Les vraies raisons du retour au bureau des fonctionnaires en Ontario

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Selon les syndicats de fonctionnaires, le gouvernement veut surtout remplir les édifices à bureaux du centre-ville. Photo: iStock/com/Jon Bilous
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Publié 19/02/2026 par Émilie Gougeon-Pelletier

Doug Ford a justifié le retour obligatoire des fonctionnaires au bureau en disant que le travail en personne augmentait la productivité. Mais le ministère responsable de la mesure n’est pas d’accord, révèle un document obtenu par Le Droit en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Le premier ministre de l’Ontario s’est souvent dit convaincu qu’il était temps que les fonctionnaires reprennent le travail en présentiel pour une question de productivité.

«Je pense que tout le monde est plus productif au travail. Comment encadrer quelqu’un par téléphone? C’est impossible», avait insisté Doug Ford, l’été dernier, lorsque son gouvernement venait d’annoncer que les fonctionnaires seraient forcés de retourner au bureau à temps plein dès janvier 2026.

Sauf qu’un document, obtenu par Le Droit en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, contredit cette affirmation.

La décision, annoncée le 14 août 2025 par la présidente du Conseil du Trésor, Caroline Mulroney, n’avait rien à voir avec la productivité des fonctionnaires.

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Pas aussi efficaces en télétravail?

Dans un courriel envoyé à Caroline Mulroney seulement quelques heures avant l’annonce, son directeur des communications, Andrea Chiappetta, lui propose des pistes de réponses, dans l’éventualité où des journalistes lui demanderaient si la décision «prouve que les employés n’étaient pas aussi efficaces en travaillant à partir de la maison».

Caroline Mulroney
La ministre Caroline Mulroney.

«Non. La décision de revenir à une norme de cinq jours de présence au bureau par semaine n’est liée à aucun changement dans la supervision ou les opérations et n’est pas un indicateur de performance», écrit-il.

La décision vise plutôt «à garantir que les services opérationnels continuent d’être représentatifs des personnes et des entreprises que nous servons», conclut le directeur des communications dans cet échange de courriels.

Caroline Mulroney n’a jamais déclaré que la décision était liée à la productivité des fonctionnaires ontariens, mais elle n’a jamais contredit Doug Ford publiquement à ce sujet non plus.

Révision demandée

«On connaît maintenant leur propre message, et ça confirme ce que nous savions déjà, soit que ça n’a jamais été une question de productivité ni de meilleurs résultats pour les services publics», a réagi JP Hornick, qui préside le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO).

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JP Hornick.

«Il s’agit en réalité de la conviction du premier ministre que les gens sont plus productifs et efficaces lorsqu’ils travaillent au bureau cinq jours par semaine, malgré l’absence de preuves à l’appui», soutient JP Hornick.

Le syndicat espère maintenant que les progressistes-conservateurs de Doug Ford reviennent sur leur décision et «qu’ils admettent qu’ils avaient tort».

Dave Bulmer, qui préside le syndicat qui représente les employés de la Couronne, l’AMAPCEO, remarque que l’expérience entrepreneuriale du premier ministre est différente de celle des «travailleurs du savoir».

«Je pense que, compte tenu de son expérience dans l’entreprise familiale, il a l’impression que pour travailler, il faut se rendre physiquement à l’usine et manipuler un produit. Or, en réalité, des gens comme vous et moi, et tous ceux que j’appelle les travailleurs du savoir, peuvent travailler de n’importe où, car nos outils sont notre cerveau, notre esprit, notre ordinateur portable, etc. Nous n’avons pas besoin d’être physiquement présents à un endroit précis. Je ne sais pas s’il se rend compte que ce n’est pas son expérience.»

Une question d’immobilier

JP Hornick estime par ailleurs que la décision d’obliger les fonctionnaires de l’Ontario d’abandonner le télétravail visait plutôt à remplir les tours à bureaux au centre-ville de Toronto, vacantes depuis le début de la pandémie de covid, en 2020.

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Dave Bulmer.

«La productivité est un argument sans fondement qui masque en réalité la véritable motivation derrière la manipulation des travailleurs au profit de ses amis, soit les promoteurs immobiliers et les sociétés immobilières.»

Dave Bulmer abonde dans le même sens.

«Nous pensons que ce changement est entièrement dû aux modifications apportées par certaines grandes entreprises. Mes membres doivent maintenant occuper de nombreux immeubles vacants se trouvant au centre-ville de Toronto parce qu’il faut les acheter et les louer», soutient-il.

Renouer avec la norme

Le gouvernement ontarien affirme qu’avec la décision de ramener les employés au bureau à temps plein, il «renoue avec la norme en vigueur avant la pandémie», dans un courriel du bureau de Caroline Mulroney envoyé au Droit.

Cette norme est «harmonisée» avec celles d’autres provinces, villes et organisations du Canada et «témoigne de notre engagement à ce que la fonction publique de l’Ontario reflète la population et les entreprises que nous servons», réitère la porte-parole, Liz Tuomi.

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«Le travail au bureau favorise également la collaboration, un meilleur échange d’idées et des occasions de mentorat, ce qui contribue à de meilleurs résultats pour la fonction publique», conclut-elle.

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