des chiffres

À l’autre bout du pays, à Terre-Neuve-et-Labrador, l’initiative des CFA n’a pas encore officiellement été renouvelée.

Communautés francophones accueilantes
David Lapierre. Photo: courtoisie

«On est dans le processus de l’avoir pour l’année prochaine, pour un an seulement», rapporte le coordonnateur du Réseau immigration francophone (RIF) pour la province, David Lapierre,. «Ça ne veut pas dire que ça va se terminer dans un an, mais ça peut être redistribué sur une autre année ou sur 3 ou 5 ans.»

«On n’avait pas nécessairement les chiffres de résidents permanents pour prouver la nécessité de garder ce projet au Labrador», poursuit-il.

«Si les résultats ne sont pas atteints au niveau des chiffres, il faut se demander pourquoi. On est passés par tout le processus; est-ce qu’on la régionalise [la CFA de Labrador City–Wabush], est-ce qu’on la déplace, est-ce qu’on n’en fait juste plus de CFA?»

Publicité

Même si les chiffres ne sont pas forcément au rendez-vous, la CFA a tout de même permis de «mettre un petit peu plus cette région-là sur la map», nuance-t-il, notamment lors de salons de recrutement à l’étranger.

Communautés francophones accueilantes
Linda Boni, coordinatrice de projet à la CFA de Prince George, Simon Yu, maire de la ville, Diamondra Rakotoarijaona, responsable des communications pour la CFA, et Aboubacar Cissé, agent de liaison. Photo: courtoisie

Un modèle perfectible

David Lapierre reconnait que l’initiative des CFA permet une certaine flexibilité, pour s’adapter aux besoins de chaque communauté.

«L’affaire que j’ai entendue souvent dans mes rencontres au niveau national, c’est que même IRCC a un peu de la misère à faire la gestion des projets CFA parce que c’est tellement nouveau et c’est tellement pas selon les autres ententes à cause de cette flexibilité-là et de cette créativité-là», observe-t-il.

Communautés francophones accueilantes
Julie Cayouette. Photo: courtoisie

Actuellement, la CFA est installée à Labrador City–Wabush, à l’Ouest de la province. Régionaliser le projet pour inclure des villes plus éloignées, comme Happy Valley-Goose Bay, serait d’après lui une bonne option.

«Si tu veux prendre une auto pour sortir d’ici, ça prend huit heures de sortir d’un côté, puis six heures de l’autre», illustre Julie Cayouette, directrice générale de l’Association francophone du Labrador (AFL) et résidente de Labrador City.

Publicité

«C’est géré à Saint-Jean tout ce qui se passe à Terre-et-Neuve-et-Labrador. Puis nous, si on doit y aller ou si la chambre de commerce organise un évènement. Tout est dans le billet d’avion, dans les hôtels. Pourquoi pas régionaliser pour au moins permettre que ça favorise deux communautés plutôt qu’une seulement», suggère David Lapierre, lui-même basé à Saint-Jean.

Mais selon lui, IRCC a déjà «de la misère à accepter ça parce que [le ministère dit] non» à d’autres projets de régionalisation.

«Comment on garde la même structure au national, mais avec des réalités différentes?», s’interroge encore le coordonnateur, qui aimerait que le programme des CFA soit «un petit peu plus modelé selon l’expérience et selon la région».

Et après?

À Hamilton, Nabila Sissaoui souhaite poursuivre les efforts engagés. «On va mettre beaucoup plus d’accent sur le développement du leadership communautaire, surtout pour les jeunes.»

Néanmoins, les besoins définis il y a quatre ans ne sont pas forcément les mêmes aujourd’hui. «Le plan n’est pas figé», précise-t-elle. «Chaque année on fait une évaluation, puis on dit qu’est-ce qu’on a réalisé, est-ce qu’on doit continuer dans ce sens ou non.»

Publicité
Communautés francophones accueilantes
À Hamilton, la CFA organise notamment des tournois sportifs. Photo: CFA Hamilton

«Des fois on se demande ce qu’on fait, et des fois on est fiers de ce qu’on fait, mais je pense qu’en tout et partout, ça a beaucoup plus de positif qu’on pense», partage de son côté David Lapierre.

Même s’il avoue que le RIF s’est posé de nombreuses questions quant à l’avenir de l’initiative, «il y a un momentum à garder». Pour lui, un bilan ne se résume pas qu’à des chiffres.

Julie Cayouette abonde dans le même sens. «Ce qu’on a, c’est des choses qualifiables, mais pas quantifiables. [C’est] le simple fait qu’un nouvel arrivant qui vient juste ce soir prendre un café se sente chez lui.»

Après l’étape pilote, le temps est à la concrétisation, pense-t-elle. «La première version de la CFA, ça a été un petit peu “Ok, on va le mettre là, là, là, là, là, voici les fonds, voici ce que vous allez faire”. Tandis que là, c’est comme “Ok, on l’a fait, maintenant, ce qu’on voudrait faire, c’est ça”.»

Auteurs

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur