Quand une aventure tourne en cauchemar

Hervé Gagnon, Demonica, récit d’horreur, Montréal, Recto Verso éditeur, 2016. 256 pages, 19,95 $.
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Au cours de l’été, j’ai découvert l’écrivain Hervé Gagnon en lisant son récit d’horreur Demonica. L’action se déroule en 1563-1564 et nous transporte de la France antiprotestante au Nouveau-Monde inhospitalier. Une poignée de huguenots fondent une colonie qu’ils baptisent Havre-Grâce, mais ils y trouveront ni havre ni grâce.

Les 37 protestants qui fuient le France trop catholique comprennent un pasteur, un chirurgien-barbier, une sage-femme, un menuisier, un cordonnier, un notaire, un maréchal-ferrant, une couturière, des femmes, des enfants, une grand-mère et son petit-fils Guichart. C’est lui qui est le narrateur de ce récit d’horreur.

Lorsque le groupe arrive dans le Nouveau-Monde, après une épouvantable traversée, il ne compte plus que 24 membres. Ces derniers élisent domicile à Hochelaga, village iroquois abandonné. L’endroit leur semble idéal puisqu’il y a déjà une palissade et l’eau fraîche est abondante. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que «l’enfer existe et cet endroit en est l’entrée».

Ces Français pensaient fuir la peur et la mort. Or, ils vont rencontrer «mille fois pire». La neige transforme la petite colonie en prison, une enfant du pasteur semble possédée par le démon, les vivres manquent, la chasse est impossible car c’est le néant de l’autre côté de la palissade. La mort ne tarde pas à faucher les plus faibles.

Hervé Gagnon aime créer un suspense ou une tension narrative. Presque chaque chapitre se termine par un commentaire, une réflexion ou une réplique inattendue, comme «Nous pourrions manger les morts…» ou «La tête n’a pas été tranchée, elle a été arrachée.»

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Havre-Grâce devient un «endroit maudit et oublié de Dieu lui-même». Les survivants sont rien de moins que des prisonniers de leur enclos, sans ressources ni possibilités de secours. Je vous épargne toutes les batailles qu’ils doivent livrer pour tenter de survivre.

«Nous étions usés. Par la peur, par la fatigue, par la faim, par le froid. Par la perte d’espoir, aussi. Tous ceux qui se trouvaient à arboraient le même air de condamné ou de damné. J’imagine que je l’avais aussi.»

Récit d’horreur, Demonica est aussi une sorte de roman policier. Quelqu’un (quelque chose) rôde autour d’Havre-Grâce et le jeune Guichart quitte l’enclos, avec arc et flèches, résolu d’éliminer la source d’une peur collective devenue une terreur omniprésente.

En lisant cette histoire racontée par un Français du XVIe siècle, je me suis demandé pourquoi les mesures étaient en pieds et en pouces. J’ai aussi trouvé surprenant qu’une grand-mère assez fragile réussisse à survivre aussi longtemps dans ce genre d’enfer sur terre. Sans doute parce que c’est son petit fils qui est le narrateur de ce récit d’horreur.

Chose certaine, l’auteur excelle dans l’art de raconter une aventure ou un thriller. Il sait nous garder en selle grâce à des rebondissements parfois assez crus et à des descriptions finement ciselées – sans jeux de mots.

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