Présence lumineuse de la femme au TIFF


18 septembre 2007 à 19h09

Ce 32e Festival international du film de Toronto aura offert aux torontois une programmation de qualité, variée et intelligente, comblant ainsi les aficionados du 7e art. Il aura également rendu hommage aux femmes, présentes en nombre devant et derrière la caméra.

Si pendant des années le cinéma offrait une place limitée aux femmes dans les rôles attendus de femmes fatales, d’épouses modèles, de scripts, costumières, maquilleuses – et plus rarement – de cinéastes, scénaristes et productrices, les films retenus au festival de cet automne montrent un changement important de l’industrie à ce sujet.

Elles sont en effet plus d’une centaine à être venues des quatre coins de la planète présenter leur travail à Toronto. Les habituées du festival, comme Charlize Theron, Monica Belluci, Jodie Foster, Juliette Binoche, Catherine Breillat, Helen Hunt ou Mira Nair, se sont mêlées cette année à une nouvelle vague de talents qui a suscité la curiosité de la presse et fait le bonheur du public.

Nadine Labaki (Caramel, Liban-France), Sandra Kogut (Mutum, Brésil) et Marjane Satrapi (Persepolis, France), Celine Sciamma (Naissance des pieuvres, France) et Lucia Puenzo (XXY, Argentine) ont apporté une vague de fraîcheur avec leurs premières réalisations.

Des œuvres intimistes et engagées, drôles et douloureuses, mais toujours parfaitement maîtrisées et soignées, qui offrent un regard tout en finesse sur l’inadéquation de l’individu et de la société dans laquelle il évolue. Ces compositions cinématographiques de qualité sont autant de revers aux grosses productions violentes et scénarios sans imagination dont les salles sont souvent inondées.

Avec Caramel, Nadine Labaski brosse des portraits de femmes libanaises saisissants d’humour et de vérité dans un quotidien loin des bombes et des soldats.

La réalisatrice brésilienne de Mutrum entraîne quant à elle le spectateur dans l’univers à la fois poétique et tragique de l’enfance encore tendre mais déjà mûre et réceptive à l’absurdité du monde adulte. Thème qui se prolonge tout en se délayant dans le film de Lucia Puenzo, XXY, qui revient avec délicatesse et précision sur la tragédie véridique vécue par un enfant, forcé par ses parents à devenir une fille, qui apprend à la fin d’une difficile adolescence la vérité et se suicidera à l’âge de 38 ans.

Sujet difficile et tabou, superbement mis en images, dont s’empare avec brio et compassion la jeune argentine pour ses débuts de cinéaste. Primé à Cannes cette année, Persepolis justifie l’hommage rendu à son auteur.

Choisissant l’animation en noir et blanc rappelant le cinéma expressionniste allemand de Murnau, Marjane Satrapi, parvient avec humour, originalité et intelligence à faire partager au public sa tragédie, qui est aussi celle d’une majorité d’Iraniens aujourd’hui.

Quant à Céline Sciamma, sa toute première œuvre surprend par sa maîtrise de la narration visuelle et dramatique.

Autre cinéaste attachée à révéler les parts d’ombre et de lumière de l’individu en mal d’existence, Sciamma s’attache à trois adolescentes trébuchant sur leurs premiers émois. Si le sujet a maintes fois été abordé à l’écran, Naissance des pieuvres en propose une lecture subtile et tendre, mais sans aucune complaisance, surprenant là où l’on s’y attendrait le moins.

On peut également tirer son chapeau à Cathy Schulman, la productrice de Darfur Now, (qui avait déjà fait un excellent travail sur le film multi-oscarisé Crash), pour avoir rendu possible la production de ce film intelligent et nécessaire, privilégiant le risque de soutenir un projet de documentaire engagé et difficile plutôt que de continuer à jouer la carte de la réussite acquise avec d’autres films plus prévisibles.

La femme est également présente à l’écran. Star d’hier et d’aujourd’hui, elle hante de sa présence lumineuse chaque grain de pellicule. La beauté provocante de Monica Belluci dans Le Deuxième souffle d’Alain Corneau retient davantage l’attention du spectateur que l’histoire du film et le jeu apprêté des autres acteurs.

Le jeu nuancé de Charlize Theron ou de Fanny Ardant rayonne dans leurs deux films programmés au festival. Enquêtrice dans La Vallée d’Elah ou femme de policier, victime de la violence qui a explosé au sommet du World Trade Organization (Battle in Seattle), Charlize Theron adapte son talent à des compositions en demi-teinte.

Dans The Secrets et L’Ora di Punta, Fanny Ardant nous dévoile la richesse de son talent en interprétant des rôles ambigus, sensibles et insolites dans une production franco-israélienne et une œuvre italienne. D’autres interprétations féminines magistrales qui épousent des personnages tri-dimensionnels, bien écrits resteront gravées dans la mémoire des spectateurs, longtemps après la fin de ce 32e festival. Je pense notamment à la superbe composition de la talentueuse actrice espagnole, Belén Rueda, dans L’Orphelinat ou encore à celles toutes en profondeur de Anamaria Marinca et de Laura Vasiliu dans (4 mois, 3 semaines et 2 jours, Palme d’or à Cannes 2007).

Des rôles forts, des performances inoubliables qui nous font oublier l’artiste pour entrer dans la peau du personnage. Plus attendues mais toujours aussi appréciées, les performances de Jodie Foster, en victime traumatisée par une agression dans un parc reconvertie en tueuse (The brave one) ou de Cate Blanchette en reine blessée et impitoyable (Elizabeth: The golden age).

La femme a donc été omniprésente à cette 32e édition du Festival International du Film de Toronto, du dessin animé Persepolis au sulfureux long métrage d’Ang Lee, Lust, caution, permettant à un public toujours croissant d’accéder à un cinéma différent et de renouer avec la saveur du talent de nombreuses artistes internationales. Un tournant peut-être aussi dans cette industrie majoritairement masculine qui influera sans doute la production des prochaines années à venir.

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