Madagascar: la prison pour protéger le bois de rose

Amnistie Internationale défend Clovis Razafimalala

Clovis Razafimalala


26 novembre 2017 à 15h00

Clovis Razafimalala, un homme d’affaires malgache de 49 ans, connu pour sa défense de l’environnement et pour son engagement dans la lutte contre le trafic de bois de rose, a été condamné à 5 ans de prison avec sursis à Madagascar pour «incitation à la rébellion» et «destruction de bâtiments administratifs».

«Après avoir passé dix mois en détention préventive, il a été libéré le 24 juillet dernier, mais il est toujours condamné à 5 ans d’emprisonnement avec sursis. Clovis est donc libre en ce moment, mais il peut être incarcéré à tout moment s’il poursuit ses activités militantes», explique Meryll David-Ismayil, présidente du groupe franco-torontois d’Amnistie Internationale.

Le trafic de bois de rose fait l’actualité internationale en ce moment. À Madagascar, il s’agit de la disparition de plusieurs espèces de bois de rose et d’ébène pillées jusque dans les aires protégées, pour alimenter un trafic à destination de la Chine, où ces essences précieuses sont transformées en meubles luxueux.

Embargo commercial

Aujourd’hui, Madagascar risque un embargo commercial sur toutes les espèces protégées du pays. D’après Meryll, «c’est l’arme ultime dont dispose la communauté internationale pour condamner un pays qui, par son inaction ou sa complicité, participe à la destruction de la biodiversité».

Depuis trois ans, la communauté internationale enjoint Madagascar de mettre fin à ce trafic qui détruit l’écosystème de l’île. Madagascar a reçu des millions de dollars pour lutter contre la contrebande, mais la situation n’évolue pas.

«Plusieurs ONG environnementales dénoncent d’ailleurs le fait qu’aucun baron du bois de rose n’a jamais été condamné», raconte Meryll. «Et en fait, ce sont les défenseurs de l’environnement qui se retrouvent aujourd’hui en prison à Madagascar.» Comme l’a démontré l’affaire Clovis Razafimalala.

«Depuis des années, Clovis subit des attaques en tout genre en raison de son engagement, car il dénonce régulièrement ce trafic.» C’est donc son engagement écologique qui l’a amené à être victime de menaces et de harcèlement, comme l’incendie volontaire de sa maison en 2009.

Meryll rajoute: «On lui a proposé à plusieurs reprises de l’argent – qu’il a toujours refusé – en échange de l’arrêt de son combat en faveur de la forêt menacée de Madagascar.»

Procès sommaire

Mais en 2016, ces attaques ont donc pris une nouvelle ampleur, et Clovis a été arrêté le 16 septembre.

«On l’accuse d’avoir été à la tête d’une manifestation violente… alors même que des témoins assurent qu’il se trouvait dans un restaurant au moment même de cette manifestation. Mais ces témoins n’ont jamais été entendus dans le cadre de l’enquête. Il est poursuivi pour des faits qu’il a toujours niés», accuse Meryll.

Clovis Razafimalala a été détenu dans une prison très loin de chez lui, poussant sa femme et leurs deux enfants à déménager pour se rapprocher de lui et lui apporter de la nourriture. Ne gagnant pas d’argent pendant sa détention, il n’a pas pu envoyer son aîné à l’école.

L’exploitation illégale du bois de rose est extrêmement lucrative. «Les trafiquants ne reculeront donc pas facilement, et c’est pour cela que nous devons apporter notre soutien à tous ceux qui défendent l’environnement à Madagascar», propose Amnistie.

Écrire au ministre

On peut écrire une lettre à Clovis Razafimalala (IIF3LVG Antsahameva Andraisoro, Antananarivo – 101 Madagascar), ou signer la pétition «pour lui dire que vous le soutenez dans ce combat, qu’il a raison de se battre». D’après Meryll, «ce soutien moral est très important, car cela va lui donner de la force pour continuer malgré les épreuves qui l’attendent.»

Vous pouvez également écrire au ministre de la Justice de Madagascar, Charles Andriamiseza (ministère de la Justice, 43 Rue Joel Rakotomolala, Faravohitra – Antananarivo, Madagascar) pour montrer votre désaccord avec ce qui se passe.

«Dites au ministre ce qui vous choque dans cette affaire et appelez-le à annuler la déclaration de culpabilité et la peine avec sursis de Clovis Razafimalala. Demandez-lui aussi de fournir une protection aux défenseurs des droits humains et aux militants écologistes», encourage Meryll.

Marathon d’écriture

Le 10 décembre, pour la journée internationale des droits humains, Amnestie Internationale organisera comme chaque année un marathon d’écriture, dont l’un des 10 sujets sera le cas Clovis Razafimalala. «Vos lettres ont vraiment de l’importance, car elles vont être envoyées en même temps que des millions d’autres, avec ce marathon» d’après Meryll.

Des millions de messages –4,6 millions l’année dernière – sont envoyés chaque année pour agir en faveur de défenseurs des droits humains, des messages de soutien, et des messages aux autorités pour demander justice.

«Et ça marche puisque, entre 2000 et 2016, cette campagne a obtenu 65% de résultats positifs. Donc n’hésitez pas à écrire, car ce ne sont pas des bouteilles à la mer: vos lettres ont vraiment un impact» souligne Meryll.

On peut aussi passer par le kiosque d’Amnistie le samedi 2 décembre à la bibliothèque de référence de Toronto (789 rue Yonge, au nord de Bloor) dans le cadre du Salon du livre.

Mentionnons aussi qu’Amnistie Internationale organise des cours gratuits en français sur les droits humains. Les inscriptions pour la session d’hiver de ces cours sont d’ailleurs ouvertes.

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