Quand la réalité dépasse les fictions les plus cinglées

livre
Éloïse Simoncelli-Bourque, Poudreries, roman, Montréal, Éditions Fides, 2018, 272 pages, 27,95 $.
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On entend souvent dire que la réalité dépasse la fiction. Éloïse Simoncelli-Bourque nous prouve, dans son roman intitulé Poudreries, que la réalité peut dépasser les fictions les plus cinglées et qu’«une folie destructives et sanguinaire peut transformer l’homme en bête immonde».

L’auteure mène de front plusieurs intrigues: le carnage de chevreuils dans le Parc national du mont Saint-Bruno, la fugue d’une ado qui «glisse sur la pente douce de l’enivrement puis dans le précipice de la dépendance», un éminent chercheur sur la rétinite pigmentaire trouvé assassiné dans son bureau de l’Université de Montréal, la soif insatiable d’une multinationale pharmacologique, une voix démone qui martyrise un personnage et prend son cerveau en otage, diluant ainsi son identité.

Il y a tellement de personnages – plus de cinquante – que l’auteure a jugé utile de les regrouper dans un tableau au tout début du roman et d’indiquer le lien entre les membres de certains employeurs comme le Service de Police de la Ville de Montréal ou de Longueuil.

Les passages sur l’ado accro à l’héroïne sont les plus touchants et les mieux ciselés. Éloïse Simoncelli-Bourque écrit, par exemple, que «la vie sur une montagne russe est autrement plus palpitante que celle sur un tapis roulant». Mais cela implique de passer d’un «ersatz d’éternité» à une «odieuse servitude».

Une imposante recherche sous-tend l’écriture de ce roman, au point où l’auteure sent le besoin de s’expliquer dans une Postface. L’intrigue met en scène la multinationale Rockefellow, mais il s’agit d’une transposition de l’empire Rockefeller, grand magnat de l’industrie pharmacologique.

Poudreries nous apprend que la vie humaine ne fait pas le poids devant l’avidité des compagnies pharmacologiques et que les tractations secrètes des centres de recherches universitaires pour obtenir du financement sont monnaie courante.

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Parlant de pharmacologie, une citation en exergue de l’ancien député fédéral Terrence Young rappelle que «les réactions négatives aux médicaments sont la quatrième cause de mortalité au Canada».

Un grand nombre de citations en exergue sont de Simone Weil, dont celle-ci: «On ne peut contempler sans terreur l’étendue du mal que l’homme peut faire et subir. »

Toujours côté recherche, l’auteure insère dans son intrigue des gants griffus inspirés de l’ère précolombienne et rappelant un rituel sacrificiel du peuple Mochica en Amazonie entre l’an 100 et 107 avant J.-C.

Le roman souligne que même si la science et la technologie ont évolué au fil des siècles, les émotions humaines, elles, sont demeurées «brutes, élémentaires, presque primitives». Un personnage n’hésite pas à dire qu’«une folie destructive et sanguinaire transforme l’homme en bête immonde».

L’intrigue de Poudreries est un vrai nœud gordien qui se dénoue, bien entendu, que dans les derniers chapitres. Le suspense est solidement et habilement maintenu. Tantôt saccadé tantôt poétique, le style semble parfois épouser le tempérament des personnages.

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