Les enfants et la lecture


2 décembre 2014 à 9h57

Happés par le sport et les multiples écrans qui sont à leur disposition, nos chères têtes blondes ne lisent plus. Vrai ou faux, ce constat rabâché nourrit les conversations et les débats au sein du milieu éducatif.

Ceux qui ne lisent pas

Ils sont trop pris. Plongés dans les compétitions sportives diverses et variées, absorbés par la télévision et les jeux vidéos ou la tête envahie par la musique qu’ils écoutent, les écouteurs enfoncés dans les oreilles, les jeunes ne s’intéressent pas au livre et ne lisent pas.

Les parents se désolent. Les enseignants s’interrogent. Comment rendre la lecture attrayante, faire du livre un besoin? Les bibliothécaires sont sans appel : «Il faut rendre le livre omniprésent dans le quotidien. Dans une maison où il n’y a pas de livres, on ne peut pas s’attendre à voir des enfants dévoreurs d’histoires».

Selon un sondage Opinion Way, 14% des enfants ne lisent pas et seuls 56% lisent une fois par semaine.

«Les livres coûtent cher» soulèvent des parents. «Pour emmener les enfants à la bibliothèque, il faut du temps», font remarquer d’autres. Dans les familles monoparentales ou socio-économiquement défavorisées, le livre n’est pas une priorité. Incombe alors à l’école de développer le goût de la lecture.

Mais là aussi, le bât blesse: «Nous n’avons qu’une certaine tranche de temps dédiée à la littérature. Elle n’est pas suffisante pour développer le goût de la lecture autonome chez l’enfant», se plaint une enseignante du primaire à l’école Gabrielle-Roy.

«Les enfants imitent leurs parents. Ils s’identifient à eux. Dans les familles où on lit, on a davantage de chance de voir les enfants lire que dans une famille où il n’y a pas de livres. Et l’école n’a rien à voir là-dedans», fait observer une enseignante en moyenne section à Maurice Cody.

Elle observe par ailleurs que les garçons lisent moins que les filles en moyenne. «C’est qu’à un moment donné, les garçons vont prendre leur père pour modèle. Quand c’est la maman qui lit des histoires le soir avant de s’endormir, la chimie n’opère plus. C’est pourquoi j’invite les pères à venir lire dans la classe quand ils peuvent ou à prendre le relais à la maison en fin de semaine.»

Ceux qui lisent

Les libraires ne sont pas aussi pessimistes. Les enfants viennent acheter des livres. Les adultes viennent faire des cadeaux d’anniversaire dans les rayons de livres pour jeunes…La littérature jeunesse se porte bien.

Ce tableau optimiste est renforcé par les ventes à succès d’ouvrages destinés aux adolescents (Le Journal d’Aurélie Laflamme ou Harry Potter et Hunger Games pour n’en citer que quelques-uns, dont le succès papier a conduit à l’adaptation cinématographique et au succès du guichet).

Parmi les passions relevées à l’adolescence, on y trouve la lecture de Manga et de bande dessinée. Une autre gymnastique de l’esprit pour lire un livre à l’envers ou dans des bulles. Un univers qui laisse certains adultes peu habitués, désorientés. On entre alors dans le débat «Mais la bande dessinée, ce n’est pas de la littérature». La question se pose : «À quoi ça sert de lire»? Dans un sondage que j’ai mené auprès d’élèves et de parents dans les écoles, dans des parcs, au travail et dans différents quartiers, les réponses fusent, variées et qui se complètent : «Ça occupe». «On plonge dans un univers fantastique». «On devient des héros».

«On retrouve des personnages qu’on aime». «On rit». «Ça donne une discipline et ça instruit». «On y apprend l’orthographe». «Je me sens moins seul». «Ça aide à passer le temps»… Autant de bonnes raisons pour initier l’enfant à la lecture. Laissons-les aller à leur passion, à leur goût, puis introduisons des nouveautés. De genre. D’écriture.

Comme en cuisine on éduque un palais, en littérature on sensibilise une curiosité. Mais avant on apprend à aimer. Et pour ça, on crée une habitude avec ce qui passe le mieux. Ce qui plaît immédiatement.

Que faire?

Ne fais pas ce que je dis, fais ce que je fais. Cet adage semble se vérifier particulièrement pour la littérature. Un enfant qui grandit avec la lecture d’histoires, qui voit ses parents, ses frères et soeurs lire, qui se rend souvent en bibliothèque et dans des librairies est davantage susceptible de développer un engouement voir une passion pour la lecture.

Il incombe donc aux adultes d’«amener» le livre à la maison. De rendre l’objet intéressant. Habituel. Il faut y investir un peu de temps. Pas beaucoup. Un peu. Mais régulièrement. Les coûts peuvent être réduits en faisant des choix d’achat, en empruntant aux amis, à la famille, à la bibliothèque.

Lire des histoires à voix haute, parler d’un livre qu’on a lu ou que l’enfant a étudié, sortir en famille au Salon du livre de Toronto (ça tombe bien, il a lieu cette semaine du 3 au 6 décembre sur Bloor et Yonge), à des événements littéraires, inviter des auteurs dans les écoles à parler de leurs livres sont des initiatives concrètes au bénéfice quasi immédiat.

Avant tout, la littérature est un plaisir qui se partage et se consomme sans modération. Alors, ne boudons pas les occasions multiples de se distraire et de se cultiver. Créons-les, saisissons-les et régalons-nous. En famille.

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