L’étau sociolinguistique de la Conquête

roman
Pierre Chatillon, L’homme au regard de lion, roman, Montréal, Éditions Fides, 2018, 328 pages, 29,95 $.
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L’homme au regard de lion, le tout dernier roman du prolifique Pierre Chatillon, couvre une demi-douzaine d’années dans la vie de son héros Yvon Beaupré, soit de la bataille de Trafalgar en 1805 à la Guerre de 1812.

Comme Beaupré a combattu pour les troupes britanniques, celles qui étaient les vainqueurs de la bataille des Plaines d’Abraham en 1759, son retour et son accueil à Québec sèment la division. Yvon est-il un valeureux marin ou un traître, un vendu…?

Français et catholiques purs et durs

Les membres de la famille Beaupré sont des Canadiens français et des catholiques purs et durs. La mère écoute les sermons en français de son curé, parle français à ses tomates et betteraves, s’attend d’aller au ciel «où j’espère que tout le monde parlera français. Et une chose est sûre, c’est qu’au ciel, y a pas de protestants».

Chatillon décrit en long et en large les différences qui opposent la société des Blancs à celle des Amérindiens, tout comme celles qui démarquent la haute société de Québec du bas peuple de la basse-ville au lendemain de la Conquête.

Le frère du protagoniste cause tout un scandale lorsqu’il décide d’être ni Canadien ni Anglais, mais plutôt de recommencer sa vie en devenant un membre de la tribu des Sauteux. Tout comme son petit frère, Yvon s’éprend lui aussi d’une Amérindienne, mais largue l’envoûtante Tallulah pour la passionnante Louise d’Argenteuil.

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Venus de planètes différentes

Yvon et Louise ont été élevés sur des planètes différentes, l’un dans le quartier le plus sale de Québec, l’autre dans le quartier le plus chic de la ville. La mère de Louise préfère converser en anglais, celle d’Yvon a un chien et une chatte qui s’appellent respectivement Montcalm et France.

L’auteur crée des intrigues qui illustrent à quel point l’amour n’a rien en commun avec la morale et les religions, «à quel point l’esprit tordu des humains avait tout compliqué, tout souillé avec ses inventions de culpabilité, de péché».

Chatillon aime les détails et les rappels historiques, ce qui alourdit parfois la narration. J’aurais allègrement coupé cent pages. Son style, en revanche, est finement ciselé. Pour décrire un schooner qui prend le large, il compare le sillage à «une chevelure dénouée de sirène qui s’estompe sous l’onde. Et la musique de l’air dans les cordages, une chanson de ces femmes à queue de poisson».

La Guerre de 1812

Yvon Beaupré a soif d’action, d’imprévu, de dangers qui l’obligent à surmonter des défis.

Il plonge au cœur de la Guerre de 1812, dans mon coin de pays sur le bord de la rivière Détroit, et combat dans les forces canado-britanniques à titre de premier lieutenant et capitaine du brigantin The Storm.

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Retenue à Amherstburg, sa chère Louise «porte le printemps dans son ventre qui commence à bourgeonner».

Les relations entre conquérants et conquis sont au cœur de cet ouvrage historico-romantique où l’essentiel consiste à chercher de l’espoir, car «si tu cherches pas, c’est certain que tu trouveras pas».

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