L’art brut, une nouveauté!

Peiry, Lucienne. L'ART BRUT, Paris, Éditions Flammarion, 2016, relié, 21 x 15,5 cm, 500 illustrations, 400 p.
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Qu’est-ce que l’art brut? C’est la question que l’on peut bien légitimement se poser en prenant connaissance de cette association terminologique étrange, le qualificatif «brut» ayant des significations diverses et opposées, peu compatibles parfois avec le mot «art».

Mais un ouvrage des éditions Flammarion peut nous éclairer sur ce sujet, puisqu’il est l’œuvre d’une historienne de l’art spécialisée dans l’art brut, Lucienne Peiry.

Sans prétentions

L’art brut n’est une nouveauté que par rapport aux mouvements artistiques classiques auxquels nous sommes habitués, comme le baroque (1580-1700), le classicisme (1660-1715), le rococo (1730-1760), le néoclassicisme (1750-1700), le romantisme (1770-1850), le réalisme au XIXe siècle, le naturalisme, pour ne mentionner que quelques exemples dont il a été question dans L’Express à un moment donné ou à un autre.

C’est l’artiste Jean Dubuffet qui a inventé ce terme à l’été 1945 lors d’un voyage en Suisse, pour désigner les productions de personnes n’ayant pas de culture artistique. Il constitue une première collection d’œuvres recueillies dans des asiles psychiatriques en Suisse et en France ou auprès d’artistes isolés, des autodidactes restés dans l’ombre.

Au sens premier du terme, l’art brut regroupe des productions réalisées par des non-professionnels de l’art, dépourvus de culture artistique, créant des œuvres qui ne répondent pas aux normes esthétiques alors en vigueur, autrement dit «un art spontané, sans prétentions culturelles et sans démarche intellectuelle».

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Originalité

Dans un manifeste de 1949, L’art brut préféré aux arts culturels, Jean Dubuffet précise sa pensée et donne les explications suivantes, utiles pour clarifier l’art brut à ses origines et son évolution ultérieure. Il apporte ainsi un éclairage intéressant sur ce sujet.

«Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode.»

«Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non, celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe.»

Ouvrage d’art et d’histoire

Il n’est plus que de parcourir l’ouvrage de Lucienne Peiry pour découvrir l’évolution de ce mouvement artistique.

L’art brut est sorti des asiles psychiatriques et s’affiche désormais officiellement et publiquement non seulement à l’«Outside Art Fair» de New York, qui regroupe chaque année depuis plus de 20 ans les passionnés d’art brut, mais également ailleurs dans le monde.

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Des expositions se tiennent chaque année à Lausanne, en Suisse, où se trouve la Collection de l’art brut constituée par Dubuffet. L’exposition de cette année 2017 a lieu du 3 février au 30 avril.

Une exposition a eu lieu à Paris en 2013, mais dans les six étages d’un hôtel, une autre en 2016 à la Halle Saint-Pierre, une autre à Londres, en Allemagne et, de ce fait, les tableaux d’art brut prennent de plus en plus de valeur.

L’autre et l’ailleurs ouvre l’ouvrage, dont on peut dire de suite qu’il est abondamment orné d’illustrations en couleur ou en noir et blanc. Le chapitre qui suit, La première aventure de l’art brut, conte comment l’art brut a réussi à s’insinuer dans les courants artistiques pour gagner finalement New York.

Et c’est ainsi qu’au fil des pages, le lecteur de ce remarquable ouvrage découvre à la fois l’histoire de ce mouvement artistique et ce qu’il présente et représente.

De nouveau noms d’artistes apparaissent, encore peu connus pour nombre d’entre eux, mais qui trouveront un jour une place dans l’histoire de l’art. Dans son livre, Lucienne Peiry consacre 33 pages à des notices biographiques de peintres ou de sculpteurs de l’art brut, en utilisant en général, comme elle le précise, leur patronyme.

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Un art moderne

«Aujourd’hui l’art brut est mis sur le même plan que les autres formes artistiques et on le voit clairement avec le regain d’intérêt que lui portent les grandes institutions (comme le Musée d’art moderne de la Ville de Paris par exemple), qui l’intègrent à leurs collections. On le voit aussi par les nombreuses publications sur l’art brut, mais aussi dans les galeries et sur le marché de l’art où les artistes d’art brut voient leur cote croître», explique Sarah Lombardi, directrice de la Collection de l’art brut de Lausanne

«L’art brut n’est pas une contre-culture, ce n’est pas une autre culture mais l’Autre de la culture.» (Le Devoir, Le bon, l’art brut et le truand, 3 novembre 2006)

Un art, un livre, de quoi se distraire en s’instruisant ou s’instruire en se distrayant.

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