Pour les immigrantes, l’émancipation passe par la littératie financière

Serge Paul, Dada Gasirabo, Fayza Abdallaoui et Mélanie Parent ont travaillé sur le projet de promotion de littératie financière.
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Le revenu moyen des femmes est encore, au Canada, d’environ 30% inférieur à celui des hommes, même si, à travail égal, les femmes sont désormais payées autant que les hommes. Pour contribuer à effacer cette discrimination résiduelle ou systémique, l’association Oasis Centre des Femmes a lancé un projet de recherche sur la «littératie financière», en phase avec les pouvoirs publics qui souhaitent que tous les Canadiennes et Canadiens apprennent à mieux gérer leurs finances et à prendre de bonnes décisions au fil de l’évolution de leurs besoins et de leur situation.

Suivant sa ligne directrice originelle, Oasis a choisi de focaliser son action sur la situation des immigrantes francophones. Son projet de 24 mois, subventionné par Condition féminine Canada, vise à améliorer la préparation financière de ces femmes dans la grande région de Toronto. Il culminera par la publication prochaine d’un guide des bonnes pratiques financières à l’intention des femmes immigrantes.

«Nous souhaitons donner les outils et les ressources aux femmes qui ont besoin de refaire leurs vies après avoir subi la violence. 75% des femmes restent dans la violence, car elles ne savent pas s’en sortir financièrement, être autonomes», explique la responsable du projet, Fayza Abdalloui.

«Dans une relation violente, l’argent est un outil de pression. Il y a un manque d’opportunité de travail autonome pour les personnes immigrantes. Surtout pour les femmes», confirme Dada Gasirado, directrice d’Oasis. «Elles sont aussi victimes des idées que l’on se fait de leurs pays d’origine. Enfin, le manque de services en français freine les initiatives.»

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Ainsi, l’association a créé un comité avec le Centre francophone de Toronto, le Collège Boréal, le Mouvement ontarien des femmes immigrantes francophones, le conseil scolaire Viamonde, les maisons d’hébergements pour femmes, le Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE) et le conseiller financier Rajiv Bissessur pour «faire sortir la violence économique». C’est avec eux qu’Oasis a réalisé son étude.

Une quarantaine de questions ont servi à élaborer un contexte. «58% des répondantes avaient plus de 1000 $ de dettes, 22% avaient du retard dans le remboursement», a-t-on notamment découvert. «Pour l’instant, ces femmes sont éduquées par les banquiers, qui voient en elles un moyen de faire des bénéfices», blâme à demi-mot Fayza Abdalloui.

Dada Gasirabo reconnaît que ces femmes, nouvelles immigrantes pour la plupart, sont souvent bloquées par manque de confiance ou par habitude. «Elles sont habituées à une société patriarcale. Elles ne savent pas non plus commet monter un projet financier ou comment financer ces projets. Nous souhaitons donner de l’espoir aux femmes de poursuivre leurs rêves. De plus, pour que les femmes quittent la violence, il faut qu’elles soient autonomes et qu’elles puissent se prendre en main financièrement, économiquement et émotionnellement.»

L’étude d’Oasis, achevée l’automne dernier, sera remise en forme et bientôt diffusée, avec le guide, aux médias, aux écoles et aux entreprises de la place financière torontoise, dans le but de démystifier le tabou de l’argent et de permettre aux femmes d’apprendre à saisir des opportunités pour s’affirmer financièrement dans leur vie de tous les jours.

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