Quand la littérature rencontre les mathématiques

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Homme de lettres, Hervé Le Tellier appartient au groupe littéraire de l’Oulipo. Roman, poésies, pièces de théâtre, ou encore billets d’humeur, cet écrivain français a reçu en 2013 le Grand prix de l’Humour noir pour sa «traduction» des Contes liquides de Jaime Montestrela. Il était l’invité de l’Alliance française de Toronto lundi 17 mars dernier.

Crée il y a 54 ans, l’Oulipo est un groupe composé d’écrivains, d’artistes ou de mathématiciens tous réunis autour d’une littérature ludique écrite à partir de contraintes, les maths étant le ciment commun de cette joyeuse clique.

«Les maths sont souvent amenées dans la fiction» explique Hervé Le Tellier. La littérature entretient depuis toujours des liens étroits avec cette discipline scientifique. «À l’origine de la littérature, il y a le comptage». Effectivement. Rythmes, rimes notamment en poésie, constituent une musique mathématique. Un savant assemblage de sons et de structures parfois complexes.

Le nom en lui même, Oulipo, est assez curieux. Il désigne un ouvroir de littérature potentielle. C’est un groupe international qui accueille depuis 1960 des personnages avec de personnalités bien particulières: «chaque auteur du groupe a un style bien a lui et des références différentes. Personne ne se ressemble.» Quelques illustres artistes comme Marcel Duchamp, Italo Calvino, Raymond Queneau ou encore Georges Perec sont des oulipiens. Hervé Le Tellier a intégré cette bande en 1992. C’est une famille très élective. On ne demande pas de rentrer dans le groupe, on est choisi à l’unanimité par les membres déjà existants. Et être oulipien c’est pour la vie: «quand on meurt on est excusé pour cause de décès», raconte l’écrivain.

La contrainte ou le jeu?

Contrairement au surréalisme, l’Oulipo est un groupe et non un mouvement. Ces fanatiques des mots s’imposent donc des règles, des contraintes pour écrire.

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Georges Perec, un célèbre écrivain français, a écrit par exemple La disparition, un roman où la lettre «e» n’apparaît jamais. Il s’agit de montrer ici «tout l’artifice de la langue pour ne pas employer la lettre ‘e’».

Il y a un rapport esthétique de complicité entre l’écrivain et le lecteur. Repousser ses limites et montrer le pouvoir des mots. Une littérature riche et pleine de surprise.

Selon Le Tellier «il faut faire le deuil de la communicabilité par la langue. La contrainte nous dit: ta langue te limite beaucoup plus que ça et ton aisance n’est qu’une illusion.»

Mais pour ces illuminés littéraires, on s’amuse avec les mots: «le principe de la contrainte oulipienne n’est pas une contrainte de langue, mais une contrainte de jeu». Avec la contrainte on a un questionnement et la résolution de son questionnement en même temps.

Hervé Le Tellier est inspiré par Borges, Calvino, Queneau et bien d’autres, mais c’est Romain Gary qui l’a amené à la littérature.

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Selon lui, reproduire les géants est une noble façon d’arriver au moins à leurs chevilles. La langue française est célèbre aussi pour sa complexité: «l’orthographe n’est pas une loi, mais une vanité en France».

Hervé Le Tellier, lui, est connu pour son humour incroyablement perfectionné. Selon lui, «l’humour, c’est quand on rit quand même».

L’Oulipo fait un usage arithmétique des mathématiques, l’écrivain donne l’exemple du contrepet, une opération mathématique élémentaire consistant à permuter certains phonèmes, lettres ou syllabes d’une phrase afin d’en obtenir une nouvelle.

«On va utiliser des règles de maths élémentaires et les adapter à l’écriture.»La littérature devient avec ces oulipiens un savant théorème, et détrône avec grâce les cultissimes vieilleries Pythagore et Thalès.

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