On nous espionne, même si on n’a «rien à cacher»

Nos réseaux de téléphonie sont vulnérables

Brigitte Bureau

Brigitte Bureau au Club canadien de Toronto mardi 13 février.


13 février 2018 à 19h58

Les agences fédérales de sécurité (la GRC et le SCRS) peuvent facilement écouter nos appels, lire nos textos et analyser les données de nos téléphones portables, tout comme les services de renseignement des autres pays et une foule de cyberpirates et fraudeurs.

Et les Canadiens sont plutôt mal protégés de ces technologies intrusives par leurs réseaux privés de téléphonie (les Bell, Rogers et compagnie), a constaté la journaliste d’enquête Brigitte Bureau, de Radio-Canada, qui a raconté l’histoire de son scoop de l’an dernier à la tribune du Club canadien de Toronto ce mardi 13 février.

«C’est pas grave, on a rien à cacher…» Cette réaction typiquement canadienne qu’elle dit avoir rencontrée maintes fois, contraste, remarque-t-elle, avec celle que des révélations semblables ont suscitées aux États-Unis, où on ne badine pas avec la «sécurité nationale», et en Europe, «où les citoyens n’aiment pas être fichés et espionnés parce qu’ils ont connu le totalitarisme».

Brigitte Bureau
Brigitte Bureau a captivé son auditoire du Club canadien de Toronto avec le récit de ses enquêtes sur l’espionnage électronique.

Détecteur de pirates

Brigitte Bureau – qui mène souvent, par la force des choses, plusieurs enquêtes de front – s’est baladée pendant plusieurs mois à Ottawa avec un «cryptophone» permettant de détecter la présence dans ses environs de «capteurs d’IMZI», d’autres appareils permettant de pirater les téléphones cellulaires.

Le lancement des célébrations du 150e anniversaire du Canada, au début de l’hiver 2017, a beaucoup fait réagir son détecteur autour de la colline parlementaire, confirmant que les agences canadiennes (ou d’autres…) y menaient d’importantes activités d’espionnage.

En Allemagne, s’intéressant cette fois à la vulnérabilité du «SS7», le système interconnecté auquel adhèrent 800 réseaux de téléphonie de tous les continents, un jeune expert muni d’un simple ordinateur portable lui a permis d’écouter les conversations d’un député canadien (qui avait accepté de servir de cobaye) et même de le suivre à la trace dans la capitale fédérale.

Brigitte Bureau Enquête Radio-Canada
Le hacker allemand de Brigitte Bureau qui a réussi à écouter et suivre un député canadien.

Risques sous-estimés

«Les compagnies de téléphone n’expliquent pas à leurs clients les risques auxquels ils s’exposent en faisant affaire avec eux», soutient Brigitte Bureau.

Ses amis allemands ont trouvé Bell et Rogers faciles à pirater. Des mesures de protection ont peut-être été prises depuis son reportage – le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale en a réclamées – mais le secret entoure encore ce genre de travail.

Au fil des ans, la journaliste Brigitte Bureau, originaire du Nord de l’Ontario, a remporté plusieurs prix, notamment pour ses reportages sur l’affaire Maher Arar, ce citoyen canadien emprisonné et torturé en Syrie, et sur l’accès privilégié de leaders religieux au gouvernement conservateur de Stephen Harper. Ses enquêtes ont entraîné la démission de hauts dirigeants, la révision de certaines politiques fédérales et le déclenchement d’enquêtes.

Au Club canadien, elle a été présentée par Pierre Ouellette, le directeur de Radio-Canada en Ontario, qui est allé à la même école qu’elle à Kapuskasing. Il en a profité pour annoncer l’ouverture prochaine de nouvelles correspondances de Radio-Canada dans la banlieue nord de Toronto et à Hamilton, North Bay et Thunder Bay, où résident de nombreux francophones.

Brigitte Bureau
Brigitte Bureau au Club canadien de Toronto, à l’hôtel Royal York, mardi 13 février.

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