L’éveil de la Chine


20 février 2006 à 17h08

«Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera.» Cette affirmation prophétique est attribuée à Napoléon. L’empereur l’aurait prononcée en 1816, après avoir lu La relation du voyage en Chine et en Tartarie de Lord Macartney, premier ambassadeur du roi d’Angleterre en Chine, ou à une autre occasion à Sainte-Hélène.

En 1973, Alain Peyrefitte, homme politique et écrivain français, en a fait le titre d’un livre. Son analyse pourrait se résumer ainsi: vu leur nombre, quand les Chinois auront atteint une culture et une technologie suffisantes, ils pourront s’imposer au reste du monde. Et dès 1996 déjà, Alain Peyrefitte écrivait: «La Chine s’est éveillée». Que n’écrirait-il pas aujourd’hui, alors que fusent de tous côtés des mises en garde.

«Que ferons-nous quand… la Chine exportera à bas prix toutes les céréales produites suivant des techniques que nous n’aurons pas pu développer?» écrivait en 2002 le scientifique Claude Allègre. «La Chine est une dictature communiste qui a élaboré un maître plan en vue d’inonder le monde entier. La Chine est une menace sans précédent», de dire Fa Quix, président de la fédération belge des patrons du textile. «De nombreux pays s’interrogent sur le rythme et l’ampleur de l’expansion militaire chinoise. On peut se poser des questions sur les intentions chinoises», déclarait fin octobre le secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld.

Que se passe-t-il qui mette ainsi en émoi tant de pays du monde? La Chine est-elle une superpuissance dangereuse? «La Chine s’est fixée un objectif: assurer d’ici au milieu du XXIe siècle son grand retour sur la scène mondiale. Pour réaliser cette ambition qui est de se hisser prochainement au niveau américain en termes de poids commercial, il lui faut renouer avec son rôle de grande puissance régionale», écrivait Éric Leser dans Le Monde. Et la Chine revient de loin. Il faudrait résumer son «exploitation» pour mieux saisir le dynamisme de «revanche» qui anime la Chine d’aujourd’hui dans de nombreux domaines. Celui du textile est bien connu.

L’Union européenne et les États-Unis ont pris peur devant «l’invasion textile» chinoise, ont annoncé des mesures contre l’importation de produits textiles et ont négocié des accords. Les patrons américains et européens disent qu’à court terme, la Chine constitue une menace pour leur économie. Sans parler de «la pieuvre de la contrefaçon chinoise qui étend son emprise». (L’Expansion)

Il n’y a pas que les textiles qui font peur. Le vaisseau Shenzhou VI et ses deux taïkonautes sont revenus sur Terre le 17 octobre, après une mission de cinq jours dans l’espace, qui consacre le succès du deuxième vol habité chinois. En devenant le troisième État capable d’envoyer des hommes en orbite, la Chine a accédé au rang de grande puissance spatiale. Il faudra donc compter avec elle dans les domaines technologique, stratégique, politique, économique. «La Chine ne pèse plus seulement par son poids démographique. Pour preuve, elle a damé le pion à l’Europe et au Japon qui n’ont jamais réalisé de vol habité dans l’espace.» (Valérie Ga, RFI)

Et c’est bien cette technologie, couplée à la possession de l’arme nucléaire, qui suscite l’inquiétude des États-Unis. D’où la visite de Donald Rumsfeld à Beijing, en octobre dernier. «Puisque aucune nation ne menace la Chine, on peut se demander le pourquoi de cet investissement militaire accru», avait-il déclaré en juin dernier.

Un rapport du Pentagone daté de juillet soutient que la Chine pose «un défi pour l’ordre mondial». Mais, tout n’est pas à niveau en Chine. Beaucoup de richesses nouvelles y côtoient la plus grande pauvreté. Cette cohabitation pourra-t-elle durer longtemps?, se demandent des spécialistes. Tant que la croissance se poursuivra, la paix sociale subsistera, telle est la réponse actuelle.

Mais outre cette fragilité sociale potentielle, la Chine a d’autres difficultés d’ordre économique ou industriel. Elle a d’énormes besoins en énergie et en matières premières, qu’elle ne peut satisfaire avec ses propres ressources: pétrole, aluminium, acier, ciment, etc. Elle doit acheter chaque jour 5 millions de barils de pétrole, sa production ne lui suffisant pas. Elle consomme deux fois plus d’acier que les États-Unis. Premier producteur de cuivre, elle doit en importer pour répondre à ses besoins.

La Chine attire. Tous les indices économiques concordent pour la désigner comme le plus grand marché mondial potentiel. Comme son économie montre la plus forte croissance mondiale, elle attire des investissements étrangers. Elle semble encore loin d’être une superpuissance économique, mais les avis divergent.

Pour la firme d’investissement Goldman Sachs, la Chine va rattraper le Japon à l’horizon 2050. Pour d’autres, en 2050 elle deviendrait une «hyper-puissance»; pour certains, elle atteindrait alors le niveau actuel du Portugal.

«D’une certaine façon, la Chine a commencé à ’’retrouver sa place’’ dans le monde. Son PIB global a rejoint celui du Japon vers 1990 et dépassera celui des États-Unis autour de 2020 et celui de l’Europe (des 25) environ cinq ans plus tard.» (Panorama de l’économie au 21e siècle, mai-juin 2005). On semble cependant s’accorder sur un point: tout ceci ne peut arriver que si l’économique l’emporte sur le politique et sur le militaire. Le Canada, État du Pacifique, ne peut que suivre cette situation de près.

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