Quatre nouvelles désignations reconnaissent l’importance historique des Noirs au Canada

Un groupe de Guadeloupéennes à Ellis Island, NY, en 1911, en route pour des emplois de travailleuses domestiques à Montréal. Environ 3000 femmes se sont établies au pays de 1955 à 1967 grâce à ce programme.
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Quatre nouvelles désignations du gouvernement fédéral reconnaissent désormais deux personnes noires marquantes dans l’histoire du Canada: le combattant loyaliste Richard Pierpoint et le boxeur Larry Gains; ainsi que deux événements: soit l’asservissement des Africains au Canada aux 17e, 18e et 19e siècles, et le Programme de recrutements de domestiques antillaises.

L’annonce a été faite à la fin juillet par le ministre responsable de Parcs Canada, Jonathan Wilkinson.

Il s’agit d’une bonne nouvelle selon Amadou Ba, professeur à l’Université Laurentienne et auteur du livre L’Histoire oubliée de la contribution des esclaves et soldats noirs à l’édification du Canada (1604-1945). «C’est une décision que je salue et que j’appuie personnellement, mais il faut aller jusqu’au bout», nuance-t-il.

L’historien Amadou Ba, auteur de L’Histoire oubliée de la contribution des esclaves et soldats noirs à l’édification du Canada.

Présenter des excuses publiques

Amadou Ba trouve que cette décision est réconfortante et il se réjouit que son propre combat, qui consiste à retracer l’histoire des Noirs au Canada et à apporter des rectifications historiques, trouve ainsi écho dans la vision des autorités canadiennes. Mais il aimerait que ces dernières aillent encore plus loin.

«Il faut que les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral du Canada présentent des excuses publiques à la communauté noire pour avoir subi l’esclavage et que cela n’ait jamais été enseigné, dénonce le professeur. Les Noirs ont aussi contribué à l’économie du Canada et joué le rôle de soldats et cela a aussi été occulté.»

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Il ajoute que s’il en a été ainsi pour la communauté japonaise après la Seconde Guerre mondiale, et pour la communauté autochtone, on peut le faire autant pour la communauté noire.

Édifice gouvernemental au nom du soldat loyaliste Richard Pierpoint, situé à London, Ontario. Après 20 ans d’esclavage dans les colonies britanniques, ce Sénégalais a retrouvé sa liberté en combattant pour les Britanniques pendant la guerre de l’Indépendance et s’est installé dans le Haut-Canada en 1791. Pendant la guerre de 1812, il participe à la création du «Colored Corps». Photo: Ken Lund – Flickr

Reconnaissance historique

À l’instar de ces excuses publiques, M. Ba préconise une réparation en matière de reconnaissance historique. Il reconnait qu’il est difficile de le faire parce que l’histoire du Canada a été écrite dans le but de glorifier le Canada. Selon lui, il y a un discours officiel qui fait que les gens ont du mal à raconter la véritable histoire.

L’historien croit cependant que l’actualité et le contexte actuel exigent que ces histoires oubliées soient connues et portées à la connaissance de l’opinion nationale.

Pour lui, «le gouvernement du Canada devrait donner des signaux forts et poser des actions pour que les Noirs se sentent ici chez eux, pour qu’il y ait l’égalité au niveau des compétences, pour qu’on voie la minorité noire à des postes où on n’a pas l’habitude de la voir.»

Le boxeur Lawrence Samuel «Larry» Gains, né en 1900 à Toronto, est un des grands boxeurs de la première moitié du 20e siècle. Dans les années 1920 et 1930, il remporte les titres de champion des poids lourds noirs canadiens, britanniques et mondiaux.

Société multiculturelle

L’historien Amadou Ba estime que de faire connaître la véritable histoire du Canada en tant que société multiculturelle demeure la meilleure façon de lutter contre les discriminations et contre le racisme systémique, et d’arriver à une société beaucoup plus inclusive.

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Faisant référence à son livre publié en octobre 2019, M. Ba pense que son travail a créé un déclic dans ce pays et surtout dans la communauté francophone canadienne, qu’il remercie d’avoir favorablement accueilli son ouvrage.

«Mon projet, c’est de mettre à la disposition des écoles, des enfants de 8 à 14 ans et des bibliothèques, de petits manuels qui racontent la véritable histoire des Noirs au Canada. Je cherche des sources de financement et des illustrateurs pour ça», conclut-il.

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