Miró, le peintre qui «dialogue avec la matière»

L'Objet d'Art 549, La couleur des rêves de Miró, Faton, 2018. L'Objet d'Art, hors série, Miró. Rétrospective, Faton, 2018, très illustré, 66 pages. La couverture reproduit Femme et oiseau dans la nuit, 1945.


4 novembre 2018 à 11h00

La conception que le peintre espagnol Joan Miró se fait d’une œuvre picturale, dans ce qu’il appelle un «dialogue avec la matière», peut sembler étrange ou révolutionnaire, selon l’idée que l’on se fait d’un tableau.

«Pour moi, dit-il, un tableau doit être comme des étincelles. Il faut qu’il éblouisse comme la beauté d’une femme ou d’un poème.» Et il n’est donc guère surprenant que l’on dise de lui, parmi de nombreux qualificatifs élogieux, qu’il est «le plus grand inventeur de formes au XXe siècle».

Le peintre espagnol Joan Miró

Exposition

Le Grand Palais de Paris a organisé une exposition consacrée à Joan Miró (1893-1983), qui réunit près de 150 œuvres dont certaines sont rarement exposées. Ces réalisations du peintre, sculpteur, graveur et céramiste espagnol, couvrent une période de création artistique de soixante-dix ans.

Cette rétrospective retrace l’évolution technique et stylistique de l’artiste. Et pour qui veut connaître Miró à domicile ou pour enrichir toute bibliothèque publique ou privée, les éditions Faton consacrent un numéro de L’Objet d’Art à cette exposition.

Timbre, 1974, héliogravure d’après L’oiseau bleu de la poste réalisé par Miró.

Le talent

Miró crée à partir de ses rêves éveillés ou non et nous permet de découvrir son surprenant talent.

«Il transforme ainsi le monde avec une apparente simplicité de moyens, qu’il s’agisse d’un signe, d’une trace de doigt ou de celle de l’eau sur le papier, d’un trait apparemment fragile sur la toile, d’un trait sur la terre qu’il marie avec le feu, d’un objet insignifiant assemblé à un autre objet.»

Miró se lance dans d’étonnants rapprochements qui établissent ce dialogue avec la matière qui caractérise son art. Il associe des formes et des couleurs insolites en créant ce que l’on a appelé «un univers constellé de métamorphoses poétiques» qui surprend et «réenchanter notre monde».

Femmes et oiseau dans la nuit bleue, 1947, huile sur toile, revue p. 7.

Revue d’art

Et dans les 66 pages habituelles des revues des éditions Faton, L’Objet d’Art consacré à Miró illustre superbement le talent de cet artiste qui sort hors des sentiers battus, avec une soixantaine de reproductions artistiques expressives. Avec ce numéro hors série, on se familiarise avec l’originalité des œuvres de Miró.

Comme le souligne le musée du Grand Palais, «l’important, c’est de savoir ce que l’on ressent vraiment. Pas si simple. Bien sûr, Joan Miró est grand. Mais à quel point? « Contrairement à Picasso, il ne sort pas de son système », me souffle un confrère. D’accord. Puis viennent ces trois tableaux monumentaux « Bleu I, II, III », enfin réunis, extraordinaires. Là, il ne sort pas de son système peut-être?»

Oiseau et femme dans la nuit, revue p. 4.

Miró s’exprime

«J’estime que la peinture de chevalet n’est qu’une chose expérimentale, une chose de laboratoire par laquelle il est nécessaire de passer, mais qui doit nous amener beaucoup plus loin.

Je signe mes toiles, mais je les signe derrière, pas devant, pas sur la surface peinte. Peindre est une chose anonyme, impersonnelle » : « Les fresques romaines n’ont pas été signées par leurs auteurs, les pyramides d’Égypte non plus.

Jamais [je ne travaille] à partir d’une toile qui sort de chez le marchand de couleurs. Je provoque des accidents, soit en nettoyant les brosses, soit en faisant une tache de couleur, ou une forme, n’importe quel accident. […] Un point de départ, un choc. Je pars toujours du choc.»

Femme, oiseau, étoile, 1988, huile sur toile, revue p.54.

Complément

Dans L’Objet d’Art no 549 d’octobre 2018, centré sur «Spécial Patrimoine», on trouve un article complémentaire sur le talent de Miró. Sous le titre La couleur des rêves de Miró, on découvre huit pages très illustrées avec notamment en pleine page un autoportrait de l’artiste, daté de 1919.

Le résumé donné par l’éditeur (Palette, 2008) d’un album de 30 pages consacré à ce thème se lit ainsi: «Joan Miró a créé un monde fantaisiste, où se mêlent peinture et poésie. Ses tableaux, pleins de vie, sont peuplés de signes colorés et de formes fantastiques, de créatures étranges et de merveilleux. Avec des taches de couleur, il invente des personnages.

Les lunes, les étoiles, les soleils, mais aussi des yeux ou des figures extraordinaires sont comme en apesanteur dans l’espace immense de ses toiles ! Avec toutes sortes de matériaux, Miró a imaginé un univers de lumière et de couleurs, qui laisse une grande part au rêve. Pour André Breton, il est «le plus surréaliste de tous».

Bleu II, 1961, revue p. 51.

Bleu

Si l’on parcourt l’ensemble des œuvres de Miró, et même s’il utilise une diversité de couleurs, il semble bien que le bleu soit sa couleur préférée, qui couvre parfois tout le fond d’un tableau. Le bleu, peut-on lire sur Internet, couleur du ciel et de l’eau symbolise l’infini, le divin, le spirituel. Il invite au rêve et à l’évasion spirituelle. Par extension, il évoque la paix, le calme, la volupté.

Faudrait-il parler de Miró et de ses rêves bleus?

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