Nos petites universités écartelées entre la communauté locale et l’international

De précieux acteurs de la francophonie

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Luc Bussières, recteur de l’Université de Hearst, Johanne Jean, présidente, Réseau des universités du Québec, Pierre Ouellette, recteur de l'UOF, Daniel Jutras, recteur de l’Université de Montréal. Photo: UOF
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«Les universités de petites tailles semblent résolument se tourner vers l’ancrage au milieu local… et en même temps vers l’internationalisation.»

C’est ce que remarquent Éric Champagne et Jude Nunzia, de l’Université d’Ottawa, dans l’étude qu’ils ont entamée sur le rôle et la mission des universités de petite taille au sein de la francophonie.

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Éric Champagne au pupitre. Jude Nunzia assis au centre. Photo: Stan Leveau-Vallier

Les chercheurs participaient, ces 16, 17 et 18 novembre, au colloque annuel du Réseau de la recherche sur la francophonie canadienne qui avait lieu à l’Université de l’Ontario français (UOF) à Toronto, en collaboration avec l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC).

Des représentants d’institutions universitaires francophones en milieu minoritaire se retrouvaient pour échanger des expériences et meilleures pratiques. Notamment, le premier jour, en présence de la ministre fédérale des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor.

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La ministre fédérale des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor. Photo: UOF

Plusieurs petites universités

Francis Leblanc, doyen de l’Université de Moncton, explique à quel point son établissement joue un rôle pour combattre la «sous-éducation chronique» des Acadiens: un rôle de «ciment culturel et social».

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Francis LeBlanc.

Désormais, dit-il, 30% des diplômés de l’enseignement francophone de la province continuent leurs études à travers l’un des trois campus de l’institution.

De même, l’Université de Saint Boniface, la seule université francophone de l’Ouest, à Winnipeg, se considère comme un véritable projet de société: un objet de transmission culturelle, pour le développement de la communauté francophone locale.

Un outil puissant d’attrait des francophones

Les petites universités doivent rester pertinentes pour leur région et répondre aux besoins spécifiques.

Mais en parallèle, l’ancrage local n’empêche pas ces établissements de s’internationaliser fortement. Luc Bussières, le recteur de l’Université de Hearst, explique qu’aucun de ses 300 étudiants n’était international en 2014, alors que 75% le sont désormais.

Luc Bussières estime que son université fait la démonstration du rôle qu’elle peut tenir pour accueillir des immigrants francophones dans le Nord de l’Ontario.

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Pierre Ouellette, le recteur de l’UOF, abonde: «Les universités peuvent et doivent jouer un rôle de vecteur pour l’immigration internationale de francophones.»

Le Nord
Le recteur de l’Université de Hearst, Luc Bussières. Photo: Université de Hearst

Développer ses points forts

L’Université de Neufchâtel, en Suisse, revendique: «Nous ne voulons pas être la plus grande université, ni la plus chère, ni la plus fréquentée… Nous voulons être la plus pertinente. Celle qui, dans ses choix de domaines de recherche et de formation, parvient à identifier et à développer les compétences-clé dans un monde en forte mutation.»

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Thierry Verdel.

Thierry Verdel, recteur de l’Université Senghor à Alexandrie, décrit comment son établissement repose sur plusieurs petits campus, et crée en ligne une communauté d’intérêt internationale sur le continent africain.

Il faut «se remettre en question en permanence, s’assurer que nous répondons aux besoins de la communauté que nous servons, sans cesse nous rapprocher de nos publics cibles. Nous voulons être une organisation apprenante, en mouvement permanent, ouverte à l’expérimentation et à l’innovation, dotée d’une culture entrepreneuriale.»

Partenariats locaux

Même dynamique à Moncton, où l’on développe des partenariats locaux, comme par exemple avec les foyers de soin, pour un projet de recherche sur le vieillissement.

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Les «foyers de soins sans murs» étudient comment les personnes âgées peuvent rester le plus longtemps possible chez elles, avec des soins meilleurs et plus efficaces.

Francis LeBlanc décrit aussi des micro-programmes ciblés en robotique et en intelligence artificielle, qui attirent des talents internationaux. «Ce sont des disciplines de pointe, mais qui peuvent avoir une forte dimension locale. Il s’agit de fabriquer des outils sur-mesure pour résoudre un problème bien spécifique.»

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«Le lac inversé», l’oeuvre à l’entrée de l’UOF au 9 rue Lower Jarvis à Toronto. Photo: Stan Leveau-Vallier

Convivialité

La nouvelle Université de l’Ontario français fait également preuve de créativité.

Marie-Josée Therrien est historienne de l’architecture et professeure à l’École d’art et de design de l’Ontario. Elle s’est impliquée dans la conception et l’agencement intérieur de l’UOF.

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Marie-Josée Therrien.

Au colloque, elle a présenté les choix architecturaux intérieurs et parle d’«affordance», la capacité d’un environnement à susciter des comportements, la capacité d’un objet à susciter son utilisation.

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Dans les locaux de l’UOF les espaces et les mobiliers sont modulables et invitent à des usages variés… jusqu’à la sieste à laquelle les sofas confortables invitent. «Car, en fin de trimestre, l’intensité du travail conduit les étudiants à accumuler beaucoup de fatigue», dit-elle.

Avant même la pandémie, l’UOF avait tout conçu pour faciliter la «comodalité», c’est-à-dire la flexibilité entre l’enseignement en présentiel et à distance, en simultané et en différé, en groupe ou individuel.

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Un des panels du colloque sur les universités francophones en milieu minoritaire. Photo: Stan Leveau-Vallier

Transdisciplinarité

La «transdisciplinarité» est un autre maître-mot à l’UOF. La petite taille de l’institution facilite les échanges entre les enseignants et leurs cours, qui peuvent mieux s’intégrer les uns aux autres.

Articulation entre local et global, logique d’adaptation et d’opportunités, créativité… Les petites universités francophones insistent aussi sur l’esprit de coopération et de solidarité entre elles.

Pierre Ouellette insiste sur une «volonté partagée de créer des synergies, pour leur mission commune de contribuer à la vitalité et à la pérennité de la francophonie canadienne et internationale».

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Dans les locaux de l’UOF, au 9 rue Lower Jarvis à Toronto. Photo: Stan Leveau-Vallier

Succès

La vice-rectrice adjointe à la recherche de l’UOF, Linda Cardinal, affirme qu’«être l’hôte d’un tel colloque est un grand pas pour notre jeune université!»

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Linda Cardinal.

Selon les organisateurs, «les discussions ont permis de conclure que, petites ou grandes, les universités font face à des défis similaires. Elles ont aussi des besoins qui se ressemblent et partagent également des succès semblables.»

En plus des présentations académiques, le colloque a été l’occasion de lancer le plus récent numéro de la revue Francophonies d’Amérique, et deux épisodes spéciaux de la série Horizon politique de la chaîne Savoir média.

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