Mémoire d’un chêne majestueux

Camille Bouchard, Cicatrices, tome 5 de la série Le Siècle des malheurs, roman, Montréal, Éditions du Boréal, collection Boréal Inter no 77, 2020, 144 pages, 12,95 $.
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Quercus virginiana ou chêne vert est le narrateur dans le roman Cicatrices de Camille Bouchard. Il a plus de cent ans lorsque l’histoire commence le 1er janvier 1900 et il nous accompagne jusqu’en 1999.

Il s’agit du cinquième tome de la série «Le siècle des malheurs», mais point nécessaire d’avoir lu les tomes précédents pour apprécier ce roman fort original.

«Le gland qui a produit ce chêne a connu le régime espagnol […] Le premier rameau de ce tronc poussait déjà avec vigueur lorsque Napoléon Bonaparte s’est proclamé empereur des Français!»

Le chêne est planté aux abords de la route qui relie les plantations de La Métairie à La Nouvelle-Orléans.

Chaque chapitre porte une année comme titre: 1902, 1910 et ainsi de suite. Le chêne vert parle des humains et rappelle des moments charniers de l’histoire américaine: Guerre de Sécession, esclavage et ségrégation raciale, Guerre du Vietnam, Civil Rights Act.

Lynchage

Par une nuit terrible de 1910, dans l’anonymat d’un bayou louisianais, deux Blancs s’en prennent à un jeune Noir et le pendent à une branche du chêne. Le seul témoin de cette scène à glacer le sang est l’arbre lui-même où le corps du jeune Jérémie a été abandonné.

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On a aussi planté un clou dans son tronc et un certain Lionel a gravé son nom et celui de sa Margot dans un cœur dégrossi, deux détails à retenir…

Solide mais parfois penaud, le chêne demeure témoin d’amour, de trahison et de mort. Son paysage change constamment. Là où une végétation luxuriante l’empêchait de voir les abords du marais et le méandre du bayou, s’étend maintenant «la géométrie parfaite de construction en ciment et en acier».

Histoire, sociologie, psychologie

La plume de Camille Bouchard est tour à tour historique, sociologique et psychologique Elle est aussi poétique, comme en fait foi ce court extrait: «De la cime aux radicelles, des ramilles au duramen, mon corps géant et noueux a résonné par-delà la canopée, pareil à la biche bramant de douleur sous le croc du coyote.»

C’est à la fois grâce aux humains et malgré eux que le chêne réussit à survivre un autre siècle… ou presque. Il garde dans son écorce les cicatrices du temps qui passe, d’où le titre du roman.

Avec Cicatrices, Bouchard a fait le pari que la cime d’un grand chêne est l’endroit parfait d’où observer la bêtise humaine. Il a brillamment réussi.

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