On se sent libre quand on n’a plus rien à fuir

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La Saguenéenne Salomé Girard a publié cette année un premier roman qui porte sur les aléas de l’âme et de l’esprit. Écrit avec une grande sensibilité, Jusqu’à plus soif met en scène des personnages dessinés tout en finesse, grâce à la plume fluide de son auteure.

Le personnage principal, Alice, reçoit une invitation à une rencontre de retrouvailles avec ses compagnons des beaux-arts, où elle a étudié vingt ans plus tôt. Cette invitation l’amène à se rappeler les années charnières de sa vie, à se remémorer ses professeurs, ses camarades et, surtout, à renouer avec le souvenir marquant de la mystérieuse et troublante Élie-Naïde avec qui elle a vécu tant d’émois.

Le roman navigue allègrement entre le passé et le présent. Lectrices et lecteurs ne tardent pas à apprendre que cette mystérieuse et troublante Élie-Naïde a jadis décrypté l’âme d’Alice et pour y lire «aussi nettement que s’il fût agi d’une œuvre romanesque».

C’est un sérieux coup de foudre pour Alice, plus une simple aventure pour Élie-Naïde. Cette dernière est le genre de femme qui suit ses intuitions, qui écoute sa conscience et qui vit les choses comme elles se présentent.

Alice, elle, a une âme de tragédienne qui préfère «les langueurs et le désespoir à la douceur de vivre… et qui carbure aux affaires de l’existence». Elle se plaît dans les déboires sentimentaux et les émois douloureux; elle se sent à l’aise dans les sujets sérieux et désespérants; elle aime errer dans le vide existentiel.

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Dans les passages au présent, Alice discute avec son chat Sésame; il n’hésite pas à lui dire qu’elle est «une comédie-bouffe ambulante, un vrai vaudeville. Qu’il ne pourrait imaginer avoir une personne plus divertissante dans sa vie».

Le chat connaît sa maîtresse par cœur. Il sait la confronter, il sait quand elle ment, il sait la réconforter aussi. «Un vrai champion de la nature humaine. Il a dû vivre toute une panoplie de vies de chat pour en arriver là.»

À l’instar de son personnage, Salomé Girard écrit avec un pinceau et sa palette est très nuancée. Elle compare, par exemple, la recherche identitaire ou la période de la vingtaine d’Alice aux aléas météorologiques: «banale pluie intermittente, grésil, tempêtes sans conséquence, orages bien sentis, cyclone qui arrache tout, alizé, mistral».

La référence au titre apparaît pour la première fois à la page 147 lorsqu’Alice invite Élie-Naïde à «faire l’amour jusqu’à plus soif». Vous vous doutez bien que la première y voit un geste hautement significatif, alors que la seconde vit simplement une impulsion du moment.

Parlant d’amour, l’auteure écrit que «la plupart des personnes croient en aimer d’autres sans être capables de s’aimer elles-mêmes d’abord. On dit “je t’aime” bien plus facilement que “je m’aime”.»

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Le retour en arrière aux dernières années d’études d’Alice occasionne bien des chamboulements intérieurs. Il a aussi des répercussions sur sa relation avec le débonnaire et secret Ludwig, son compagnon de vie depuis plusieurs années, qui ignore tout du troublant passé de sa conjointe.

Il faut aimer la description des états d’âme pour jouir de la lecture de Jusqu’à plus soif. Ce roman est en quelque sorte un voyage initiatique où l’histoire racontée flotte entre deux mémoires, celle du cœur et celle des sens. Ensemble, ces mémoires démontrent qu’on se sent libre quand on n’a plus rien à fuir.

Salomé Girard, Jusqu’à plus soif, roman, Chicoutimi, Éditions JCL, 2013, 224 pages, 19,95 $.

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