Les vieilles pilules contraceptives contre le cancer

Une super-molécule capable de supporter le parcours à travers le corps pour se rendre vers la zone malade.
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Publié 07/08/2017 par Isabelle Burgun

Un composé, utilisé dans la fabrication des premières pilules contraceptives, pourrait aider aujourd’hui à la lutte contre le cancer.

Des premières expérimentations, effectuées par une équipe de recherche québécoise, s’annoncent en effet prometteuses: la prolifération de tumeurs cancéreuses chez des souris aurait été neutralisée et leur nombre réduit sous l’action combinée de ce composé et d’une molécule.

C’est dans un dérivé du mestranol, un estrogène utilisé dans ces premiers anovulants, que Donald Poirier, chercheur du Centre de recherche hospitalier de l’Université Laval, a trouvé la solution au problème qu’il cherchait à résoudre depuis plusieurs années.

«Cette découverte nous a permis de régler un problème de stabilité de molécule en créant une ‘super-molécule’ très active et capable de supporter le long parcours à travers le corps pour se rendre vers la zone malade», explique-t-il.

Cancer du sein

La première cible de cette nouvelle thérapie: le cancer du sein. Près de 25 000 Canadiennes reçoivent ce diagnostic et près de 5 000 d’entre elles n’y survivront pas.

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Mais le médicament à venir — si les tests cliniques se déroulent favorablement — pourrait s’attaquer à d’autres cibles, comme le cancer du pancréas, de la prostate, celui des ovaires et même la leucémie.

C’est l’espoir que poursuit le chercheur qui se penche depuis de nombreuses années sur les estrogènes et les androgènes, liées au développement et à la maturation sexuelle. Ces hormones joueraient un rôle important dans la croissance des tumeurs du sein et de la prostate.

Selon lui, il serait possible d’agir sur le développement des tumeurs en jouant sur l’inhibition de ce mécanisme. «Nous n’identifions pas encore tout à fait bien ce que bloque notre cible thérapeutique, mais nos résultats montrent une action rapide sur les tumeurs.»

Du petit nom de RM-581, ce composé remplace donc sur la table du laboratoire le précédent composé (RM-133) développé par l’équipe de recherche, qui avait démontré son efficacité contre les cellules cancéreuses in vitro, mais était éliminé par le foie. Le nouveau composé serait également moins dommageable en épargnant plus de cellules saines et aussi mieux toléré par l’organisme.

Une molécule prometteuse

Afin d’éviter toute surprise dans les interactions molécules et protéines, Rafael Najmanovich, chercheur au département de pharmacologie et de physiologie de l’Université de Montréal a récemment mis au point un outil bio-informatique (IsoMIF).

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«Quand on change, même un atome, dans une molécule, il faut la tester de nouveau pour s’assurer de sa non-toxicité même s’il y a de bonnes chances qu’elle ne le soit pas», prévient-il. Cette nouvelle combinaison partiellement «recyclée» risque tout de même de réduire le coût de développement du médicament à venir, estime-t-il.

Et c’est sans compter que s’attaquer à différents types de cancer constitue une promesse suffisante pour aller de l’avant. «De nombreuses tumeurs cancéreuses présentent des similarités au niveau fondamental. Si ce médicament révèle son potentiel, ce serait comme trouver le Saint Graal!», conclut le chercheur.

Auteur

  • Isabelle Burgun

    Journaliste à l'Agence Science-Presse, média indépendant, à but non lucratif, basé à Montréal. La seule agence de presse scientifique au Canada et la seule de toute la francophonie qui s'adresse aux grands médias plutôt qu'aux entreprises.

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