Oui au nationalisme civique

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Le premier ministre Mark Carney a dévoilé la Stratégie industrielle de défense du Canada le 17 février à Montréal, dans les locaux de l'entreprise de technologies de défense CAE. Photo: Mark Carney sur X
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Publié 24/02/2026 par François Bergeron

Notre premier ministre Mark Carney vient de perturber un autre nid de guêpes en opposant un nationalisme canadien «civique» au nationalisme «chrétien» ou «judéo-chrétien» parfois évoqué par des politiciens ou des commentateurs conservateurs américains, canadiens et européens.

C’est une troisième envolée philosophique en un mois pour Mark Carney, après son discours «Churchillien» du Sommet économique de Davos appelant à un réalignement géopolitique face à l’hégémonie américaine, et après son drôle de discours de Québec sur l’histoire des relations francos-anglos au pays.

En réponse à Marco Rubio

Son nouveau commentaire controversé, exprimé à Montréal le 17 février en marge de l’annonce d’une «Stratégie industrielle de défense» de 500 milliards $, relevait un passage du discours de la St-Valentin de Marco Rubio à la Conférence de Munich sur la sécurité.

Venu rassurer les alliés européens après les élucubrations colériques de Donald Trump sur le Groenland, le secrétaire d’État américain a reçu une ovation à Munich. Pourtant, son propos reprenait celui du vice-président JD Vance l’an dernier à la même tribune, dont le ton accusateur avait sidéré le même auditoire de militaires et d’experts des questions de sécurité.

La posture de Washington se résume ainsi:

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• les Américains sont originellement des Européens, dont ils ont importé les idées et les valeurs;

• les Américains aiment l’Europe et veulent qu’elle redevienne «Great Again» (mon interprétation, pas les mots exacts), notamment en reprenant le contrôle de ses frontières, en revalorisant des libertés individuelles comme la liberté d’expression, en assainissant ses finances publiques, et en se réarmant pour faire de l’OTAN un partenariat mieux équilibré.

Foi chrétienne partagée

Américains et Européens sont «liés par les liens les plus profonds que peuvent partager les nations», a déclaré Marco Rubio, «forgés par des siècles d’histoire partagée, de foi chrétienne, de culture, d’héritage, de langue et de généalogie».

Le Canada peut en dire autant… sauf pour la «foi chrétienne» selon Mark Carney. Marco Rubio a sûrement aussi fait tiquer les Européens, qui adhérent très majoritairement au principe de la laïcité de l’État et, par extension, la laïcité de ses représentants et des intervenants dans les débats politiques.

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La séparation des religions et de l’État est aussi valorisée dans la Constitution des États-Unis, pionnière sur cet aspect comme sur d’autres au 18e siècle. Mais elle est souvent bafouée par des politiciens conservateurs qui placent leur foi chrétienne au coeur de leur engagement.

Le recul du droit à l’avortement est une des conséquences de cette reconquête du religieux dans la sphère politique américaine ces dernières années. Le recul du wokisme aussi, mais cette évolution est salutaire et n’a aucunement besoin de justifications religieuses.

Nationalisme moderne

L’Europe et la Chrétienté ont longtemps été synonymes. Les valeurs chrétiennes (les Dix Commandements, par exemple) ont profondément influencé la pensée, les arts, les lois et les pratiques de nos sociétés occidentales. Mais cela appartient au passé.

Un nationalisme canadien, a déclaré Mark Carney, ne peut être qu’un nationalisme «civique», pas un nationalisme fondé sur un héritage religieux – l’héritage chrétien ou judéo-chrétien évidemment, que d’aucuns opposent à l’Islam présent et dérangeant dans nos sociétés occidentales depuis quelques décennies.

(«Dérangeant» parce que l’immigration musulmane participe aussi, parfois, à la renaissance de cette religiosité qu’on croyait avoir vaincue. Pas toute l’immigration musulmane: plusieurs nouveaux arrivants chez nous fuient l’intégrisme religieux; plusieurs femmes originaires de pays musulmans deviennent, chez nous, les meilleures promotrices de la laïcité.)

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Ceux que notre héritage chrétien réussit encore à émouvoir, minoritaires même au sein des partis conservateurs, déplorent l’effacement du mysticisme et l’adoption enthousiaste d’un mode de vie séculier, vide de sens selon eux, par les populations de tous les pays occidentaux depuis plus d’un demi-siècle.

Une culture occidentale à célébrer

Bonus: en évoquant un «nationalisme civique» canadien, Mark Carney se démarque de son prédécesseur Justin Trudeau qui niait la pertinence du nationalisme. Il estimait que le Canada avait atteint un statut exalté d’État «post national», sans histoire ni culture particulière, surtout pas occidentale.

Désintéressé de mon héritage chrétien, je suis tout de même attaché et redevable à ma culture «occidentale», notamment ses composantes historiques, culturelles et intellectuelles québécoises, nord-américaines, françaises et britanniques.

Ma race blanche n’est pas supérieure aux autres. La religion catholique de mes grands-parents n’est pas plus vraie que celle des protestants, musulmans ou bouddhistes. Mais ma langue et ma culture méritent d’être valorisées dans mon pays, comme les autres langues et cultures le sont dans leurs pays.

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Mon «nationalisme» canadien est donc «civique» lui aussi. Il est «francophone» et «occidental».

Auteurs

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et numériques, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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