Quand la bande dessinée raconte la guerre d’Algérie


13 mars 2012 à 12h26

Le 18 mars prochain marquera les cinquante ans de la fin de la guerre d’Algérie, symbolisé par la signature des accords d’Evian. Si les décennies ont passé, les blessures sont loin d’être refermées. Aujourd’hui, nombreux sont les Français et Algériens qui portent encore les stigmates de ce que l’on appelait alors les «événements d’Algérie».

Pas étonnant qu’en France notamment, ces sept années de guerre aient inspiré et inspirent encore les écrivains, cinéastes, mais aussi les auteurs de bandes dessinées. Le gouvernement français et le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) signaient les accords d’Evian le 18 mars 1962.

Le lendemain en Algérie, un cessez-le-feu bilatéral mettait officiellement fin à sept ans de guerre. Puis le général de Gaulle proclamera finalement l’indépendance de l’Algérie le 3 juillet.

Dans un climat où la guerre a longtemps été minimisée et mise de côté, certains ont choisi de prendre leurs crayons pour mettre des mots et des images sur ces années de conflit, comme le raconte Mark McKinney, invité à Toronto par le Centre des études de la France et du monde francophone (CEFMF) de l’Universite de Toronto.

Professeur de français et de littérature française et francophone à l’université Miami d’Oxford (Ohio) et auteur de The Colonial Heritage of French Comics (Liverpool University Press), Mark McKinney s’est intéressé au sujet, explorant les représentations de la guerre d’Algérie dans la bande dessinée française.

Premiers albums

Il faudra attendre les années 80 pour que les premières bandes dessinées inspirées de la guerre d’Algérie voient le jour. «Avant les années 80, la guerre était encore trop présente, c’était un sujet trop sensible», explique Mark McKinney.

Dans les maisons d’édition, les projets d’albums se succèdent. Guy Vidal, ancien rédacteur en chef de la revue Pilote, et Alain Bignon publient Une éducation algérienne en 1981.

La BD décrit le quotidien des soldats, les attentats de l’OAS ou encore le racisme de certains Pieds-Noirs envers les Algériens. Puis en 1998 sort Petit Polio, de Farid Boudjellal, un album majeur pour Mark McKinney.

L’histoire se passe en 1958 et met en scène Mahmoud, un garçon de six ans, Toulonnais d’origine algérienne et atteint de polio.

Le personnage de Mahmoud est fortement inspiré de la vie de l’auteur. Les «événements» sont racontés par le prisme de la vision de l’enfant.

Parmi les bandes dessinées majeures, Marc McKinney note également Carnets d’Orient de Jacques Ferrandez, une série de dix tomes débutée en 1987. Né à Alger en 1955, l’auteur quitte l’Algérie un an plus tard. Contrairement à d’autres, Jacques Ferrandez choisit de ne pas prendre parti et tente de ne pas porter de jugement sur les situations qu’il décrit.

Raconter la guerre

Pour autant, selon Mark McKinney, les auteurs ont une vision subjective: «je ne crois pas à l’objectivité ou à la neutralité». Mark McKinney précise que les auteurs ne sont pas issus de la génération qui a directement vécu cette guerre.

Qu’ils soient immigrés algériens ou Pieds Noirs, lls étaient tous enfants lors des «événements». Leur histoire personnelle fait qu’ils ont une vision particulière de cette guerre.

Il n’est en tout cas pas évident d’aborder un sujet aussi sensible que la guerre d’Algérie. Bon nombre d’auteurs tentent d’adopter une narration et un dessin réaliste, pour coller à l’Histoire. Cela passe notamment par la représentation de la violence de la guerre, avec des épisodes de torture, comme dans Carnets d’Orient ou la série Azrayen’ de Franck Giroud et Lax.

«Les auteurs montrent la violence pour faire réfléchir», commente Mark McKinney.

Si ces bandes dessinées n’ont bien sûr pas vocation à faire rire, l’humour est parfois employé, mais il s’agit alors d’un humour grinçant, cynique ou ironique, comme le souligne Mark McKinney en citant l’exemple de la série Petite histoire des colonies françaises de Grégory Jarry et Otto T.

Quelques soient les points de vue et les modes de narration adoptés par les auteurs, la plupart ont en commun la volonté d’amorcer un travail de mémoire et d’amener les lecteurs à réfléchir sur un conflit longtemps occulté, qui laisse derrière lui des centaines de milliers de morts et des blessures encore douloureuses. «Dans ces albums il y a une envie de comprendre la France d’aujourd’hui», ajoute Mark McKinney.

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