Maculer l’âme puérile d’une innocente

Julie, droguée et prostituée malgré elle, d'Odette Mainville

Odette Mainville

Odette Mainville, Julie, droguée et prostituée malgré elle, roman, Montréal, Éditions Fides, 2018, 304 pages, 24,95 $.


3 juin 2018 à 9h00

Odette Mainville a récemment publié un troisième roman intitulé Julie, droguée et prostituée malgré elle, où on voit comment l’infamie peut s’emparer d’une vie et la transformer en cauchemar. J’ai rarement vu un ouvrage décrire avec autant d’acuité comment une personne peut se vautrer dans la fange de la prostitution.

La Julie du titre a 3 ans lorsque sa mère perd la vie dans un accident de la circulation. La grand-mère élève l’enfant tant que la santé le lui permet. Fermée sur elle-même, Julie devient victime de railleries et de mesquineries au primaire et au secondaire.

Gang de rue

À 15 ans, l’adolescente tombe dans les mailles d’un gang de rue. C’est le début de la marijuana et de la cocaïne; la prostitution ne tardera pas à suivre. «L’infamie s’infiltre insidieusement, s’installe confortablement, macule à jamais l’âme puérile d’une innocente.»

Le pimp de Julie prouve «sa virile hétérosexualité à travers des pratiques machistes et abusives». Pour tous les membres du gang de rue, les filles sont des êtres inférieurs qu’on se partage selon la règle qui veut qu’on doive «soumettre sa petite amie à un viol collectif».

Le père de Julie joue le rôle de l’éternel absent. Il se dit qu’elle est «une trop bonne fille pour déroger aux valeurs et aux principes inculqués depuis sa naissance». Ce qui est évidemment tout le contraire. Elle passe du banal plaisir à la déchéance, «se prêtant, comme un jouet, aux fantaisies lubriques des garçons».

Pute louée

L’auteur décrit avec moult détails le milieu ou l’abîme dans lequel Julie est tombée. La maxime de son pimp est la suivante: «La drogue, tu la vends une seule fois. La pute, tu la loues des milliers de fois.» Entre dix heures du matin et deux heures de la nuit, Julie passe une vingtaine de clients, sous des noms fictifs comme Janie, Jacinthe et Clara.

Certaines descriptions m’ont paru un peu cliniques, comme si elles s’inspiraient trop directement de lectures ou recherches que l’auteure a dû faire pour écrire ce roman très détaillé. Elle fait référence, par exemple, aux tenants et aboutissants du commerce interlope et aux paramètres pour consolider ses assises.

Afin de bien décrire l’univers de la drogue et de la prostitution, la plume d’Odette Mainville devient presque un scalpel qui en découpe ou décompose toutes les facettes. Le roman regorge de dialogues tantôt crus tantôt touchants. On est cependant surpris de voir le pimp de Julie disparaître complètement de la carte après avoir occupé une place de choix dans presque la moitié du roman.

J’ai déjà recensé pour L’Express le premier roman d’Odette Mainville, Le curé d’Anjou (2011), sous le titre «Quand le presbytère devient un bordel». On pourrait dire que l’auteure a de la suite dans les idées en abordant le thème de la prostitution juvénile.

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