Quand les enfants partent de la maison: dépression ou libération?


16 décembre 2017 à 13h00

Il y a toujours les deux côtés à une médaille, plusieurs facettes dans toute situation. Voici deux histoires inspirées de vécus différents autour d’une expérience commune: le départ d’un enfant du toit familial.

Partager le vécu d’autrui peut faire évoluer le sens critique, aider à dédramatiser les incontournables de la vie, permettre un renouvellement. Deux petites histoires différentes, mais positives pour une fois…

Le départ d’Émilie

Émilie, fille unique d’Aline est partie l’an dernier, un soir d’été, à l’aube de ses 20 ans. Aline lui a dit au revoir en souriant, le cœur en mille miettes. Sa fille a quitté le nid familial pour aller vivre avec Francis, son copain qu’elle fréquente assidûment depuis ses 16 ans.

Fièrement assise aux côtés de Francis dans un petit camion loué pour transporter ses meubles et ses effets personnels amassés ces deux dernières décennies, Émilie a rendu son sourire à sa mère. Puis ils se sont éloignés dans l’espace d’un éclair. Aline s’est retrouvée seule, effondrée.

Dans les jours suivant le départ d’Émilie, Aline a ressenti un type d’émotion qu’elle n’avait jamais connue jusqu’à ce jour.

«Une émotion qui t’amène au bord du gouffre, à remettre en question toutes les dimensions de ta propre vie. Pourquoi je vis? Quel est le sens de ma vie? En quoi et pour qui suis-je utile?», témoigne-t-elle.

Syndrome du nid vide

Pour la première fois de sa vie, Aline a ressenti le syndrome du nid vide. On écoute les gens sans les entendre, on regarde les choses sans les voir. La beauté de la vie me filait entre les doigts…

«Je vivais un immense vide que, selon moi, personne ne pouvait comprendre ni combler», confie-t-elle. Pendant plusieurs semaines Aline erra dans sa vie, comme seule au monde.

Toutefois la routine a repris le dessus – il le fallait bien – avec son conjoint, sans Émilie.

Les récents souvenirs défilaient au jour le jour: Émilie qui part à l’école secondaire avec sa jupe trop courte; s’allonge sur le divan avec sa bouffe pour regarder BET (Black Entertainment Television); parle au téléphone jusqu’aux petites heures du matin; rentre trop tard sans aviser; la course vers la pharmacie pour obtenir la pilule du lendemain… Mais aussi les folles virées de magasinage, les cinémas popcorn, les fous de rires complices…

Depuis le départ d’Émilie, la mère et la fille continuent de communiquer au quotidien. Aline rend visite régulièrement au jeune couple installé en banlieue de Toronto. Mais les sorties mère-fille sont devenues de moins en moins fréquentes pour faire place au destin inévitable d’Émilie.

Continuer d’avancer

La jeune femme donne priorité à sa nouvelle réalité de couple, tout en continuant ses études au Collège Glendon. Puis ce qui devait arriver arriva… Émilie tombe enceinte de son premier fils quelques mois après le début de sa vie à deux. Elle obtient son B.A. en psychologie au 9e mois de sa grossesse.

Une belle amitié demeure entre la mère et sa fille, bien qu’Aline soit encore en train d’apprivoiser sa vie après sa fille… Avec le temps certains regrets s’estomperont peut-être… Selon Aline, on ne peut que tout simplement continuer d’avancer, de faire avancer notre solidarité…

La femme, début cinquantaine, songe à quitter son emploi de longue date pour démarrer son propre petit commerce café-bouquinerie inspiré des goûts de sa fille pour la lecture.

Le départ de Guillaume

2014: Lise et Benoit reconduisent Guillaume, leur fils aîné de 18 ans, aux résidences étudiantes de l’Université d’Ottawa. Le plan: Guillaume vivra sur le campus au courant des trois prochaines années; il devra gérer sa vie quotidienne tout en poursuivant son Baccalauréat ès arts, avec un modeste budget.

Guillaume s’intéressait à plusieurs choses: les arts, la musique, la nature, les voyages – mais sans toutefois pouvoir déterminer ce qu’il voulait vraiment faire de sa vie. Benoit souhaitait secrètement que son fils trouve son chemin, maintenant qu’il est seul face à lui-même et aux diverses options qu’offre le B.A.

Les premiers mois de la nouvelle vie de Guillaume s’avèrent éprouvants. Le jeune homme revient à la maison (Toronto) deux fins de semaine par mois.

Visiblement il n’arrive pas à s’adapter à sa vie en résidence. Ses études et sa vie sociale en souffraient. Il tournait en rond; se sentait bloqué entre les quatre murs de sa petite chambre et la sempiternelle atmosphère estudiantine.

En outre, Ottawa lui semblait fade, dénuée de dynamisme et d’effervescence.

Entre ado et homme

Au bout de sa première année universitaire, Guillaume renonce à poursuivre ses études. Il retourne vivre chez ses parents au désespoir de son père.

Complètement amorti, le fils démontre un je-m’en-foutisme éprouvant pour les parents. Coincés devant ce restant d’ado en train de se métamorphoser en homme, ils exigent que Guillaume trouve un emploi pour contribuer aux frais de vie sous le domicile familial.

De fil en aiguille, Guillaume travaille chez McDonald, Canadian Tire, Starbucks. Puis, six mois plus tard, il annonce qu’il quitte Toronto; il part vivre à Montréal (un transfert de poste via Starbucks).

La lumière au bout du tunnel, selon Benoit; enfin une action qui obligerait Guillaume à se prendre en mains. Cap vers une aventure des plus inattendues…

Relocalisé à Montréal, Guillaume partage un petit appart dans l’Est de la ville avec un jeune collègue de Starbuck. Les temps sont exigeants, ponctués de maigres salaires, mais aussi de conversations joviales avec les habitués du salon où Guillaume travaille sans relâche six jours par semaine.

On lui fait confiance: il est heureux de découvrir sa nouvelle indépendance au cœur d’un milieu qu’il trouve stimulant.

Se réinventer

2017: le jeune homme de presque 21 ans vit à Nantes, en France, où il vient de décocher un poste d’adjoint à la gestion des services auprès d’un salon français du café Starbuck.

Lise et Benoit iront bientôt le visiter. Ils retrouveront un fils épanoui qui ne reviendra pas. Il fera sa vie en France et ailleurs…

Benoit souhaite initier un nouveau chapitre de vie en toute liberté, mais restent sa fille Isabelle (17 ans) et son fils cadet Martin (15 ans)… Innover, recréer dans un certain recommencement, c’est ça la vie, conclut Benoit, devenu philosophe, songeant à Guillaume.

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