Trois Ontariennes bâtissent une école au Rwanda

Les enfants de Kavumu n'ont plus à marcher pendant deux heures matin et soir

L'école maternelle Saint-Abel a été inaugurée en 2017.


7 février 2019 à 9h00

Les enfants de Kavumu, au Rwanda, doivent faire plus de deux heures de marche pour aller à l’école. Pour remédier à cela, trois amies canadiennes se lancent dans un projet fou en 2012: construire une école maternelle dans ce petit village du sud du Rwanda.

C’est ainsi que naît «Le chemin de la lumière», Inzira y’Urumuri en rwandais, une association fondée par Marie Ntaganda, Noreen Barbe et Adolphine Mukamanzi, trois amies de Toronto et de Sudbury.

Elles seront très vite rejointes par un élève du secondaire, Nicholas Ntaganda, le fils de Marie, présidente de l’association.

école Rwanda
Adolphine Mukamanzi, Marie Ntaganda et Noreen Barbe

L’école à deux heures de marche

Après le décès de son père en 2010, Marie décide de passer quelque temps dans le petit village dont il est originaire, Kavumu. Elle y rencontre alors des parents qui regrettent l’absence d’école à proximité.

Kavumu est situé au sud du «pays aux mille collines», à quatre heures de route de la capitale. Les constructions sont plus chères, le matériel venant de loin.

De plus, la population, qui travaille majoritairement dans l’agriculture, y vit sans eau courante ni électricité. «C’est un village qui a besoin d’aide», résume à L’Express Adolphine Mukamanzi, qui travaille au Conseil scolaire catholique MonAvenir à Toronto.

école maternelle construite au Rwanda par l'association "Le chemin de la lumière" 2017
Adolphine Mukamanzi et les enfants de Kavumu.

Au cours d’un séjour au Rwanda en décembre 2011, les trois amies canadiennes se rendent ensemble à ce petit village et discutent avec les parents.

Dès lors, l’idée de construire une école à Kavumu commence à trotter dans leur tête. «Nous doutions, car nous avions un travail à temps plein. Mais dès que nous nous retrouvions, ce projet était au cœur de nos discussions», témoigne Adolphine.

C’est un nouveau voyage au Rwanda, début 2012, qui finit par les convaincre. Quelques mois plus tard, le projet est lancé.

Le chemin de la lumière
Nicholas Ntaganda, co-fondateur de l’association.

Un élan de solidarité inattendu

Les levées de fonds ont été initiées en octobre 2013, principalement à travers des activités organisées dans les écoles du Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario, dans lequel travaille Marie.

Parmi les animations proposées, on retrouve un banquet de bienfaisance, chaque année, plus souvent à l’école secondaire Mcdonald-Cartier à Sudbury. «Les bénévoles font la cuisine et les jeunes servent le repas. Ces derniers préparent également un spectacle pour le public», détaille Adolphine.

«Notre but, c’est d’impliquer les jeunes»

Afin de concrétiser ce projet, les fondatrices avaient à cœur d’impliquer les jeunes. Mais elles ne s’attendaient à un tel élan de solidarité de leur part.

En plus de leur participation aux banquets, des élèves du secondaire ont organisé des journées «lave-auto» l’été. «Ils devaient se lever à 6 heures, et ce n’était pas un travail facile», tient à préciser la co-fondatrice.

Journée lave-auto au profit du «Chemin de la lumière».

Sans oublier les dons individuels. Deux jeunes de Sudbury ont notamment demandé à leur famille de l’argent pour leur anniversaire, à la place des cadeaux, afin de faire un don à l’association. Un élève du secondaire a ainsi offert 300 $ pour construire l’école maternelle.

Différents organismes ont également appuyé cette belle initiative, comme le Comité francophone de la police de Toronto ou la Fédération des enseignants du secondaire de l’Ontario. Celle-ci organise chaque année un bowling de bienfaisance, à l’occasion de la Journée de la famille, début février.

Un don anonyme de 50 000 $

Peu à peu, le projet s’est fait connaître dans la communauté de Sudbury, notamment grâce à un article du Sudbury Star. Ainsi en 2015, un donateur anonyme offre 50 000 $ à l’association, soit l’équivalent de la moitié de ce qui avait déjà était récolté!

Deux fondatrices à gauche (Marie Ntaganda) et à gauche (Adolphine Mukamanzi)
Des bénévoles de l’association, entourés des fondatrices, dans un banquet de bienfaisance.

De même, les collègues d’Adolphine à Toronto ont organisé une collecte de fonds au sein du Conseil scolaire MonAvenir, afin de participer financièrement à la construction de l’école.

«J’ai pris un congé de deux ans pour travailler sur place et rencontrer les parents», explique la responsable, avant d’ajouter: «Il était important pour moi de passer du temps au Rwanda pour connaître la réalité du terrain, pour savoir ce dont la population a vraiment besoin. C’est bien souvent différent de ce que l’on imagine…»

Les co-fondatrices ne furent pas les seules à se rendre à Kavumu pour concrétiser l’ouverture de l’école. Des bénévoles ont tenu à venir visiter le site et collaborer au projet.

 Un projet qui a porté ses fruits

Grâce aux fonds amassés, les travaux de construction sont lancés en 2016. Un an plus tard, l’école maternelle Saint-Abel est inaugurée à Kavumu. Le nom de cet établissement est un hommage au père de Marie, qui portait ce prénom.

Près de 150 élèves y sont actuellement scolarisés, répartis dans trois classes.

élèves en classe
Les élèves de l’école Saint-Abel en classe

Les parents sur le chantier

Mais ce n’est pas la seule réussite des fondatrices.

«Nous avons demandé à ce que les parents puissent travailler sur les chantiers de construction, afin qu’ils gagnent un peu d’argent», précise Adolphine. De même, deux citernes d’eau ont été installées près de l’école, une aide pour l’ensemble du village.

«Cela commence à susciter l’intérêt des autorités locales. Ils commencent à réfléchir pour aménager l’électricité dans le village.»

«Les parents nous donnent la motivation de continuer»

Les fondatrices ont très vite été impressionnées par l’implication des parents dans le projet. Ces derniers se sont par exemple cotisés pour payer un concierge à l’école. «C’est notre école!, comme ils disent, ils veulent en prendre soin», souligne Adolphine.

De même, le dernier samedi de chaque mois, destiné aux travaux communautaires au Rwanda, les parents œuvrent pour préparer la cour de l’école: ils la nettoient et l’agrémentent en y plantant des arbres et des fleurs.

«Les parents sont impliqués et font leur part. Ils n’hésitent pas à nous contacter quand quelque chose ne leur convient pas», affirme la co-fondatrice le sourire aux lèvres.

L’école Saint-Abel sur la colline de Kavumu.

L’aventure n’est pas terminée…

Les trois amies canadiennes ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Elles espèrent désormais entamer les constructions d’une école primaire, de la 1re à la 9e année, d’ici avril, grâce aux fonds amassés.

Pour ce faire, l’association est toujours en quête d’appuis supplémentaires, notamment auprès des écoles de Toronto. «Ce n’est pas seulement financier. Tout le monde peut apporter sa pierre à l’édifice», conclue Adolphine.


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