Marguerite Andersen signe une autofiction qui a mijoté à feu doux

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L’écrivaine torontoise Marguerite Andersen est arrivée au Canada en 1958. Son tout dernier roman, Le figuier sur le toit, souligne ses cinquante ans au Canada – en tentant «de décrire une descente dans le passé confus et trouble qu’a été le mien» – et en essayant de répondre à la question Where are you from?

Le figuier sur le toit s’ouvre sur une scène près du marché St. Lawrence. Se préparant à célébrer son anniversaire avec sa famille canadienne, une vieille dame, sujet principal et auteure du roman, s’interroge sur son existence ainsi que sur sa mort inéluctable. L’auteure écrit que «c’est dans les livres qu’on trouve les histoires». Et c’est dans Le figuier sur le toit qu’on trouve l’histoire de Marguerite Andersen

Des fragments de son enfance allemande reviennent, telles de petites vignettes d’un album de photos. Ces retours en arrière offrent au lecteur des éléments du parcours de Marguerite Andersen et de celui de ses parents qui ont vécu, à Berlin, l’arrivée du national-socialisme et les années désastreuses de 1933 à 1946. Dans cet ouvrage d’autofiction et de témoignage historique, Marguerite Andersen aborde de front l’antisémitisme de l’Allemagne nazie et la question de la culpabilité collective d’une nation. Elle rappelle les souffrances infligées aux Juifs, mais démontre aussi les conséquences du régime nazi sur d’autres habitants de l’Allemagne. «À l’âge de 84 ans, elle est encore capable de se rappeler le drame.»

La vieille dame se raconte. Il lui reste les souvenirs, beaucoup d’idées, des sentiments et des impressions qu’elle étale avec force détails. Il faut y cueillir, au hasard, des éléments de réponse à la question Where are you from? Ainsi, nous apprenons que la narratrice-protagoniste du roman ne s’est «jamais préoccupée de frontières géographiques ou autres». Elle a vagabondé à travers le monde – Allemagne, Angleterre, Suisse, Italie, France, Tunisie, Canada – et la voilà maintenant vissée à Toronto, à son fauteuil, «les yeux sur l’écran de mon ordinateur».

Y a-t-il une réponse claire et nette à la fameuse question? Oui, elle se trouve à cinq pages de la fin du récit (p. 251). Marguerite Andersen et les membres de sa famille sont originaires d’une douzaine de lieux. «Nous sommes un ragoût, un couscous, bref, un plat aux nombreux ingrédients qui mijote bien à feu doux et sera en fin de compte très satisfaisant.»

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Le livre fourmille de détails, de précisions parfois fastidieuses. A-t-on vraiment besoin de savoir que les parents de Marguerite ont acheté, à Rome, une table ronde en acajou, couverte de marbre de Carrare, un petit pupitre de dame, une vitrine, quelques commodes et des tableaux?

La mère de Marguerite Andersen se prénommait Martha. Dans le roman, elle est souvent appelée Ma. L’auteure écrit qu’«il y a peu de cris et peu de crises dans la vie de Ma et de ses enfants.» C’est elle qui le dit. Moi, j’ajouterai que cela ne donne jamais lieu à de rebondissements éclatants. La lecture ne s’avère pas pour autant ennuyeuse, mais il ne faut pas non plus s’attendre à quelque chose d’enlevant.

À l’instar du professeur François Paré, je ne crois pas que l’ouvrage de Marguerite Andersen soit un roman, tel qu’indiqué en page couverture. «Quel est l’auteur qui ne mélange pas fiction et autobiographie?» Dans ce cas-ci, la fiction est trop mince pour lui accoler l’étiquette romanesque. Le figuier sur le toit est plutôt une autofiction.

Marguerite Andersen, Le figuier sur le toit, roman, Ottawa, Éditions L’Interligne, 2008, 276 pages, 19.95 $.

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