Les universitaires veulent participer au rapprochement des francophonies canadiennes

Le sommet 2020 reporté à 2021

Le pavillon Tabaret de l’Université d’Ottawa. Photo: RobCA, Wikimedia Commons)
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Pour la première fois en 87 ans, l’Association de promotion et de défense de la recherche en français (Acfas) a dû annuler son congrès annuel, évidemment en raison de la CoViD-19.

Un autre évènement phare de la francophonie, le Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes, organisé par le gouvernement du Québec, est reporté d’un an. Cette période sera mise à profit par certains chercheurs qui veulent voir les universités jouer un rôle plus important dans les rapprochements entre les francophones du Canada et du Québec.

Colloque virtuel

La question a été étudiée les 6 et 7 mai derniers lors d’un colloque virtuel gratuit organisé par l’Acfas sur le thème du Rapprochement des francophonies canadiennes à travers la recherche et l’enseignement supérieur. La ministre québécoise responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia Lebel, y est intervenu.

François Charbonneau

«On pense que, dans les dernières Politiques du Québec en matière de francophonie canadienne, la recherche universitaire a toujours été très secondarisée. Et pourtant, les institutions universitaires francophones ont un énorme potentiel de collaboration!», estime le président du colloque, François Charbonneau, également professeur à l’Université d’Ottawa et membre du conseil d’administration de l’Acfas.

«Nous avons développé un paquet d’initiatives qui étaient censées nous amener au Sommet de 2020. Comme il est repoussé d’un an, on s’est dit qu’on tiendrait quand même le colloque pour voir si ça allait fonctionner», enchaîne-t-il.

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Valoriser l’expertise hors Québec

Ce colloque s’inscrit dans une lignée d’évènements similaires, dont l’un des premiers a eu lieu en janvier 2019. Coorganisée par les chercheurs Linda Cardinal et Martin Meunier de l’Université d’Ottawa, la journée d’étude du 31 janvier 2019 portait notamment sur les relations entre le Québec et la francophonie canadienne «au passé et au présent».

«Je pense que le moment déclencheur, ça a été le 15 novembre 2018, quand le gouvernement ontarien a annoncé l’annulation du financement de l’Université de l’Ontario français et l’abolition du Commissariat aux services en français. Ça a mobilisé les francophones à travers le Canada, incluant les universitaires», évalue la politologue et chercheuse franco-ontarienne Linda Cardinal.

Linda Cardinal

Ayant assisté au colloque de l’Acfas à titre de panéliste et de participante, elle se réjouit de l’intérêt porté «à la compréhension de l’enseignement supérieur dans la francophonie minoritaire» ainsi qu’au «renouvellement des relations avec le Québec».

«Pour l’avenir de ces relations, l’une de mes recommandations serait d’explorer avec des universités québécoises la possibilité que la francophonie canadienne soit considérée comme un domaine d’expertise.»

«Par exemple, si l’on cherche à embaucher quelqu’un en santé, si j’arrive avec une expertise en santé des populations en milieu minoritaire francophone, que ça ne soit pas vu comme un handicap, mais plutôt comme une expertise qui pourrait être intéressante dans un corps professoral québécois», soutient Linda Cardinal.

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Un exemple qui fonctionne

Le président du colloque de l’Acfas, François Charbonneau, souligne qu’il existe déjà une volonté de collaboration entre les institutions postsecondaires de la francophonie canadienne et du Québec.

L’un des meilleurs exemples, d’après lui, est le partenariat entre l’Université de Sherbrooke et l’Université de Moncton: depuis 2006, le Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick de Moncton offre le doctorat en médecine et les programmes de maîtrise et de doctorat en sciences de la santé de Sherbrooke. Une trentaine d’étudiants en bénéficient chaque année.

«C’est une collaboration qui demande beaucoup de doigté. Les universités n’ont pas l’habitude de travailler nécessairement en collaboration par-delà les frontières provinciales, et le milieu éducatif est très complexe et demande toutes sortes d’autorisations.»

«Mais ce que Sherbrooke et Moncton ont démontré dans cette collaboration-là, c’est que lorsqu’il y a une volonté, les portes s’ouvrent», souligne François Charbonneau.

Des participants au colloque virtuel de l’Acfas.

Ne pas négliger les plus petits joueurs

Considérant la petite taille de plusieurs universités francophones en milieu minoritaire, les deux chercheurs s’entendent pour dire que de tels partenariats sont d’une importance capitale.

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«J’aimerais avoir un portrait de l’état actuel. C’est intuitif ce que je vous dis, mais il y a déjà beaucoup d’échanges, entre autres dans les projets de recherche. On est souvent en lien avec nos collègues d’autres universités en raison de nos thèmes de recherche.»

«Si vous travaillez sur l’immigration par exemple, vous pourriez avoir des relations avec des chercheurs au Québec. Si vous travaillez sur les finances publiques, ça risque d’être pareil», constate Linda Cardinal.

La politologue nuance toutefois: «Si vous travaillez sur les politiques linguistiques de la francophonie canadienne, là c’est un peu plus difficile, parce que les chercheurs au Québec ne sont pas très préoccupés par cette question-là, même par la situation linguistique dans leur propre province. Par contre, si vous travaillez sur le fédéralisme, vous allez trouver des gens!»

Un couloir francophone au Canada

La mise en place de structures faciliterait sans doute la collaboration entre les institutions, d’après les deux experts.

«J’aimerais qu’il y ait plus de mobilité pour les professeurs et les étudiants, qu’il y ait une sorte de couloir dans le Canada francophone pour que, quand par exemple les professeurs franco-ontariens veulent développer des liens, qu’ils ne passent pas seulement de l’Ontario au Nouveau-Brunswick, mais qu’ils puissent passer aussi par le corridor québécois et participer à plus d’activités universitaires québécoises», défend Linda Cardinal.

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«Il faudrait qu’on se donne une vision francophone plus pancanadienne, sans remettre en question qu’il y a des sociétés [diversifiées], mais qu’on puisse se donner des volets où on sent que la participation francophone hors Québec est valorisée», ajoute-t-elle.

Aux yeux de François Charbonneau, les universités ont le potentiel de jouer ce rôle structurant pour les initiatives en francophonie canadienne, en collaboration avec le Québec.

«Les collaborations entre francophones du pays passent principalement par les institutions. Or, on a peu d’institutions communes pour les francophones hors Québec et Québécois: on a Radio-Canada, l’Acfas, mais sinon il y en a très peu.»

Le gouvernement québécois

«Le gouvernement du Québec veut jouer un rôle en francophonie canadienne. Il en joue déjà un, puisqu’il y a un appui financier depuis longtemps», indique résume François Charbonneau. «Mais le problème c’est que souvent on ne sait pas où diriger les sommes, donc on crée des initiatives qui durent un an, deux ans…»

«L’idée, c’est de faire des représentations au gouvernement du Québec, mais aussi de fédérer les acteurs. Je pense que le colloque de l’Acfas a été un bel évènement pour ça.»

Quant à Linda Cardinal, elle constate une ouverture et un intérêt de part et d’autre pour un rapprochement entre les francophonies canadiennes. Elle évalue toutefois qu’il faudra beaucoup de volonté des diverses parties pour arriver à dynamiser ces relations.

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