Portrait des adeptes de la langue de Molière de Québec à Hanoï

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Dresser un portrait de la francophonie mondiale? Le sujet est immensément vaste, tant sur le plan culturel que géopolitique, et s’atteler à couvrir l’essentiel relève de la mission quasi impossible. C’est pourtant le défi qu’a décidé de relever l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) depuis quelques années, avec la publication de ses rapports sobrement intitulés La Francophonie dans le monde.

À défaut de proposer un contenu innovant par rapport aux éditions précédentes, l’opus 2006/2007 de La Francophonie dans le monde a au moins le mérite de réactualiser un grand nombre d’information sur l’évolution de la francophonie à l’échelle du globe. À travers plus de 300 pages de statistiques, d’analyses, de graphiques et de tableaux, l’OIF brosse un tableau de la francophonie très détaillé dans de nombreux domaines.

D’entrée de jeu, l’on y apprend que le nombre de francophones à travers le monde est en constante augmentation, et qu’il dépasse pour la première fois la barre des 200 millions. Un chiffre qui s’explique en grande partie par la prise en compte des populations des pays qui ont récemment intégré l’organisation, comme Chypre, la Serbie ou l’Ukraine. Le dynamisme démographique de pays d’Afrique, comme le Togo ou le Tchad, est également perçu comme un des facteurs prépondérants de cette évolution.

Mais La Francophonie dans le monde ne se cantonne pas à proposer une analyse démographique des populations francophones. La publication de l’OIF balaie de nombreux domaines centraux de la francophonie, à savoir la culture, l’économie, la politique ou la santé.

La diversité et le dynamisme culturel, maillon fort et principal vecteur de rassemblement du monde francophone, est l’un des piliers que l’OIF développe en priorité. La situation de la créolité française, utilisée par plus de 10 millions de locuteurs, y est notamment analysée en profondeur.

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Un chapitre fait aussi état de la Convention sur la protection et la promotion des diversités culturelles, adoptée en session plénière de l’Unesco le 20 octobre 2005. Le Canada avait à cette occasion prouvé son attachement au français en étant le premier à ratifier le texte. Un an et demi plus tard, le 18 mars dernier, la Convention entrait officiellement en vigueur.

La culture, ce n’est pas uniquement l’expression artistique et intellectuelle d’une population. De part son mandat, l’OIF est un grand défenseur de la «culture démocratique», qui vise avant tout à promouvoir les droits individuels. En ce sens, la parité et l’égalité des sexes est l’un des chevaux de bataille privilégié de l’organisation.

À travers ce rapport, l’OIF souligne que bien que les aspirations des femmes de Québec, de Djibouti, de Paris ou de Hanoï soient différentes, dans aucun des pays de la Francophonie la parité n’est totalement effective. Certes, d’importants progrès sont soulignés, notamment en Amérique du Nord et en Europe, mais l’égalité est encore loin d’être atteinte.

En politique par exemple, un domaine particulièrement révélateur de l’émancipation féminine, les femmes parlementaires sont encore très minoritaires. Si la Belgique fait figure de «bon» élève, avec 37,7 % de femmes, en France, elles ne sont que de 14,6 %. Au Maroc ou au Liban, la proportion est encore plus faible, avec des taux respectifs de 6,4 et 2,3 %.

Évoquant la politique, la déclaration de Bamako, pilier de la francophonie politique moderne, fait aussi l’objet d’un bilan très précis. Sept ans après son adoption, d’indéniables avancées sont saluées, même si l’OIF fait part d’une certaine inquiétude. La résurgence des coups d’État, la modification ou l’usage non démocratique des constitutions, les violations répétées des droits de l’Homme ou le non respect de l’engagement d’informer l’OIF sur les pratiques nationales de la démocratie sont au coeur des défis que la Francophonie doit relever pour parvenir à une stabilisation démocratique de ses États membres.

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L’indicateur premier du bon fonctionnement d’une démocratie est la liberté de sa presse. En ce sens, les conclusions que l’OIF tire de son étude sont particulièrement alarmantes. Avec la multiplication des guerres et des conflits, la situation des médias s’est largement détériorée. Le projet de résolution déposé en décembre dernier au Conseil de sécurité de l’ONU visant à renforcer la protection des journalistes et à préserver la liberté de la presse est pour le moment plus un recueil d’espoirs qu’un code de bonne conduite.

Au Liban, deux journalistes ont été assassinés en 2005, un par an en Haïti entre 2000 et 2005. Pendant ce temps, près d’une soixantaine étaient encore emprisonnés en République démocratique du Congo. Dans la majeure partie des pays de l’Afrique subsaharienne et dans l’océan Indien, la répression des délits de presse prévoit la détention préventive et la prison ferme.

Dans le monde de la francophonie, la liberté de la presse est soumise aux mêmes défis que la démocratie dans son ensemble: il s’agit non seulement de préserver les acquis, aussi faibles soient-ils, mais également de continuer à avancer. Un constat que l’on retrouve à tous les niveaux, qu’il s’agisse de ceux précités ou d’autres domaines tels que la santé ou l’économie.

Le rôle de La Francophonie dans le monde n’est définitivement pas d’apporter des solutions aux problèmes des membres de l’OIF. L’ouvrage se cantonne donc à son mandat original: celui de transmettre l’information. La Francophonie dans le monde, dans sa version 2006/2007, se veut un dictionnaire moderne et actuel du paysage francophone. Un défi sans conteste relevé, qui plus est pour la dernière fois.

À noter que la prochaine édition du rapport, donc la conception passera dans les mains d’un tout nouvel «observatoire du français dans le monde», mettra davantage en évidence les avancées, les difficultés, voire les reculs du français au quotidien dans les États membres dans tous les aspects de la vie. Une tentative d’expansion de l’ubiquité naturelle de l’OIF qui impliquera un travail encore plus conséquent.

La Francophonie dans le monde 2006/2007, de l’Organisation internationale de la Francophonie. aux éditions Nathan.

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