Patrimoine et archives: quand on fouille, on trouve!

Les murs tapissés d'anciennes photos, cartes et documents historiques aux Archives de l'Ontario à Toronto.


12 février 2019 à 11h00

Une photo, des actes de vente, un conte, une chanson, de vieux journaux… les centres d’archives peuvent être de véritables cavernes d’Ali Baba. Encore faut-il s’y retrouver pour profiter de tout ce qu’ils peuvent offrir.

Le guide par excellence en matière d’archives francophones dans l’Outaouais, c’est sans doute Michel Prévost, l’ancien archiviste en chef de l’Université d’Ottawa. Il a accepté de mettre entre parenthèses sa retraite (encore une fois), le temps de nous indiquer les principales sources archivistiques du Canada français.

Université d'Ottawa
Michel Prévost, l’ancien archiviste en chef de l’Université d’Ottawa.

Au départ, il y a Bibliothèque et Archives Canada. Avec des points de services à Ottawa, Halifax, Winnipeg et Vancouver, ce sont des quantités astronomiques de documents récoltés depuis 140 ans: 20 millions de livres, 30 millions de photographies, 90 000 films, 425 000 œuvres d’art pour ne citer que quelques chiffres.

Par contre, pour qui souhaite chercher spécifiquement une documentation liée aux francophones, certains lieux méritent une attention toute spéciale.

Au Centre du patrimoine de St-Boniface.

L’Ouest canadien

À Saint-Boniface, le Centre du patrimoine est le gardien de la mémoire francophone et métis de l’Ouest canadien. Géré par la Société historique de Saint-Boniface, le Centre héberge «les plus importantes collections d’archives documentant la présence francophone dans l’Ouest canadien depuis 1730».

Ouvert au public six jours sur sept, il propose des archives de plusieurs congrégations religieuses qui ont œuvré dans le Nord-Ouest au XIXe siècle. Les écrits de Louis Riel y ont évidemment une place de choix.

Avec une bibliothèque de près de 8000 titres, plusieurs documents portent sur la question des écoles françaises. Une importante collection d’histoires de familles et d’histoires paroissiales francophones, non seulement du Manitoba, mais aussi de la Saskatchewan et des États-Unis se retrouve aussi au Centre du patrimoine, qui organise également diverses expositions.

Des photos au Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson.

Du côté de l’Acadie

«Le Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson (CEAAC) est le plus grand centre d’archives et de documentation concernant l’Acadie.» C’est l’archiviste Christine Dupuis, qui l’affirme tout de go.

L’archiviste Christine Dupuis.

Les documents rassemblés au CEAAC sont divisés en cinq différents secteurs:

– les archives privées provenant de personnes ou d’institutions ayant marqué l’histoire acadienne comme Antonine Maillet, Viola Léger ou le journal L’Évangéline;

– les archives institutionnelles en provenance, entre autres, de l’Université de Moncton;

– les archives de Folklore, accumulées depuis 1970 par le CEAAC, qui constituent selon Mme Dupuis «près de 1400 collections, audio et manuscrites, et 4600 bobines d’enregistrements en provenance de tous les coins de l’Acadie et des petites Cadies»;

– la généalogie recoupant notamment des reproductions de tous les registres antérieurs au Grand Dérangement;

– enfin, la bibliothèque et ses 12 000 monographies allant de Champlain jusqu’aux ouvrages modernes acadiens.

Le père Anselme Chiasson en 1999.

Parmi les documents les plus précieux, selon Mme Dupuis, il faut noter «les manuscrits originaux des œuvres d’Antonine Maillet», ainsi que «la carte de Ramusio datant de 1556». Géographe italien, celui-ci a situé pour la première fois, d’après les récits de Jacques Cartier, le Mont-Royal sous le nom de Monte Reale et a dessiné la bourgade iroquoienne Hochelaga, future Montréal.

La croix et la mémoire

Une visite à l’Université d’Ottawa permettra de visiter non seulement ses archives, mais aussi de s’arrêter au Pavillon Morisset, plus particulièrement au Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF), le plus ancien du genre en matière de recherche sur la littérature, la culture et l’histoire du Canada français.

Ses traces remontent à 1958 avec le Centre de recherche en littérature canadienne-française, qui fut une véritable pépinière de recherches sur des auteurs aussi variés qu’Émile Nelligan, Gérard Bessette, Suzanne Paradis, Alfred Desrochers, Gilles Vigneault, Yves Thériault ou encore Claire Martin.

Des tiroirs de microfilms aux Archives de l’Ontario à Toronto.

Loin d’être poussiéreux, le CRCCF organise diverses expositions virtuelles auxquelles le grand public a accès, que ce soit sur le fameux Règlement 17, imposé en 1912 pour interdire l’usage du français dans les écoles de l’Ontario, ou encore celle sur le thème 400 ans de présence française au Canada, dans laquelle le Centre a développé le volet portant sur l’Ontario français.

«Plusieurs fonds pour les Franco-Ontariens se trouvent aux Archives publiques de l’Ontario», mentionne Michel Prévost. Celui-ci précise également l’apport des communautés religieuses dans la préservation de certaines archives.

À Ottawa, le service des archives de la Congrégation des Sœurs de la Charité d’Ottawa a pour mission de documenter l’histoire de la communauté depuis sa fondation, en 1845.

Aux archives des Jésuites à Montréal.

Oblats et Jésuites

«Certains centres d’archives situés au Québec ont beaucoup de fonds concernant les francophones à l’extérieur du Québec», ajoute également celui qui fut l’archiviste en chef pendant plus de 25 ans à l’UO. Par ses nombreuses interventions dans les médias et ses combats engagés, il a constamment mis à l’avant-plan la défense du patrimoine des deux côtés de la rivière des Outaouais et même au-delà.

Parmi ces centres québécois, mentionnons le Centre d’archives Deschâtelets à Richelieu, où sont entreposées les archives des Oblats qui furent très présents en Ontario et dans l’ouest du Canada.

À cela s’ajoute le Centre des archives des Jésuites de Montréal, tellement actifs dans le monde de l’éducation, de l’époque de la Nouvelle-France jusqu’au milieu du XXe siècle, tant au Québec que dans diverses communautés franco-canadiennes.

Le siège social de Bibliothèque et Archives Canada à Ottawa.

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