Monia Mazigh : choisir au lieu de subir

Monia Mazigh, Farida, roman, Ottawa, Éditions David, coll. Voix narratives, 2020, 400 pages, 27,95 $.
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Le besoin d’indépendance et de liberté des femmes tunisiennes dans les années 1940-1970 est au cœur de Farida, troisième roman de Monia Mazigh qui a immigré au Canada en 1991. Elle vit maintenant à Ottawa, après avoir lutté pour libérer son époux, Maher Arar, déporté en Syrie.

L’action du roman commence en 1941, à l’époque où la Tunisie est un protectorat français marqué par une culture arabo-musulmane qui nie le pouvoir des femmes, voire le moindre rêve d’indépendance.

Ironiquement, on assiste à l’indépendance du pays, mais pas à celle des femmes.

Mariage forcé

Le personnage éponyme est forcé par son père d’épouser un cousin dépravé. Femme déterminée, Farida doit se battre pour se libérer de la prison où son mari l’a confinée: la cuisine et le lit.

On assiste au long cheminement de la protagoniste pour conquérir petit à petit son indépendance après avoir mis au monde un garçon, puis élevé une petite-fille qu’elle veut forte et déterminée.

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L’intrigue se déroule en très grande partie à Tunis. Monia Mazigh ne ménage pas les descriptions de rues, places publiques, marchés et quartiers résidentiels. Elle glisse presque une centaine de mots arabes dans sa narration, avec notes de traduction en bas de page.

Atmosphère et sentiments

Côté style, l’auteure décrit les deux coupoles du Collège «comme deux mamelles pointées vers le ciel et le minaret, droit, posant en gardien jaloux des traditions islamiques».

Plus loin, elle peint une place publique en ces termes: «Les allées, en pierre blanche polie, s’allongeaient devant moi, élégantes comme des rubans de satin qui flottaient derrière une robe.»

Le frère de Farida est amoureux de la littérature arabe et française; il traduit le Coran en français, et s’intéresse peu au sort de sa sœur qui finit par obtenir un divorce.

Le livre regorge de longues descriptions d’atmosphères et de sentiments, plus de nombreuses anecdotes familiales, dont je me serais passé, moi qui préfère plus les romans d’action.

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Je note, en passant, qu’il est brièvement question d’Habib Bourguiba, père de l’indépendance tunisienne en 1956. J’ai eu l’occasion de le rencontrer dans son palais à Carthage en décembre 1968, lors d’une Rencontre internationale de la jeunesse francophone.

Pas d’amour

Monia Mazigh montre bien comment les livres permettent à Farida d’oublier son mari, ses querelles et ses coups. «Effacer le malheur et le remplacer par un bonheur éphémère le temps d’une page ou d’un quatrain.»

Elle rêve d’être une femme libérée. S’occuper de son mari et de la maison l’étouffe. Ses parents disent que «les livres l’ont rendue un peu toquée».

Farida ne connaîtra jamais l’amour. «Et quand même il est venu cogner à ma porte, il était impossible de le faire entrer. Il n’était pas le bienvenu.» L’amour, la joie, le bonheur, autant de mots qui n’ont jamais existé pour elle. «Des mots qui ont été effacés de ma vie.»

Elle ira même jusqu’à dire que «l’amour maternel est la force la plus opprimante que j’aie connue».

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À Ottawa

L’action de la dernière section du roman se déroule en partie à l’Université d’Ottawa, où la petite fille de Farida étudie les lettres françaises. Il y a, en toile de fond, le référendum du 30 octobre 1995, jour où Farida décède à Tunis.

Ce roman illustre comment, «avec le temps, les gens apprivoisent tout: la pauvreté, l’injustice et même la dictature». Comment il peut être difficile de se libérer pour avoir la possibilité de choisir au lieu de subir.

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