Quand l’art est une affaire dangereuse

Le Caire, toile de fond, de Parker Bilal (Jamal Mahjoub)

Parker Bilal

Parker Bilal, Le Caire, toile de fond, roman traduit de l’anglais par Gérard de Chergé, Paris, Éditions du Seuil, 2018, 416 pages, 35,95 $.


10 juin 2018 à 9h00

L’écrivain anglo-soudanais Jamal Mahjoub publie sous le pseudonyme de Parker Bilal. Il parle six langues, dont le français, et son tout dernier roman s’intitule Le Caire, toile de fond. Ce polar illustre assez bien que le monde de l’art peut être «un business à haut risque».

C’est chose bien connue que des œuvres d’art apparaissent et disparaissent avec une infaillible régularité. L’œuvre en question dans ce polar est «La Tour des chevaux bleus», toile d’une valeur inestimable de l’expressionniste allemand Franz Marc. Elle a été confisquée par les nazis dans les années 1930.

Le tableau en question existe vraiment et son dernier propriétaire connu a été nul autre qu’Hermann Göring. Depuis 1945, la toile reste cependant introuvable, ce qui donne libre cours à tout fantasme ou toute fantaisie de la part de l’auteur. Pour pimenter son intrigue, Bilal imagine divers subterfuges et rebondissements dignes d’un Michael Connelly.

Colonel irakien

Dans le roman, le colonel irakien Khadim al-Samari est soupçonné d’avoir volé le fameux tableau à Bagdad et de l’avoir clandestinement introduit en Égypte. Ce colonel spécialiste d’assassinat par la torture vend des objets d’art à des collectionneurs new-yorkais, voilà une combinaison assez bizarre.

Sa capture vaut trois millions de dollars. Un collectionneur d’art égyptien engage le détective privé Makana pour retrouver le colonel et l’œuvre. Makana est certain de croiser l’Iraquien un jour; reste à savoir ce qu’il fera alors de lui…

L’auteur écrit que la vie avait appris une chose à Makana, à savoir qu’elle n’a jamais fini de vous surprendre. Et il ajoute que «le Caire était un gigantesque théâtre créant son propre spectacle permanent.»

Le Caire

Le roman regorge de lieux qui font la renommée du Caire, comme la mosquée Mustapha Mahmoud ou l’Opéra «avec son dôme blanc et ses arcades» qui lui donnent l’air d’une mosquée; «il n’y manquait qu’un minaret».

Pour qu’il y ait polar il faut un assassinat. Le collectionneur d’art qui a justement retenu les services de Makana est trouvé tailladé en lambeaux. La méthode de torture pointe évidemment vers le colonel irakien Samari.

Quand des questions sont posées au médecin légiste qui examine le cadavre, elle répond: «Je m’occupe des faits, inspecteur. Les idées, c’est bon pour les oiseaux.»

Nature humaine

Or, aux yeux de Makana, le colonel Samari est «une créature sans visage qui rôde dans les prisons béantes de son esprit», donc une idée. Aurait-il affaire à «une énigme aussi ancienne que le Sphinx et tout aussi indéchiffrable»?

Selon l’auteur, la nature humaine ne fluctue pas tellement d’un pays à l’autre. Où qu’on aille, les gens sont à peu près les mêmes. «Donnez-leur ce qu’ils attendent et ils vous diront ce que vous voulez savoir.»

Comme la trame du roman Le Caire, toile de fond se situe en 2004, donc dix-huit mois après l’offensive américaine en Irak, elle permet aux Cairotes d’exprimer leur point de vue sur cette guerre, mais cela donne lieu à quelques longueurs, à mon avis.

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