Paris-Québec: deux témoignages

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En 2007, la Maison de la littérature de Québec a reçu l’écrivain français François Thibaut tandis que la Ville de Paris recevait le poète québécois Michel Pleau. François Thibaux, romancier français est venu à Québec entre le 4 avril et le 30 juin 2007.

Dire que le séjour de François Thibaux à Québec avait bien commencé serait un mensonge. En effet, n’ayant pas très bien compris la différence entre le dollar canadien et l’euro, il a d’abord trouvé les prix très élevés, avant de se rendre compte du taux de change extrêmement avantageux pour lui et que, par conséquent, la bourse versée par la Maison de la littérature, pour son séjour, était plus que royale.

Dès le premier jour, au cours d’une promenade à Trois-Rivières, il reçoit les coups de canne d’un clochard fou qui le traite de «sale Anglais». Enfin, ce même jour, une tempête de neige le cloue dans son appartement pendant huit jours.

Mais la suite de son séjour ne devait lui réserver que de bonnes surprises. En effet, lorsque François Thibaux est parti pour cette résidence québécoise, la création littéraire était, pour lui, au point mort. Il ne croyait plus à sa fonction d’écrivain.

Mais revenons sur la carrière littéraire d’un écrivain très talentueux et pourtant si peu lu en France, que le doute avait fini par ronger.

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François Thibaux est l’auteur, entre autres, d’une chronique d’un pays imaginaire qui comporte aujourd’hui sept titres: La Vallée des vertiges (J.C Lattés, 1988), La Nuit d’Adrien Laure (J.-C. Lattès, 1990) Dix jours de brouillard (Manya, 1990), Notre-Dame des Ombres (Le Cherche midi, 1997) Le Chemin d’Alix (Anne Carrière, 2002), Monsieur mon frère (l’Aube, 2006) et Le Soleil des vivants (l’Aube, 2007).

Son style d’écriture, très poétique et sensuel, mélange subtilement le temps et l’Histoire. L’Edit de Nantes, La Résistance et la période contemporaine se côtoient par le biais de lettres incomplètes et rongées, de fantômes et de personnages sortis de la nuit des temps ou de ses précédents romans. D’un livre à l’autre, le lecteur est emporté dans une subtile mosaïque impressionniste qui le renvoie dans le temps mais aussi dans toute cette chronique imaginaire.

Son séjour à Québec lui a permis de rencontrer une quinzaine de personnes allant du marchand de vélo, en passant par les organisateurs de la Maison de la littérature, mais aussi par des écrivains québécois. «Quand je suis parti à Québec, j’étais en catalepsie littéraire totale. Je ne croyais plus à ma fonction d’écrivain. Grâce au voyage et aux gens que j’ai rencontrés, j’ai retrouvé l’envie d’écrire. Je suis rentré gonflé à bloc», nous confiera François Thibaux.

Toutes ces rencontres l’ont reconstruit. L’accueil, la gentillesse, la qualité des échanges, lui ont redonné une confiance qu’il avait perdue en France. L’une de ses rencontres québécoises lui dira une phrase qu’il a emporté précieusement dans ses bagages: «Tu es le meilleur écrivain québécois habitant en France», et qu’il a gardé longtemps, puisqu’il confie avoir mis plus de six mois, après son retour, à «décrocher» du Québec, pour vraiment atterrir en France.

Michel Pleau, le transfuge inverse

Michel Pleau n’avait jamais quitté le Canada avant de se rendre à la Cité des arts à Paris entre le 2 avril et le 30 juin 2007. Cela a été une véritable aventure pour ce poète, âgé de 44 ans, habitant, depuis toujours dans un quartier populaire de Québec: le quartier Saint-Sauveur.

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Auteur de recueils de poèmes, dont Soleil rouge (éditions David,2004), Le feu de l’autre rive (éditions Trois-Rivières, 2005), Arbres lumière (éditions David, 2005) et de La lenteur du monde (éditions David, 2007), ce voyage vers la France a été pour lui un véritable défi.

Il faisait face à une double problématique: d’abord celle de lutter contre la peur irrationnelle de s’envoler vers l’étranger et de quitter son pays natal, et ensuite la volonté de passer d’une création vouée à apprivoiser l’ombre et la mort pour aller vers la lumière.

«C’est cette ouverture au monde que je veux poursuivre avec ce projet d’écriture. Vivre à Paris, habiter dans la ville lumière, s’inscrit naturellement dans mon cheminement de poète. Mon corps irait ainsi rejoindre ce pays que mon esprit, par mes lectures, habite depuis si longtemps. C’est peut-être alors qu’aura lieu cette progressive intériorisation du paysage qui conduit à l’effacement des frontières entre dedans et dehors et où s’accomplit le miracle lumineux de l’écriture».

Parti à la conquête de la ville-lumière, Michel Pleau a été livré à lui-même dans la cité parisienne. Muni des clefs de sa résidence et de sa bourse, il est parti, seul à la découverte de la ville, qui, très vite, lui est apparue comme une évidence: transports faciles à comprendre, amabilité des Parisiens à entendre son accent québécois…

Ce promeneur solitaire a découvert la ville, ses musées, ses jardins, a entrepris un voyage en Suisse, pour voir les archives de Gustave Roux à l’Université de Lausanne, et s’est promené jusqu’à Saint-Malo, pour, dit-il voir d’où ses ancêtres étaient partis.

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Il a également participé à la grande manifestation annuelle, qui réunit place Saint-Sulpice à Paris, le monde des poètes: le Marché de la poésie.

Cette escapade a eu un véritable impact sur son écriture: ses visites dans les musées, ses voyages en TGV, les paysages ont transformé sa vision du monde «en petits tableaux, puis en paysages dans les tableaux». De retour au Québec, il reproduit ces petits bouts de paysages isolés dans sa poésie.

Aujourd’hui, grâce à cette expérience, Michel Pleau ne craint plus les voyages. Nous avons hâte de découvrir, dans ses nouvelles œuvres, comment la lumière cohabite avec sa part d’ombre.

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