Quand la maladie des mots guérit de l’ennui

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Pour plusieurs, Maurice Henrie est l’auteur de romans, de nouvelles et d’essais qui ont été abondamment primés et salués par la critique. Avant de devenir écrivain, il a été haut fonctionnaire dans l’administration fédérale. Ces années-là teintent largement et savoureusement son tout dernier recueil d’essais, Aveux et confidences.

Aveux et confidences regroupe une trentaine de textes selon quatre grands thèmes: écriture, égotisme, pouvoir et société. Nous nous demandons parfois où l’auteur s’en va avec ce qu’il raconte, puis il place un fait, une personnalité, un cas patent qui prouve élégamment son point de vue. Il nous séduit dès lors.

Grand bureaucrate au Conseil privé, entre autres, l’auteur s’étend longuement sur les dessous ou les coulisses de la politique. Il reconnaît qu’elle se loge à l’enseigne de «la corruption, la malversation, le complot, la trahison, le magouillage…»

Voilà une chose naturelle, écrit-il, car ce phénomène inévitable fait partie de la société. Il s’agit tout simplement de l’encadrer, «d’apprendre à vivre avec lui le mieux possible».

Au Conseil privé, on prépare des lettres ou documents pour la signature du premier ministre. Comme j’ai déjà travaillé dans un bureau de ministre (secrétaire d’État), je sais que c’est souvent une machine qui signe (avec l’autorisation du conseiller politique dûment attitré).

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Or, Maurice Henrie raconte qu’il s’est une fois trouvé dans une situation où personne ne pouvait faire apposer la signature nécessaire sur un document d’une extrême urgence. Il a imité de son mieux la griffe du premier ministre!

Cela m’a rappelé que, vers 1975, j’ai moi aussi imité une signature, celle du secrétaire d’État J. Hugh Faulkner (très facile à faire d’ailleurs). Mais ce n’était que pour une lettre de félicitations.

Toujours du côté politique, l’auteur écrit que la démocratie doit s’accommoder de l’erreur, du caprice et de la fantaisie. «Voilà qui met du piment dans la vie parlementaire qui, autrement, pourrait devenir terriblement monotone et ennuyeuse.»

On sait toute l’admiration que Stephen Harper voue à la reine Élisabeth. Au point de «remplacer des toiles exécutées par des grands maîtres canadiens, comme Alfred Pellan, par des portraits de la souveraine! Quand j’ai lu ce passage, je revenais justement d’une visite de la salle Pellan au Musée national des beaux-arts du Québec, où j’avais vu les toiles Canada Est et Canada Ouest de Pellan, retirées de l’Édifice Lester-B.-Pearson, à Ottawa, pour céder leur place à notre chère reine.

Les essais sur la politique ou le pouvoir sont ceux que j’ai le plus savourés. J’ai néanmoins été surpris de lire que, pour Maurice Henrie, toutes les années passées à préparer des mémoires au Cabinet, des réunions interministérielles, des conférences interprovinciales et des séances de breffage ou de débreffage «ont été, à bien des égards, les plus belles et les plus intéressantes que j’ai vécues». J’aurais pensé que la rédaction et la publication de romans, nouvelles et essais seraient venues en tête de liste.

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Ayant longuement évolué dans la haute bureaucratie fédérale, l’auteur a beaucoup réfléchi sur la démocratie. Il en est venu à la considérer comme une «machine énorme, lourde, lente et alambiquée» qui «mène souvent à la tergiversation, à l’impasse et à l’immobilisme». Peut-être croit-il, comme moi, à une dictature éclairée…

Dernier commentaire sur la politique… assaisonnée d’humour cette fois-ci. Maurice Henrie écrit qu’il régnait au restaurant parlementaire «une atmosphère d’égalité et de démocratie, du seul fait que [tous] mangeaient les mêmes omelettes ou les mêmes frites».

Dans l’essai intitulé Pinocchio, il est question de mensonges blancs, stratégiques, politiques ou diplomatiques. Péchés ou non, ils sont parfois nécessaires pour «préserver les bonnes relations entre les gens, lubrifier les échanges entre les sociétés et les peuples, et permettre d’éviter les querelles internationales et même les guerres».

Un des faits intéressants que ce livre m’a appris, c’est que «plus des deux tiers des mots anglais proviennent de l’ancien français ou du français moderne»; le Normand Guillaume le Conquérant y est pour quelque chose.

Le style de ces essais alterne entre les tournures coquines ou incisives, posées ou explosées. Ainsi, l’auteur écrit que «la seule question valable au sujet de la pomme du paradis terrestre, c’est de savoir si c’était une McIntosh ou une Granny Smith.» Ou qu’une directrice d’école ayant perdu son amant à la guerre «avait juré de n’embrasser dorénavant que le célibat». Ou encore qu’un ami de collège «prenait l’air lent et ampoulé d’un archevêque durant la Fête-Dieu».

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Maurice Henrie n’aime pas les foules, les célébrations, les cérémonies ou les protocoles. Il préfère «se retirer dans ses terres», ce qui veut dire «se retirer en soi-même». Il cherche ainsi «une certaine indépendance, une certaine autonomie».

Mon collègue écrivain affirme avoir toujours souffert cruellement de «la maladie des mots». Heureuse maladie, mon cher, car elle a le don de nous guérir de l’ennui!

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