Postsecondaire: adaptation à la vitesse grand V

La CoViD-19 accélère le virage numérique

L'Université Laurentienne à Sudbury.
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Presque tous les secteurs d’activités sont touchés par la crise de la CoViD-19, soit en raison de fermetures, d’un ralentissement des opérations ou par d’autres adaptations forcées.

C’est le cas des institutions postsecondaires: alors qu’au pays les écoles sont fermées et le resteront probablement pour le reste de l’année scolaire, plusieurs universités et collèges offrent à leurs étudiants des cours à distance pour pallier la fermeture des campus.

Deux semaines pour se retourner de bord

C’est un défi qu’ils ont eu à relever en un temps record. «Monter un cours en ligne, habituellement, c’est une année de travail», souligne le vice-recteur par intérim de l’Université Laurentienne à Sudbury, Serge Demers.

Serge Demers

«On a eu deux semaines pour se tourner de bord et s’assurer que tous les cours du reste du semestre seraient complètement offerts en ligne», note pour sa part Mélanie Roy, gestionnaire du Groupe des technologies de l’apprentissage à l’Université de Moncton.

Les profs se sont adaptés

L’exploit n’est pas mince pour l’institution acadienne qui compte près de 4 500 étudiants à temps complet: les 951 cours offerts le sont désormais en ligne, incluant ceux qui étaient déjà disponibles par Internet – les projets, les thèses, etc.

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Même les étudiants internationaux qui ont préféré retourner chez eux peuvent continuer leur programme à distance.

Mélanie Roy

Mélanie Roy souligne qu’il a fallu la collaboration de tous. «On s’est attaqué à ce que les profs pouvaient faire rapidement afin qu’ils aient quelque chose en ligne pour donner leur cours dans les prochaines semaines. Les professeurs se sont vraiment bien adaptés.»

Tous dans le même bateau

Contrairement à son homologue monctonienne, la petite Université de Hearst, dans le Nord de l’Ontario, n’offrait pas de cours en ligne avant la crise de la CoViD-19, à l’exception des cours d’été. L’institution a réussi, elle aussi, à offrir tous ses programmes à distance.

La directrice des communications et des liaisons, Lysann Boisvert, admet que la petite taille de l’université — 230 étudiants répartis dans les trois campus de Hearst, Timmins et Kapuskasing — a facilité la tâche. «Nos salles de classe sont d’un maximum de 25 étudiants seulement, donc ça a rendu le tout plus simple pour tout le monde.»

Lysann Boisvert

L’Université de Hearst fonctionne différemment des autres universités au pays: les cours sont donnés «en bloc». C’est-à-dire que les étudiants, au lieu d’avoir plusieurs cours chaque semestre, les suivent un à la fois, de façon intensive, sur une période de trois semaines. À l’heure actuelle, environ 8 cours sont offerts en ligne.

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Surprise: ça se passe bien

Lysann Boisvert témoigne de la grande collaboration des professeurs. «On a eu une rencontre avec le corps professoral vendredi dernier. En général, ça se passe à merveille. Tous les profs nous disent que ça va super bien. Même eux étaient surpris! Ils s’attendaient plus d’embûches.»

D’après le président du Réseau d’enseignement francophone à distance du Canada (REFAD), Dany Benoit, l’ensemble des institutions postsecondaires se sont retrouvées dans le même bateau chancelant.

Dany Benoit

«C’est sûr que tous les collèges et universités ont eu un choc initial. Le message a été: il faut bouger et il faut bouger rapidement. Ils se sont adaptés. Toutes les universités et les collèges ont mis ce qu’ils avaient en termes de ressources pour sauver leur session», témoigne-t-il.

En Ontario, le Collège Boréal, dont un employé du campus de Toronto a contracté la CoViD-19 en mars, continue d’offrir de nombreux cours en ligne.

Le Nova Scotia Community College, qui a un volet francophone, fait de même. Dans le réseau francophone du Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, 6 000 étudiants poursuivent leurs études de cette façon.

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Le côté positif de la crise

D’une certaine manière, Dany Benoit fait le parallèle avec ce qui s’était passé lors de la crise du SRAS en 2003. À l’époque, elle avait amené plusieurs professeurs à adopter de nouvelles technologies.

«Les profs ont toujours été réticents à adopter la formation à distance et les technologies d’enseignement et d’apprentissage. Ils sont habitués à offrir le cours en classe, à utiliser le tableau et PowerPoint, mais là ça accélère les choses. Ils voient que les technologies sont là depuis longtemps et qu’elles peuvent servir à améliorer l’enseignement et l’apprentissage.»

«Le défi tout de suite, c’est que les profs qui sont nouveaux là-dedans doivent apprendre rapidement. Les profs qui avaient déjà un pied dans ces technologies, ç’a été plus facile», reconnaît Dany Benoit.

Les outils étaient déjà là

Ces observations résonnent effectivement à l’Université de Moncton. «Certains outils, ça fait probablement deux ans que notre équipe essaye de pousser pour que les gens les utilisent. Là, on a vu une grande augmentation de l’utilisation», note Mélanie Roy.

Même constat du côté de l’Université Laurentienne, témoigne Serge Demers. «Il y a sûrement une partie du corps professoral qui trouve que cette approche de présentation par Zoom — souvent quand il y a un petit groupe où c’est interactif — qui trouve sûrement que c’est un moyen tout à fait acceptable de présenter leur matériel.»

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Là aussi, tous les cours ont été maintenus en ligne. La vitesse d’exécution aura été le plus grand défi pour y arriver. Certains éléments d’un nombre de cours comme les stages, les laboratoires ou encore la conception de prototypes dans les cours de génie ont dû être laissés de côté.

L’Université de Hearst.

Les examens en péril

Du côté des services aux étudiants, ils sont encore tous disponibles à l’Université de Hearst. «Nos étudiants ne sont pas laissés à eux-mêmes», assure Lysann Boisvert.

Le prochain enjeu — et il arrive assez rapidement — sera les examens. Il sera évidemment impossible de rassembler les étudiants à l’université.

L’Université de Moncton dit ne pas avoir les capacités techniques et le personnel suffisant pour offrir les examens en direct sur le Web. Elle a donc opté pour les examens maison, malgré certaines appréhensions des professeurs, notamment pour ce qui est du plagiat. On accordera un certain nombre d’heures maximum aux étudiants pour les compléter.

Et l’après-pandémie?

Une crise d’une telle ampleur ne peut qu’avoir des effets à long terme, certains négatifs, d’autres positifs.

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«J’entends déjà des gens dire qu’après ceci, ils vont continuer à utiliser les nouvelles méthodes qu’ils ont adoptées parce que ça simplifie beaucoup leur travail», observe Mélanie Roy de l’Université de Moncton.

«Souvent, quand les professeurs n’en ont pas besoin, ils n’essayeront pas les nouvelles technologies. Mais une fois qu’ils les essayent, ils voient les bienfaits et là ils veulent continuer à les utiliser», enchaîne-t-elle.

Quant à la remise des diplômes, aucune décision n’a encore été prise à l’Université de Hearst. «C’est clair que si la pandémie continue, il faudra penser à une autre option», convient Lysann Boisvert.

L’Université de Moncton n’a encore rien annoncé à ce sujet non plus. Par contre, l’Université Laurentienne, dont les cérémonies devaient avoir lieu du 1er au 5 juin, a reporté les siennes, à l’instar d’au moins 11 autres institutions postsecondaires de l’Ontario.

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