Les VR prennent d’assaut la campagne agricole

Et tout le monde est heureux

Vignoble du Marathonien

Karine Morin déguste les vins du Vignoble du Marathonien, l'une des 200 entreprises agroalimentaires à faire partie du réseau de Terroir en VR. (Photo : Terroir en VR)


12 septembre 2018 à 9h00

Par un dimanche matin d’août, un véhicule récréatif motorisé s’engage dans l’allée menant vers un vignoble de Mountain, en Ontario. Déjà, la vue imprenable qu’offre le petit chemin de campagne sur les allées de vignes donne à ses occupants un avant-goût d’où ils passeront la prochaine nuit, entourés de Frontenac et de Marquette, des cépages hybrides.

Ils seront généreusement accueillis par leur hôte, Paul Leblanc, un viticulteur qui, depuis le début de l’été, ouvre généreusement ses portes aux agrotouristes-campeurs en quête d’une nouvelle expérience qui leur en mettra plein les yeux… et les papilles!

Agrotourisme tendance

Paul Leblanc fait partie des 200 agriculteurs et transformateurs agroalimentaires de l’Ontario, du Québec et des Maritimes qui ont le plaisir de partager une parcelle de leur terre ou leur stationnement pour permettre aux touristes de garer gratuitement leur VR pour la nuit.

C’est la tendance de l’heure chez les agrotouristes, ces voyageurs qui bâtissent souvent leur itinéraire de voyage en fonction des entreprises agricoles qu’ils veulent visiter.

«Nous sommes dans un engouement à la hausse pour l’agrotourisme. D’ailleurs il y a de plus de plus de demande et de fermes qui se tournent vers cette demande, et de l’autre côté, les voyages en VR sont en hausse», explique Karine Morin, l’instigatrice de cette mode canadienne et copropriétaire de la jeune entreprise Terroir en VR.

ferme Biophile
La ferme biophile Droulers & Fils fait partie du circuit Terroir en VR. (Photo: Terroir en VR)

L’idée en Nouvelle-Zélande

C’est lors d’un voyage en Nouvelle-Zélande que sa mère, Michelle Bourassa, et elle en ont fait l’essai, puis qu’elles sont tombées en amour avec le concept.

«Ce qui nous a le plus marquées, ce sont les rencontres que nous avons faites. Je ne pense pas qu’il y ait de plus belles façons de découvrir un pays que de le faire par les gens qui travaillent le patrimoine et le terroir, qui travaillent la terre quoi», raconte la jeune femme qui, au moment de d’accorder cette entrevue à Agricom, faisait seule la tournée de ses entreprises agricoles ontariennes participantes.

«Tout tourne autour de la découverte de l’autre, de la rencontre», s’émerveille-t-elle encore, en glissant quelques anecdotes sur leur rencontre avec «Judy and Martin», des Néo-Zélandais rencontrés sur une terre.

Agence de rencontre

Karine et Michelle ont donc créé en quelque sorte une agence de rencontre entre agrotouristes et agriculteurs/transformateurs.

Le concept est simple: les propriétaires de RV choisissent leur destination sur une carte interactive et réservent leur nuitée gratuite sur le site Internet de Terroir en VR. Pour leur part, les hôtes acceptent de les accueillir en fonction de leurs propres critères, sans devoir leur fournir d’eau, d’électricité ou même de toilettes puisque seuls les VR autonomes sont acceptés.

L’industrie agroalimentaire est en pleine évolution et les producteurs doivent s’y adapter. À l’époque où les touristes recherchent des expériences authentiques et des sites enchanteurs où prendre leur prochaine photo Instagram, l’ère de la dégustation de vin à 2 $ est révolue, fait remarquer Karine Morin.

Les producteurs doivent trouver des moyens de faire revenir cette clientèle et le concept développé par Terroir en VR répond à ce nouveau besoin de visiteurs toujours à la recherche de leur prochaine expérience haute en couleur.

Mieux qu’un Walmart

«L’inusité attire beaucoup», indique Karine. «Les gens veulent sortir de leur zone de confort.» Et le camping donnant la vue sur une ferme d’alpagas, par exemple, a la cote.

Pour Paul Leblanc, ce viticulteur qui attendait d’une minute à l’autre ses prochains agrotouristes-campeurs, il s’agit d’une façon de faire ses premiers pas en agrotourisme et de générer des ventes.

«Plutôt que de stationner dans un Walmart ou un centre d’achat, ils viennent chez nous», se réjouit le propriétaire de Smokie Ridge Vineyard, situé à Mountain, une douzaine de minutes à l’est de Kemptville.

Il avait déjà accueilli une dizaine de campeurs pour sa première saison et il n’en était pas peu fier. En moyenne, ses campeurs ont acheté entre deux et six bouteilles de vin lors de leur séjour en VR.

D’ailleurs, selon les chiffres recueillis lors de la saison 2017, ces voyageurs dépensent en moyenne 35 $ par halte, tout type de ferme confondu. Cela inclut également les frais de visite des installations que chargent certains producteurs.

Pour sa part, Paul Leblanc a choisi de l’offrir gracieusement à ses visiteurs, pour rajouter à l’expérience.

Engouement chez les producteurs

Lors du recrutement des 80 premières entreprises agroalimentaires participantes, en 2017, les entrepreneurs avaient quelques craintes, mais il n’en a pas fallu plus pour les convaincre de l’efficacité du concept.

«Maintenant, ce sont les producteurs qui nous appellent pour faire partie du réseau», s’exclame la copropriétaire de Terroir en VR. Elle est d’ailleurs toujours à la recherche d’entreprises agroalimentaires pour agrandir l’offre ontarienne.

La clientèle étant à 80% québécoise à l’heure actuelle, les entrepreneurs francophones sont particulièrement les bienvenus.

«C’est l’accueil qui est le plus important et le critère numéro un», explique-t-elle. «Quand les gens se sentent bien accueillis, avec un sourire, quand on les fait sentir comme un membre de la famille, les visiteurs repartent avec des étoiles dans les yeux parce qu’ils ont vécu un moment authentique. Ils ont le sentiment d’avoir vécu quelque chose d’unique.»

Tout le monde en parle

«Ça fait toute la différence et les gens repartent et deviennent par la suite les meilleurs ambassadeurs de la ferme, puisqu’ils veulent en parler à tout le monde à leur retour. À l’ère des réseaux sociaux, ça fait une grosse différence», poursuit-elle.

C’est à se demander qui y prend le plus de plaisirs, des producteurs agricoles ou des visiteurs? La discussion avec Paul Leblanc suffit à faire la preuve que les deux y trouvent leur compte.

Une chose est certaine, les papilles et les yeux des visiteurs ne sont pas à plaindre. Avec des vignobles, des microbrasseries, des fromageries, des fermes d’élevage, des vergers, des productions de fruits et légumes, un week-end ou une semaine en VR se transforme en vraie aventure touristique.

Un mariage!

Qui aurait cru qu’après avoir accueilli à leur vignoble un voyageur en quête d’aventure, un jeune couple de Prémont, au Québec, finirait par l’inviter à leur mariage?

L’agrotourisme-camping donne lieu à de belles rencontres, et quelques producteurs se lient d’amitié avec leurs visiteurs.

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