Les six maisons enchantées de Maurice Henrie

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Le récit, la nouvelle et le billet de réflexion sont les genres que Maurice Henrie privilégie. C’est là où le raconteur se sent en pleine possession de ses moyens. Son tout dernier recueil renferme six récits regroupés sous un mot inventé: L’enfanCement. Il s’agit d’un recueil dans lequel l’auteur trace le portrait d’une enfance comme tant d’autres, c’est-à-dire unique entre toutes.

Maurice Henrie ne prétend pas écrire un premier tome de son autobiographie. Il ne s’agit pas de mémoires.

Il précise, dès les premières pages, dans une introduction intitulée «Avant de lire», que le hasard ne l’a «pas placé dans des situations exceptionnelles dont l’histoire devrait se souvenir».

Mais l’auteur a vécu dans six maisons durant son enfance-adolescence et elles «ont déterminé dans une bonne mesure les paramètres de l’existence que j’ai menée et qui n’aurait pu être que celle qu’elle a été.»

De la première maison à Val d’Or (Québec) aux cinq autres à Rockland (Est ontarien), Maurice Henrie interroge ces «mères successives et pleines de sollicitude», qui l’ont nourri et porté jusqu’à la maturité. Son objectif est de faire parler ces maisons pour qu’elles disent, à travers divers épisodes marquants, comment elles ont petit à petit incurvé la trajectoire de son destin. La première maison qui parle est située à Val d’Or. Je crois que Maurice Henrie est né à Rockland, mais que son père a trouvé du travail dans une mine d’or, à Val d’Or, d’où le déménagement à un âge qui précède probablement les premiers souvenirs.

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C’est dans cette maison recouverte de papier brique rouge qu’il découvre que les garçons ont naturellement peur de s’approcher des filles, «tellement elles sont belles».

Une phrase à elle seule situe le lecteur dans le temps. Il apprend que la radio fait tour à tour écho à la Seconde Guerre mondiale, aux invasions allemandes, à l’élection de Maurice Duplessis et aux prouesses de Maurice Richard.

Le deuxième séjour de l’auteur a lieu dans une maison en tôle. Il est témoin du comportement d’un voisin qui ne croit ni au diable ni au bon Dieu. Cet athée est pourtant l’homme le plus généreux et le plus honnête du coin. On ne peut pas en dire autant de bien des paroissiens!

Dans une autre maison, qui a l’air d’un dromadaire, le lecteur apprend qu’il y a, dans les parages, un homme souffrant d’alcoolisme.

L’enfant-narrateur dit alors éprouver «une véritable fascination pour ce bonhomme malade, solitaire et ostracisé». Une complicité se développe dès lors entre l’enfant et l’alcoolique.

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Les récits prennent fin au moment où l’auteur a déjà entamé son cours classique; on le voit «calculer le sinus et le cosinus des angles A et B en se servant du théorème de Pythagore» ou plonger dans son livre d’histoire pour trouver «combien de victoires Hannibal a remportées contre les armées romaines».

Pour passer de l’enfance à l’aube de la vie adulte, Maurice Henrie a traversé six maisons qui ont laissé en lui «des traces profondes et où [il a] vécu des moments déterminants».

Le récit s’arrête alors que tout commence, soit au «seuil de la maturité». De plus, en grandissant d’une maison à l’autre, l’auteur se rend compte qu’il «se dirige lentement et sûrement, mais à regret aussi, du côté de la vie urbaine, de l’abstraction, des paysages de l’esprit».

Ces récits fourmillent d’expressions bien de chez nous. Pour dire à quel point une femme sait qu’il ne faut pas juste attirer un beau parti, mais prendre les moyens pour le garder, Maurice Henrie écrit que «ce n’est pas tout de ferrer un poisson, il faut savoir aussi le retenir».

Et lorsqu’il parle de son oncle qui est bon chasseur, il note que «cet oncle exceptionnel avait, comme on aimait dire à son sujet, le compas dans l’œil». Enfin, lorsque l’archevêque rend visite à Rockland, certains estiment qu’il aurait fallu lui servir des «betteraves marinées» au lieu des olives d’Israël.

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L’enfanCement est un recueil finement ciselé. Les souvenirs d’enfance ne sont pas simplement disposés en un éventail multicolore, ils sont cousus sur une toile où chaque coup de pinceau est révélateur, interrogateur ou salvateur.

Maurice Henrie, L’enfanCement, récits, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2011, 282 pages, 
22,95 $.

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