Quand les asiles psychiatriques produisent des artistes

Entre ART DES FOUS et ART BRUT, coédition Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne, Paris / Somogy éditions d'Art, 2017, broché avec rabats, 19x26,5 cm, 240 illustrations, 150 pages. La couverture reproduit une peinture de Corbaz Aloïse, Coupole fédérale, vers 1940.
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C’est un titre bien curieux et intrigant que celui que les éditions d’Art Somogy ont choisi pour présenter des œuvres artistiques marginales, en ce sens qu’elles font bien rarement l’objet d’une exposition ou d’un livre d’art.

Entre ART DES FOUS et ART BRUT est pourtant le titre d’un ouvrage d’art qui présente aux lecteurs «La collection Sainte-Anne», que l’on peut découvrir au Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne (MAHHSA) à Paris.

L’hôpital Sainte-Anne ou Centre hospitalier Sainte-Anne est spécialisé en psychiatrie et en neurosciences. Cet ancien établissement, dont la création date du 17e siècle mais qui célèbre cette année le 150e anniversaire de sa vocation moderne, demeure en France le symbole des asiles psychiatriques.

Et le livre de Somogy présente les œuvres, parfois fort anciennes et rares, qui sont à l’origine de la Collection artistique de cet hôpital. «Elles sont remarquables par la multiplicité de leurs styles et de leurs intentions. Certaines ont permis, en 1949 et en 1950, à l’artiste Jean Dubuffet et au médecin psychiatre Robert Volmat de confronter leurs conceptions respectives de l’art et de la folie, au travers de la présentation inédite d’artistes communs…»

Aloïse Corbaz: Animula Vagula, p. 105.
Aloïse Corbaz: Animula Vagula, p. 105.

Acte I

La collection des œuvres de l’hôpital Sainte-Anne est subdivisée en deux expositions que l’on retrouve dans le livre d’art des éditions Somogy, sous les noms d’Acte I et d’Acte II.

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Elle était une fois: Acte I, les origines de la Collection Sainte-Anne rappelle les débuts de l’histoire de la collection en montrant les œuvres les plus anciennes qui s’y trouvent, celles qui ont été réalisées entre 1858 et 1949.

On y voit des œuvres d’artistes qui témoignent de la vie en asile à la fin du XIXe siècle, et des productions spontanées de malades qui se sont progressivement adonnés à une démarche créatrice.

Cette partie va de le la page 10 à la page 91 de l’ouvrage et comporte 117 illustrations, souvent en couleur et parfois en pleine page. De courtes notices les accompagnent, il y en a une vingtaine. Les peintures et les dessins présentés ont été réalisés en dehors d’ateliers thérapeutiques.

Ces réalisations souvent spontanées et libres d’exécution sont «parfois fort anciennes et exceptionnelles par leurs provenances et par la multiplicité de leurs styles». Il s’y trouve des œuvres d’artistes devenus célèbres comme créateurs d’Art Brut.

Gaston Duf, Riqûme Rônâûzerâûse avant 1950. Gouache sur papier 28x36 cm, p. 113.
Gaston Duf, Riqûme Rônâûzerâûse avant 1950. Gouache sur papier 28×36 cm, p. 113.

Acte II

Elle était une fois : Acte II, Autour de 1950, assure la continuité de la partie précédente. Son propos est davantage axé sur l’importance de l’exposition présentée à Sainte-Anne en 1950, à l’occasion du Premier Congrès Mondial de Psychiatrie.

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Cette exposition avait montré au public près de 2 000 œuvres de patients-artistes. Il s’agit d’œuvres qui ont été réalisées dans des ateliers thérapeutiques depuis 1950.

Dans le livre de Somogy, cette deuxième partie va de la page 92 à la page 157 et compte 82 illustrations en couleur, dont une quinzaine en pleine page. Une vingtaine de courts textes explicatifs les accompagnent. Ces dessins ou ces peintures sont le fruit de l’art-thérapie.

Au-delà de l’engouement du monde artistique et psychiatrique pour «l’art des fous», puis pour «l’art brut», la Collection Sainte-Anne a toujours su garder sa singularité, constituant un support de réflexion quant à l’identité de la personne qui s’engage dans un processus de création, qu’elle soit malade ou non.

Albino Braz, sans titre, sans date, avant 1950, p. 142.
Albino Braz, sans titre, sans date, avant 1950, p. 142.

Art brut

Peut-on évoquer l’art brut lorsqu’il s’agit de la Collection Sainte-Anne? Pourquoi pas, compte tenu de son histoire? «L’art brut ne constitue pas une catégorie artistique. Il s’agit d’un concept philosophique défini par Jean Dubuffet en 1946.»

Jean Dubuffet, qualifié parfois «d’inventeur de l’art brut», a joué un rôle considérable et conceptualisé l’art brut en le révélant au grand public et en défendant ces œuvres hors du commun auxquelles il a donné le nom d’«art brut». Et c’est ainsi que l’on retrouve dans la Collection Sainte-Anne des artistes qui ont été identifiés comme répondant à ce concept.

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Beaucoup d’autres en revanche ne correspondent pas à l’image du créateur «exempt de toute référence culturelle» qui constituait le dénominateur commun de cette désignation.

Les visiteurs d’une exposition du Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne, comme bien des lecteurs de l’ouvrage de Somogy, s’attendent à voir des formes évoquant l’angoisse ou la discordance, ou bien encore à découvrir une création empreinte de naïveté.

Une découverte

Mais il n’en est rien la plupart du temps en découvrant des œuvres qui sont bien différentes.

Dans sa diversité, la Collection Sainte-Anne recèle un ensemble d’œuvres dont il est rarement fait état. Ce sont le plus souvent des paysages, des monuments ou des vues d’architecture, des natures mortes, des objets quotidiens, des représentations d’animaux familiers.

Et ce livre est une découverte, car l’art des fous nous est finalement bien étranger.

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