Nonnes possédées, curé sataniste

Frédéric Gros, Possédées, roman, Paris, Éditions Albin Michel, 2016, 304 pages, 31,95 $.
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Religieuses possédées du démon, prêtre accusé de sorcellerie, lutte entre catholiques et huguenots à l’époque de la Contre-Réforme, voilà dans quoi nous plonge le roman de Frédéric Gros, Possédées. L’ouvrage est basé sur l’Affaire Urbain Grandier dans le diocèse de Poitiers (France) vers 1624-1634.

Prêtre dans la trentaine, Urbain Grandier est curé d’une paroisse à Loudun, commune du Centre-Ouest de la France dans la région du Poitou. Il mène ses ouailles d’une main de fer à l’époque du roi Louis XIII et du cardinal de Richelieu.

À la même époque, Jeanne des Anges devient supérieure du cloître à Loudun. Elle n’a que 25 ans et est loin d’être «recluse dans les prières et la méditation de l’Éternel». Elle sera une des premières Ursulines à être possédées du démon, qui par Zébulon, qui par Asmodée, qui par Astaroth.

Les religieuses croient que la peste a cessé dans la ville de Loudun grâce à leurs prières, mais le démon veut sa revanche et s’installe au couvent. L’endroit se transforme en «une plainte avec des cris lascifs et des ricanements terribles. […] Le démon se démène dans leurs corps.»

Les religieuses vivent des expériences lascives, lancent des mots orduriers, blasphèment et se mettent à nues dans la chapelle. Tant et si bien que l’expression «faire son ursuline» signifie maintenant «se prêter aux débauches les plus excentriques».

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Le curé Urbain Grandier (1590-1634) est, au dire de son énorme évêque, un homme trop beau, trop mince, trop éloquent. Il ne tarde pas à avoir les yeux, les lèvres et les mains du diable. Les jeunes filles, les femmes mariées, les veuves trouvent réconfort dans ses bras velus, quand ce n’est pas dans son lit.

Urbain Grandier a l’esprit rebelle, il est encombré par un ego imposant et une arrogance qu’il maîtrise difficilement. Figure expiatoire toute trouvée, ce curé ne tarde pas à être taxé de sorcier, de suppôt du Démon, de prêtre sataniste, de magicien, «de flétrisseur des âmes pures, de corrupteur des vierges dévouées à Dieu».

Tout au long de son procès truqué, Grandier plaide son innocence, mais finit sur le bûcher le 18 août 1634. Je vous préviens que sa torture et son immolation sont décrites dans les moindres détails.

Tout en nous racontant une histoire vécue, mais romancée, l’auteur en profite pour glisser des brèves réflexions comme «la haine se nourrit du temps qui passe, l’amour s’y use»…

Possédées est le premier roman sur cette sombre affaire, qui a déjà fait l’objet du film Les Diables (1971). Le récit de Frédéric Gros frappe par sa modernité, tant les intégrismes d’hier ressemblent à ceux d’aujourd’hui.

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