Portrait perspicace des «vieux»

«Le vieil homme sans voix», 9e roman de Didier Leclair

Didier Leclair, Le vieil homme sans voix, roman, Ottawa, Éditions David, coll. Indociles, 2019, 232 pages, 21,95 $.
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«Retraité ne veut pourtant pas dire la fin d’une vie. Pour certains, c’est le début de quelque chose de plus exaltant.» Voilà une réflexion très juste lancée par le personnage principal du roman Le vieil homme sans voix, de Didier Leclair.

Il se prénomme Wesley et fête ses 80 ans dans une luxueuse résidence pour aînés à Toronto. Comme le titre l’indique, Wesley a perdu la parole. Il passe ses journées à l’intérieur de sa tête, dans le clair-obscur de sa vie.

La vraie fortune

«Quand je vivais à l’extérieur de ma tête, à courir les jupons et à collectionner les voitures rutilantes, j’étais moins riche qu’aujourd’hui. Que voulez-vous que je fasse à 80 ans d’une Porsche dernier cri? D’une blonde à la peau satinée et au derrière rebondi? Rien. […] Finalement, la vraie fortune est au fond de soi.»

L’immeuble à trois étages de dix chambres chacun, occupé au complet à cause de sa bonne réputation, est géré par Mrs. McCallister, surnommée McCal le Jackal. Ancienne directrice d’une prison pour femmes, elle mène sa barque d’une main de fer. Les jardins peuvent être reposants, mais l’autoritarisme de McCallister donne du fil à retordre aux employés et à certains résidents.

Trois ex-épouses

Nous suivons le quotidien de Wesley, branché tous les trois jours à un dialyseur. Il échangerait bien son ennui pour les aventures de ses trois ex-épouses: Marian, Carmen et Paola.

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Chacune vit encore aux crochets de leur richissime ex-mari. Il y a deux jumelles, dont une qui est kleptomane, et un ancien juge sur qui une préposée se penche pour lui donner ses pilules et un verre d’eau. Il en profite pour se rincer l’œil en observant sa poitrine imposante.

Voisin bruyant

Dans cette résidence, on peut jouer aux cartes, au bingo, chanter dans une chorale ou tricoter. «Mais moi, je bande!», de lancer un ancien politicien, trois fois ministre. Il est voisin de Wesley et trouble son sommeil, car il réussit à s’envoyer régulièrement en l’air avec une employée.

Profitant de cette situation, l’auteur expliquer pourquoi on aime boire, caresser et se blottir contre un corps chaud. Voici sa réponse: parce que dès qu’on sort du ventre de sa mère, on cherche le sein gorgé de lait, la caresse maternelle et la chaleur de son corps contre le sien.

Souvenir de tendresse

Le style de Didier Leclair est finement ciselé. On trouve de savoureuses descriptions comme celle-ci: «envelopper quelqu’un qu’on aime dans un tissu ouaté d’illusion réconfortante».

Ou des réflexions percutantes comme «tout geste de tendresse ne meurt pas tant que son souvenir est partagé. Une fois enfermé dans le cœur d’un soliloque, l’amour est une mélodie pour piano à une main.»

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Dernier domicile avant la mort

Leclair donne une idée très juste des institutions qui sont le dernier domicile avant la mort pour certains. On y trouve, écrit-il, des veufs et des veuves que des enfants égoïstes ont parqués sous prétexte de ne pas pouvoir s’occuper de certains problèmes de santé, mais qui n’ont pas le temps de venir faire un tour.

Dans Le vieil homme sans voix, son 9e roman, Didier Leclair jongle avec un brin d’humour, un soupçon d’ironie et une bonne dose de perspicacité pour brosser un portrait des «vieux» comme il est assez rare d’en contempler un. Il y manque juste un personnage ou une situation LGBT.

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