Patrice Gilbert: nouveau romancier franco-ontarien

Patrice Gilbert, Le porto d’un gars de l’Ontario, roman, Ottawa, Éditions L’Interligne, coll. Vertiges, 2019, 368 pages, 30,95 $.
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Dans son tout premier roman, Le porto d’un gars de l’Ontario, Patrice Gilbert nous conduit sur les traces de Gratien Beauséjour, l’aîné d’une famille de Saint-Michel-des-Saints (Québec). L’action se déroule d’abord dans les chantiers de la Haute-Mauricie, puis dans une mine de Val d’Or et finalement en Ontario.

Tout commence en 1940, à l’époque où Maurice Duplessis règne avec une main de fer sur la Belle province. La soif d’aventure pousse Gratien à se lancer dans le vide, à quitter les jupes de sa mère et son village dans l’espoir d’améliorer son sort.

Boss anglophones

L’auteur décrit comment l’ado suit son père pour aller travailler dans les chantiers. Il est d’abord affecté à la cuisine et une des scènes les plus dramatiques est celle où le nouveau venu sent le chef cuisinier s’approcher trop de lui dans son lit; il se débat et échappe à une agression sexuelle, mais d’autres jeunes hommes avant lui ont certainement été victimes de viol.

Gratien trouve ensuite un emploi à Val d’Or (Abitibi). Curieusement, dans les dialogues, toutes les répliques des boss de la mine sont écrites en anglais, avec traduction en bas de page.

Cela alourdit le texte et n’est pas nécessaire; il s’agissait tout simplement d’insérer une note, lors de la première incidence, pour indiquer que la conversation se déroule évidemment dans la langue des patrons. On aurait alors lu une histoire en français, pas inutilement bilingue.

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Le technique l’emporte sur le littéraire

Le roman souffre de longueurs fastidieuses, car Patrice Gilbert semble se sentir obligé de décrire dans les moindres détails toutes les manœuvres des mineurs durant un shift (quart de travail) ou toutes les combines des patrons à Toronto. Le technique l’emporte alors sur le littéraire. Au lieu d’écrire un roman, Gilbert nous sert presque un guide de l’industrie minière.

Le porto d’un gars de l’Ontario est une première œuvre et comme c’est souvent le cas, l’auteur et l’éditeur n’ont pas su élaguer le superflu. Il aurait fallu resserrer la narration et probablement couper presque cent pages. Le style de Patrice Gilbert n’en demeure pas moins finement ciselé à plusieurs occasions.

Il aime jouer sur les mots, par exemple, ce qui donne de belles tournures: «des noces d’argent proportionnelles à leur portefeuille» ou «boulanger dès 4 h du matin pour une mie de salaire déversée par le propriétaire farineux de l’endroit». Quelle trouvaille!

Parlure québécoise

Gilbert puise aussi dans la parlure québécoise pour glisser ça et là des mots ou expressions comme «étaubus» (autobus), «passer de sobre à gorlot» (ivre), «cookerie» (cuisine), «vingt heures de machine» (voiture), «spitter une clam dans le crachoir» (cracher du jus de pipe) ou «Enwoye, va crire le docteur, ça presse!» (Grouille, va chercher le docteur…).

Le porto dans le titre du roman est associé à un verre qui, à l’époque, était réservé pour une certaine classe de la société, plus anglophone que francophone. L’auteur réside maintenant à Oakville, au sud de Toronto, et figure désormais parmi les nouveaux romanciers franco-ontariens.

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