L’exploration de l’Europe au 19e siècle… par les Autochtones

Mais on finit par se lasser du «noble sauvage»

Autochtones en Europe
En novembre 1843, un groupe d'Ojibwés débarque à Londres.
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Saviez-vous que plusieurs groupes d’Autochtones et de Métis sont venus explorer l’Europe occidentale au 19e siècle?

Plusieurs chercheurs tels que Donald Smith, Kate Flint, Coll Trush ou encore Cécilia Morgan se sont emparés de cette histoire très peu connue, en étudiant les représentations qu’avaient les Européens de ces indigènes, et l’inverse.

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Danièle Caloz, historienne et co-fondatrice la Société d’Histoire de Toronto.

L’image pré-conçue de «l’Indien» évolue à mesure que les Européens rencontrent de véritables Autochtones. Les chercheurs remarquent à la fois une relative reconnaissance de leurs réalités, mais aussi la permanence du stéréotype du «sauvage», un terme alors beaucoup moins péjoratif qu’aujourd’hui.

Ce mercredi 21 novembre à l’Alliance française, l’historienne et co-fondatrice de la Société d’Histoire de Toronto, Danièle Caloz, est venue présenter cette histoire oubliée.

L’Indien mythique

Au 19e siècle, c’est à travers les théories de Rousseau ou de Diderot que l’imaginaire collectif se représente le «bon sauvage». Rousseau théorise l’existence d’un état de nature qui ne serait pas souillé par la civilisation moderne, peuplé d’hommes bons et innocents.

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L’Indien mythique est imaginé selon trois caractéristiques principales: il possède des vertus primitives qui forcent l’admiration (force, débrouillardise), on l’oppose à l’Indien impitoyable, mais on lui prédit une disparition prochaine puisqu’il vit dans un monde dépassé.

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Illustration du mythe du bon sauvage: grand, musclé, coiffé de plumes.

À l’image de l’ouvrage Atala écrit par Chateaubriand en 1801, de nombreux artistes véhiculent cette représentation de l’Indien mythique. En France, le roman de James Fenimore Cooper, Le dernier des Mohicans, publié en 1826, est un succès énorme.

Toutefois, à partir des années 1830-1840, les premiers Amérindiens arrivent en Europe et leurs représentations commencent à évoluer.

Pièces de musée vivantes

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Onze Mississaugas visitent l’Europe en 1845, voici quelques uns d’entre eux.

En novembre 1843 à Londres, neuf Ojibwés débarquent à Londres. Invités par le Montréalais George Catlin. Ils font office d’œuvres vivantes dans son musée.

Ils travaillent également avec la Société religieuse des Amis, ou Quakers, qui se soucient de leur cause et les aident à défendre leurs droits. Malgré cela, le gouvernement n’écoute pas leurs revendications, et le mariage d’un des membres de la tribu avec une Britannique suscite les moqueries dans les journaux.

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Deux ans plus tard, en 1845, onze Mississaugas visitent les îles britanniques, la France et la Belgique. Leur objectif est de même nature: les faire connaître et faire respecter leurs droits. Le succès de leur mission est également très relatif, et sept d’entre eux décèdent de la variole.

Catharine Sutton, nouvelle image de l’Autochtone

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Catharine Sutton vient présenter les griefs des Ojibwés à la reine Victoria en 1857.

En 1857, Catharine Sutton, Nahnee de son nom Mississauga, vient présenter les griefs des Ojibwé à la reine Victoria. Originaire du Credit Indian Village créé en 1826, la jeune femme a reçu une éducation chrétienne et sait s’exprimer à l’européenne.

Elle remet en cause une loi de la couronne qui autorise en théorie aux hommes autochtones d’obtenir une propriété privée s’ils renoncent à leur statut d’Indien, mais qui ne leur accorde pourtant aucune terre en pratique.

Elle est accueillie à Londres par les Quakers. Elle refuse de porter ses vêtements traditionnels lors de ses conférences. En 1861, la couronne permet à son mari d’acheter des terres. Catharine Sutton participe à redorer un peu l’image de l’Autochtone.

Une permanence des clichés

En 1886, l’Europe est secouée par l’arrivée de Buffalo Bill. Les multiples caricatures sur l’Indien mythique reviennent au galop.

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La troupe de théâtre populaire qu’il monte et leur spectacle Buffalo Bill’s Wild West prétend recréer la vie des Indiens, sur fond de conquête de l’Ouest. La présence de véritables Autochtones qui défilent en tenue traditionnelle sur des chevaux est le clou du spectacle.

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Le spectacle créé par Buffalo Bill.

C’est le début du bandana, de la coiffe de plumes et de l’attirail du cow-boy, des images pré-fabriquées.

Par ailleurs, à partir du milieu du siècle, le public se lasse du «noble sauvage».

Des écrivains tels que Charles Dickens renforcent l’idée de la supériorité de l’homme blanc. Lors des différentes révoltes françaises, les Canuts à Lyon en 1831 ou les Communards de 1870, les hordes populaires sont alors comparées aux apaches.

Cette image de l’Indien restera dominante tout au long du 20e siècle.

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