Les Platanes d’Istanbul : une Turquie sensible sous le bruit des bombes

Lancement du 3e ouvrage de Tassia Trifiatis-Tezgel le 8 juin

Les Platanes d'Istanbul

Couverture du 3e ouvrage de Tassia Trifiatis-Tezgel illustré par Caroline Lavergne


31 mai 2018 à 12h00

En 2011, l’écrivaine québécoise Tassia Trifiatis-Tezgel quitte sa ville de Montréal pour poser ses valises à Istanbul avec son mari kurde. Une parenthèse stanbouliote de 3 ans qui nous donne Les platanes d’Istanbul, un 3e ouvrage accompagné des dessins de Caroline Lavergne et publié aux Éditions du passage.

Des scènes de vie au marché du coin aux rencontres dans un mini-van, c’est une Turquie inattendue que nous dévoile Tassia. Loin des bouleversements politiques, elle nous livre des bribes sensibles de son quotidien en terre anatolienne.

Tassia Trifiatis-Tezgel est à retrouver le 8 juin à la librairie Mosaïque du 24 rue Spadina pour le lancement des Platanes suivi d’une séance de dédicace.

Inclassable

C’est une oeuvre «hybride». À la fois carnet de voyage et journal intime, à la croisée du roman graphique et du récit illustré, Les platanes d’Istanbul est un inclassable mais pas moins un incontournable.

Tassia part de chez elle un petit carnet à la main et se laisse voguer au gré de ses observations. «Écrire est un travail de contemplation. Les 3/4 du temps, l’écrivain ne fait rien, il observe» nous dit-elle.

Son ouvrage n’est pas figé et nous fait voyager d’un thème littéraire à un autre radicalement différent: l’amitié féminine, le communautaire, le sentiment d’appartenance, la relation entre l’homme et son territoire… Les bouts de vie de Tassia sont d’ici et d’ailleurs.

Les Platanes d'Istanbul
Le quartier de Yenibosna

Une Turquie sensible

C’est la ville qui l’inspire et ses yeux se posent bien souvent sur de l’urbain sensible. Ce qui la frappe c’est que la mégapole aux 20 millions d’habitants ait réussi à conserver son esprit de village. «Il y a un vrai esprit communautaire malgré l’immensité de la ville» nous confie-t-elle.

Cette immensité a poussé Tassia à passer beaucoup de temps dans les transports en commun. « Avec mon mari, nous donnions des cours privés dans des familles riches pour gagner notre vie. Je pouvais passer 2h dans les transports pour m’y rendre».

Les moyens de transports sont un microcosme. Assise dans un bus, elle a eu un aperçu de la société, s’est fait des amis et c’est là où elle a accompli sa vie de Stanbouliote. «Dans les transports, je me sentais appartenir à un tout» nous confie-t-elle.

Les Platanes d'Istanbul
Une scène qui prend vie au gré des traits de crayon de Caroline Lavergne

Erdogan qui ?

Pour Tassia, la Turquie connaissait encore son âge d’or en 2011, lorsqu’elle est arrivée. Istanbul était cette capitale culturelle européenne capable d’attirer artistes, intellectuels et la jeunesse Erasmus.

Quand Erdogan devient président en 2014, les choses commencent à changer. Mais l’auteure ne semble pas plus réticente.

Lorsqu’on l’interpelle sur sa myopie face aux agitations politiques soulignée par Le Devoir, Tassia nous répond : «tout est politique en Turquie. Soit on l’est, soit on ne l’est pas du tout. J’ai décidé de ne pas l’être».

Gezi est néanmoins un choc pour l’artiste. «J’ai eu peur à Gezi, des gens que je connaissais ont été blessé, j’ai vu le feu dans les rues» confie-t-elle. Et puis, le coup d’État de 2014 marque un virage sans retour en arrière.

Mais selon elle, ce n’est pas cela qui lui fait quitter l’ancienne Byzance. «Après 3 ans, on a senti le pouls d’une ville. J’étais fatiguée du monde» nous explique-t-elle.

Un rêve vieux de 10 ans

Les platanes, ce n’est pas une collaboration comme une autre et il nous faut remercier Facebook. En effet, sans les réseaux sociaux, le livre n’aurait peut-être jamais vu le jour.

Après une soirée entre amis en 2007, Tassia rencontre Caroline Lavergne et elles s’ajoutent sur leurs réseaux sociaux. Tassia a vécu 3 ans à Istanbul, Caroline 3 mois. «Cela a été un travail fait de loin» nous explique l’écrivaine.

Pendant que l’auteure écrivait ses fragments, l’illustratrice dessinait. Elles ont ensuite rassemblé leurs travaux en cherchant des concordances.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais elles ont tout bonnement une destinée artistique commune qui résonne dans le livre, celle d’Istanbul.

Les Platanes d'Istanbul
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