Oublié, le voilà finalement reconnu

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Et reconnu de belle façon, ce peintre oublié pendant longtemps, du nom de Gustave Caillebotte, si l’on en juge par la valeur de ses rares tableaux mis aux enchères. Le 2 décembre dernier, une étude du Pont de l’Europe datant de 1876 était adjugée pour 2 millions de dollars à Paris.

Et les dernières ventes de tableaux de Caillebotte aux États-Unis ont atteint des sommets: Le Pont d’Argenteuil et la Seine a été adjugé pour 18 millions $ à New York en 2011, et L’Homme au balcon avait été vendu 14,3 millions $ également à New York, en 2000.

Du droit à la peinture

Il faut bien l’admettre, la valeur monétaire des œuvres d’un peintre expriment une indication de sa valeur artistique. Alors, quelle place tient Caillebotte dans l’histoire de l’art après avoir sombré dans l’oubli?

Ce n’est pas le seul auquel une telle aventure est arrivée, puisque Le Greco (L’Express du 1er avril) avait aussi connu pareille mésaventure, du fait de son style pictural.

L’expression artistique de Caillebotte serait-elle en cause également dans son cas? Né en 1848 à Paris, Gustave Caillebotte fait d’abord des études de droit et obtient en 1869 un baccalauréat dans cette matière, suivi d’une licence en 1870.

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Il change d’orientation et entre dans l’atelier du peintre portraitiste et collectionneur Léon Bonnat (1833-1922). En mars 1873, Caillebotte fréquente l’École des beaux-arts mais n’y reste qu’un an, suite au décès de son père le 25 décembre 1874.

L’artiste

Gustave hérita alors d’une fortune importante qui le met à l’abri des besoins matériels, et de la propriété de Yerres, sur le bord de la rivière, à 20 km au sud-est de Paris, achetée par son père en 1860. Cette propriété, avec ses édifices, son jardin et son parc de 10 ha sera source d’inspiration pour Caillebotte.

Libre de tout souci, il va s’adonner à sa passion, la peinture, et à d’autres comme la collection d’œuvres, à l’imitation de Bonnat, la philatélie, les régates et l’amélioration des voiliers, ce qui a fait croire qu’il était architecte naval et ingénieur.

Son style

Caillebotte présente un important tableau au Salon de peinture de 1875, Raboteurs de parquet, qui est refusé comme trop quotidien, trop réaliste. Il va alors présenter cette toile et d’autres à la deuxième exposition des impressionnistes en 1876: Raboteurs de parquet, Jeune Homme jouant au piano, Jeune Homme à sa fenêtre, Déjeuner, Après Déjeuner et deux Jardin.

Émile Zola, qui soutient les impressionnistes, pourfend le réalisme du peintre: «Caillebotte a exposé Les Raboteurs de parquet et Un jeune homme à sa fenêtre, d’un relief étonnant. Seulement c’est une peinture tout à fait antiartistique, une peinture claire comme le verre, bourgeoise, à force d’exactitude. La photographie de la réalité, lorsqu’elle n’est pas rehaussée par l’empreinte originale du talent artistique, est une chose pitoyable.»

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«Caillebotte est inclassable, sauf qu’il s’inscrit dans une lutte anti-académique active à l’époque», écrit l’historienne d’art Liliane Collignon dans un article intitulé Gustave Caillebotte: un peintre au regard de photographe. (07/08/2013) «Son style n’est pas classique, n’est pas impressionniste, pas vraiment réaliste, encore classique, encore impressionniste mais si peu», note-t-elle.

À Yerres

La propriété d’Yerres va servir à Caillebotte de terrain de jeu pictural pour assouvir sa passion de peintre. Au cours des étés des années 1890, il va réaliser quelque 90 tableaux, en plein air, selon son style si particulier.

Le naturisme devient en quelques sorte le cheval de bataille de peintres novateurs, qui rejettent la tradition classique, les recettes des écoles des beaux-arts. À Yerres, la nature est là, qui invite Caillebotte, à laquelle il ne résiste pas, tout en y introduisant des personnages.

Caillebotte combine des effets de perspective rigoureux, avec des effets impressionnistes, comme des coulées de lumière, par exemple dans L’Allée dans le parc, avec des détails réalistes. Ainsi dans Les canotiers ramant sur l’Yerres, le torse et la posture des rameurs soulignent l’effort, comme les muscles gonflés sur les rames, la tête baissée, ce qui était à l’époque jugé de mauvais goût.

Livre d’art

Un magnifique livre d’art, d’un prix très abordable, permet de découvrir près de 70 œuvres de l’artiste, sous le titre Caillebotte à Yerres, au temps de l’impressionnisme. Il faut souligner l’évocation de ce titre qui place Caillebotte à l’époque impressionniste sans l’y insérer réellement tout en maintenant une relation.

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Une excellente présentation occupe les 40 premières pages, suivies de 60 œuvres présentées sur une page avec en regard un historique et une description du tableau. C’est une merveilleuse occasion de découvrir Caillebotte, son style et une partie importante de ses œuvres. On ne saurait mieux dire.

Cet ouvrage peut accompagner une exposition de 43 chefs-d’œuvre de Caillebotte, qui se tient à Yerres, sous le même titre, jusqu’au 20 juillet (train Paris-Gare de Lyon-Banlieue-Yerres, 25 minutes).

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